Le piège de l’autre nuit, c’est la première nuit où l’on peut pénétrer, où l’on entre certes par l’angoisse, mais où l’angoisse vous cache et où l’insécurité se fait abri. Dans la première nuit, il semble qu’en avançant l’on trouvera la vérité de la nuit, qu’on ira, en allant plus avant, vers quelque chose d’essentiel, – et cela est juste dans la mesure où la première appartient encore au monde et, par le monde, à la vérité du jour. Cheminer en cette première nuit n’est pourtant pas un mouvement facile. C’est un mouvement qu’évoque, dans Le Terrier, le travail de la bête de Kafka. On s’y assure de solides défenses contre le monde du dessus, mais on s’y expose à l’insécurité du dessous. On édifie à la manière du jour, mais c’est sous terre, et ce qui s’élève s’enfonce, ce qui se dresse s’abîme. Plus le terrier paraît solidement fermé au dehors, plus grand est le péril qu’on y soit enfermé avec le dehors, qu’on y soit livré sans issue au péril, et quand toute menace étrangère semble écartée de cette intimité parfaitement close, alors c’est l’intimité qui devient l’étrangeté menaçante, alors s’énonce l’essence du danger.
Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, Gallimard, 1955














