Jour 29 | La Charte et le racisme
- Nathalie Batraville -
Est-ce que je suis face à une personne sikh, en sachant tout ce qu’ils ont contre les homosexuels, ou est ce que je suis face à un agent représentant de l’ordre? - Leila Bensalem, de la Coalition Laïcité Québec, en entrevue à Radio-Canada
La Charte est raciste.
La Charte est raciste parce qu’elle accepte que l’on juge les gens selon leur appartenance religieuse et qu’en fonction de ce jugement on leur retire leur emploi.
La Charte est raciste parce qu’elle pose l’uniformité et l’effacement des minorités religieuses comme formulation idéale du lien civique.
Qu’est-ce que le racisme ?
Le racisme a toujours été fondé sur des notions de suprématie culturelle, linguistique, et religieuse. C’est ainsi que les Québécois des années 60, en tant que peuple catholique, francophone, et marginalisé sur le plan social, économique et politique, s’identifiaient dans certains cas au combat pour l’égalité et contre le racisme que menaient des groupes comme les Panthères noires, aux États-Unis.[1]
Le cas des Québécois est loin d’être le seul. L’antisémitisme est un racisme anti-juif. Les immigrants polonais en Europe par exemple, ou les Irlandais aux États-Unis sont autant d’exemples de groupes victimes de racialisation, c’est-à-dire perçus et traités, de manière généralisée, comme des groupes inférieurs non pas en fonction de la couleur de leur peau (comme le veut l’image caricaturale du racisme), mais plutôt en fonction de leur culture, leur langue, leur religion et leur classe sociale.
Le racisme existe toujours dans un contexte de marginalisation sociale, économique et politique, et est constitué de préjugés sur l’apparence ou l’identité culturelle, ethnique, linguistique et religieuse des groupes marginalisés.
Ce déterminisme a pour conséquences concrètes les plus directes : la discrimination à l’emploi et au logement, la brutalité policière, la surreprésentation carcérale, la prolifération et la prédominance d’images négatives dans les médias et dans la culture, le harcèlement et la violence, et une désolidarisation des élites politiques et de la société en général (enseignants, personnel médical, travailleurs sociaux, etc).
La Charte et le racisme
Dans le contexte du Québec (ou encore de la France), dire que parce qu’une femme porte un hijab, elle est nécessairement soumise, manipulée, et exprime un « message » politique ou antiféministe, c’est tenir un discours raciste, et ce même lorsque ce discours est tenu par des musulmans ou des musulmanes. Ce discours nie l’individualité de ces femmes, ainsi que leur capacité à s’auto-définir et à réfléchir de manière critique.
S’il est possible de débattre du caractère antiféministe, homophobe ou transphobe de tel ou tel précepte ou pratique religieuse (puisque visiblement il n’y que dans le contexte de la religion que ces questions intéressent les gens) sans tomber dans le racisme ; transposer, sans aucune autre forme de procès, les jugements que l’on peut avoir sur ces religions sur les personnes qui les pratiquent relève du racisme.
C’est particulièrement le cas lorsque ces jugements servent de prétexte pour institutionnaliser l’exclusion des personnes en question d’un milieu de travail, en l’occurrence la fonction publique et parapublique.
Pas convaincu? - Le “nous” des partisans de la Charte. Voir billet 10. - La Charte et la peur. Voir billet 4. - Voir les autres billets de 33contrelaCharte.
1. http://montrealserai.com/2013/10/06/fear-of-a-black-nation-david-austins-new-book-examines-the-complex-politics-of-race-and-belonging-in-quebec-and-canada/










