"Souvent, en regardant une charmante copie d’un portrait d’Angelo Bronzino, que possédait sa mère et qui représentait un seigneur de vingt ans, l’épée au côté et la main sur un livre, il avait pensé à ce temps où un soldat pouvait sans ridicule être passionnément attaché à l’étude. "Que de fois l’ai-je regardé et entretenu, ce témoin charmant, grave et pensif, d’un âge disparu. Que de fois j’ai revécu avec lui cette vie vraie, où l’on se poignardait bien au coin des rues, où la lutte était à chaque pas, mais où tous les ressorts étaient tendus, où toutes les facultés vibraient. Il a son épée. C’était un "noble cavalier, hardi et courtois" ; c’était un soldat, comme l’était tout seigneur ; il vient sans doute de combattre à la tête de ses gens contre les troupes de l’Empereur Charles-Quint qui menace la ville. Mais il est appuyé aussi sur un livre. C’est qu’après les bons coups d’estoc il aime lire Dante ; il a peut-être lui-même composé quelques sonnets ; à coup sûr il a devisé des affaires de la République et causé de l’art avec son peintre et ses compagnons. C’était alors tout simple, l’homme et le citoyen demeuraient toujours sous l’habit qui les couvrait."."
André Maurois, Lyautey, Paris, Librairie Plon, 1931.













