Je me demande si les gens qui commencent à s’intéresser à la politique connaissent le livre de la journaliste canadienne Naomi Klein, La Stratégie du choc, publié en 2007 (juste avant la crise des subprimes...) ? Le titre originel étant The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism.
La thèse de Naomi Klein était en substance que les régimes néolibéraux se servaient du traumatisme psychologique généré par des bouleversements historiques tels que catastrophes naturelles, attentats ou coups d’État pour faire passer des lois ultra-libérales visant à privatiser l’économie du pays en l’arrachant au contrôle démocratique, privant ainsi les peuples de leur droit le plus élémentaire à disposer d’eux-mêmes.
Ces « néolibéraux » suivaient la doctrine de « l’école de Chicago », un cercle de pensée réuni autour du professeur Milton Friedman, prônant la mise en retrait de l’État de l’économie de marché comme seule voie vers la liberté politique, l’auto-régulation du marché, ou l’idée d’un taux de chômage naturel.
Parmi les adeptes les plus célèbres de l’École de Chicago, on trouve bien sûr Ronald Reagan aux États-Unis, Margaret Thatcher au Royaume-Uni... et puis, surtout, tristement, le dictateur chilien Augusto Pinochet, responsable du coup d’État du 11 septembre 1973 qui renversa le gouvernement socialiste de Salvador Allende, remplacé jusqu’en 1990 par une dictature libérale appliquant religieusement les thèses de Friedman, grâce aux « Chicago Boys », groupe de jeunes économistes chiliens qui se chargèrent des réformes économiques avec enthousiasme. « Le miracle chilien, » déclara Milton Friedman.
« Au Chili, la démocratie ne s'était guère montrée accueillante envers les Chicago Boys ; la dictature se révélerait plus accommodante », remarque Naomi Klein. Les historiens Stéphane Boisard et Mariana Heredia, auteurs d’un article sur les dictatures argentine et chilienne des années 1970 (Vingtième Siècle n°105, 2010, « Laboratoires de la mondialisation économique »), l’application de ces programmes économiques « antipopulaires », n’a été possible que grâce à une violente répression de l’opposition politique et du mouvement ouvrier dans leur ensemble. Camps d’internement, tortures, assassinats... Margaret Thatcher elle-même notait en 1982 que « certaines des mesures prises au Chili seraient inacceptables en Grande-Bretagne, où il existe des institutions démocratiques ». De fait, l’un des Chicago Boys, Sergio de Castro, reconnaissait que l’opinion publique leur était très défavorable et qu'ils ont eu besoin de la dictature pour appliquer leurs thèses.
Bilan ? Croissance économique fulgurante... à court terme, accroissement critique du taux de chômage, creusement des inégalités de revenus entre les riches, de plus en plus riches, et les pauvres, de plus en plus pauvres... Et résultats identiques dans tous les pays où la doctrine fut appliquée, d’ailleurs. Non seulement la prospérité individuelle ne fut pas au rendez-vous, mais toutes les populations concernées perdirent beaucoup en terme de démocratie.
Toute ressemblance...









