C’est triste les fausses plantes
#2 - Les mots de Brigitte
Je ne veux pas de fausses plantes. C’est triste les fausses plantes. C’est comme un faux cœur : c’est froid et c’est moche. D’accord ça ne meurt pas, mais ça ne vit pas non plus. D’accord c’est pas fragile, ça fait pas des boom-boom incessants – et peut-être un peu agaçants –, et ça a pas besoin d’un organisme humain ou animal et de sang pour servir à quelque chose, mais ça sert à rien de toute façon, c’est du plastique, et il faut le répéter : c’est froid et c’est moche. Ça prend pas le risque de l’imperfection. Pas le risque de plus avoir envie de bouger : ça n’a jamais bougé et ça ne bougera jamais. Ça traversera le temps sans aimer, sans se sentir aimé, en regardant défiler toutes les générations sans jamais se mêler au jeu des passions. Ennui éternel. Spectacle du plat. Chiant à mourir, sans pouvoir mourir. Ça aura pas la chance d’être triste. C’est une chance d’être triste : c’est le prix à payer pour espérer être heureux.
Ayez un cœur de chair mes amis, y a que ça de vrai. Et souriez quand vous irez arroser vos plantes. Vos vraies plantes, tristes et heureuses, comme vous, qui comme vous, boivent, mangent, vivent, pleurent, aiment et meurent.
[Fragment d’un roman en cours d’écriture]
// Dédé ANYOH //














