Livre-Paris : de la lave a coulé sous les ponts
De gauche à droite : Simon Thoral des éditions Le Feu Sacré, sur le stand du Salon du Livre, avec les écrivains Li Cam et Jacques Barbéri.
C’était il y a une éternité déjà.
Quelques dizaines de milliers d’êtres vivants, de quoi emplir plusieurs préfectures, s’étaient livré devant nous aux plus incessants piétinements. Il devenait par trop impossible de dénombrer ceux qui tenaient au moins un livre à la main : la police n’a pas encore inventé de technologie de comptage satisfaisante pour les bouquins.
Ainsi, chacun d’entre nous passait devant les installations éphémères où s’épanouissait une montagne de poèmes, d’essais, mangas, romans, ce que vous voulez et bien au-delà, et tout le monde plongeait du menton sur du papier imprimé plutôt que dans un portable. Les gens se rentraient dedans pareil. Mais on se souriait en regardant la couverture du bousculeur. Cent soixante cinq mille animaux, fourmillant dans les couloirs du labyrinthe assemblé à force de monticules d’ouvrages élevés vers le ciel-plafonnier du hangar géant, pyramides bâties par des mains patientes mais pressées. Un monument démontable, durée de vie quatre jours.
Stand C25, J12, N03, diagonales et carrefours. Nous slalomions jusqu’à enfin retrouver notre famille : La Volte. Mathias. Marie. Jacques. Sabrina arriverait bientôt - on ne l’avait pas vue depuis si longtemps en vrai, c’était bon de serrer son amie contre soi, et d’entendre le rythme fou de sa pensée autrement qu’au téléphone. Comme un de ses romans mais avec le son.
Et puis ces blocs de phrases sur support inflammable, cette technique ancestrale de stockage et transmission des informations pour laquelle on s’est rendu dans ce temple sans soleil : nos livres, ceux du Feu Sacré, triés sur le volet et classés par couleurs, disposés en cousins aux côtés de ceux de La Volte. Un Bertin jouxte un Barbéri, un Thiellement se frotte à un Calvo, la table est mise et tout le monde s’est assis autour du festin.
C’est quelques jours de fête malgré le travail. Et c’est d’abord parce qu’il faut que ce soit une fête que cela nécessite travail. Point. S’il n’y a pas l’ombre d’un festoiement, il ne devrait pas y avoir combat.
Puissions-nous nous battre chaque jour que le soleil fait.
Le Feu Sacré, Paris, mars 2018.
Photographies de nos livres et de nos amis par Jean-Emmanuel Aubert.
Structure osseuse du Salon du Livre capturée par Aurélien Lemant.
Merci à Mathias Echenay, aux auteurs et aux voltés.










