La course, c'était comme me demander de savoir décoller, en n'ayant eu qu'un cours technique de 30 heures, et d'atterrir à Sarajevo en pleine guerre. Il y a énormément de contraintes techniques à régler pendant la Course et cette métaphore ne concerne que ces aspects. Sur le plan créateur, je me suis rendu compte que j'avais des idées et que ça pouvait aller de ce côté. Mais de faire des plans de montage, des économies d'images, de couper quand tu n'en as pas envie de négocier avec les gens (la Course, c'est une histoire de séduction), de mettre ton film dans l'avion après avoir rempli la paperasse et négocié avec les officiels des douanes, ça a été dur pour moi. Mais le plus difficile, c'était de faire le plan de montage, d'aller chercher le plan exact (je suis un perfectionniste) et de ne jamais voir mon film monté. J'avais peur de décevoir, je voulais trouver les bons mots, ton, expressions, voix au micro.
La Course, c'était parfois comme piloter dans le brouillard, sans savoir ce qui m'attendait et quel allait être l'état de la piste lorsque j’atterrirais. Il y a une grosse différence entre atterrir à Puerto Vallarta et Sarajevo. Je me demandais aussi si mes passagers allaient faire un beau voyage. Je les avais embarqués mais je ne devais pas les perdre en cours de route, je devais revenir avec eux. Je ne voulais pas que le public décroche, mais je ne voulais pas me tuer non plus en faisant une fausse manœuvre ou en prenant un mauvais chemin. En avion, les routes ne se voient pas, il faut savoir se servir d'un compas. Et le compas, pendant la Course, c'est peut-être l'instinct, auquel je devais me fier, car je vivais constamment en manque de références par rapport à ce qui se passait autour de moi. Tout était nouveau, inédit.