SHORT STORIES 2 - Histoires au cœur de la nuit (aux environs de minuit) - Chap. 08 : Annie Leonhart
Une histoire de passé révolu
« Tu sais… Je me suis toujours demandé... »
Caserne des Brigades spéciales - district de Stohess.
La journée de travail était officiellement terminée. Dans la plupart des salles, les lumières étaient éteintes. Cependant, une lueur continuait d’émaner d’une pièce en particulier, celle où se trouvaient les nouvelles recrues de l’année. Leurs supérieurs les avaient forcées à s’occuper de tâches administratives.
« Qu’y-a-t-il, Marlowe ? A qui est-ce que tu parles ?
- …A Annie. Il y a une chose que j’ai toujours voulu lui demander... »
La jeune fille blonde traitait calmement les documents ; elle les feuilletait et les tamponnait d’un geste machinal. Elle leva les yeux en fronçant les sourcils.
*
« Tu t’es entraînée dans le district de Trost et, immédiatement après, tu as fais l’expérience d’une vraie bataille, n’est-ce pas ? Tes camarades figurant dans le top 10 ont, eux aussi, connu la terreur que provoquent les titans. Il les ont vus de leurs propres yeux… Il aurait été logique qu’ils choisissent d’intégrer les Brigades Spéciales pour aller vivre dans le Centre. Donc, pourquoi est-ce que tu es la seule à avoir rejoint les Brigades ? Ils ne sont pas tous morts au combat quand même... ?
-… Un seul d’entre eux est mort. Le reste a rejoint le Bataillon d’exploration.
- Le Bataillon d’exploration ?! Pas même la Garnison ?! Pourquoi ? »
Annie n’eut même pas un tressaillement au moment où Hitch, réagissant de façon un peu trop excessive, s’adressa brusquement à elle pour obtenir une réponse.
« …Qui sait ? »
En réaction à cette réponse hautaine, Hitch regarda fixement Annie et reformula la question :
« Dans ce cas, quels genres d’individus étaient tes camarades ? De parfaits idiots ?
- Ouais… Je crois bien que c’étaient des idiots. »
*
Face à l’insistance de Marlowe et Hitch, Annie révéla quelques informations au sujet des membres du Sud de la 104ème Brigade d’entraînement. Ses mains continuaient de classer sans interruption les papiers administratifs.
« Tout d’abord… il y avait cette idiote obsédée par la famille. Son ami d’enfance voulait rejoindre le Bataillon d’exploration… et elle disait qu’elle allait le protéger. Cet ami était 5ème dans le classement, juste derrière moi, mais il avait annoncé dès le début qu’il allait rejoindre le Bataillon d’exploration… C’était le plus bizarre de tous.
- Il existe encore ce genre de taré de nos jours ?
- Quant aux autres… ils ont sûrement été influencés par le discours de cet idiot. La veille de la cérémonie de clôture, il a déclaré devant tout le monde qu’il allait exterminer tous les titans afin que nous puissions explorer le monde librement.
- Ha ha ! Le raisonnement est un peu différent, mais il parle comme Marlowe.
- Selon moi, il est normal de suivre un idéal. Sans rêves ou sans objectifs, les hommes ne sont que... »
Marlowe avait interrompu son travail pour essayer d’expliquer sa vision du monde, mais Hitch le coupa et demanda à Annie de poursuivre :
« Ouais, ouais. Et les autres, alors ? Tout le monde n’a pas été influencé par cet idiot quand même ?
- Il y avait un type qui disait vouloir intégrer les Brigades spéciales, même après la bataille de Trost… Il m’a un peu surprise, j’avoue. »
*
« Il a... perdu son meilleur ami… Il a eu de bonnes notes jusqu’à la fin, mais il était du genre à s’en vanter en permanence. Il ne pensait qu’à sa petite personne… mais ensuite, il n’a plus été le même.
- Son état d’esprit a changé ? » demanda Marlowe.
Annie fit signe que non, sans afficher aucune émotion.
« Qui sait ? Comme je l’ai dit tout à l’heure… je ne suis pas comme eux. Je ne suis pas une stupide rêveuse ; et on ne peut pas dire non plus que je suis une idéaliste. Je n’ai rien à protéger… Je ne suis qu’une dégonflée qui veut juste sauver sa peau.
- Comme tous ceux qui ont intégré les Brigades spéciales, en fait. Est-ce que tu es du genre à te soucier de ce que les autres pensent de toi ?
- Non, ce n’est pas ça. Je... » commença Annie.
Ses mains s’arrêtèrent brusquement d’arranger la pile de documents dont elle s’était occupée, pour les attacher ensemble.
«…Je pars au lit.
- Hé ! C’est pas juste, Annie ! Il faut que tu nous aides à finir… ! Allez ! »
Hitch tenta en vain de la faire rester. Au moment où Annie allait fermer la porte, elle s’arrêta :
« C’est simplement que... je fais toujours le choix qui me semble le plus facile. »
Les yeux fixés sur le sol, Annie repensa à ses camarades de la Brigade d’entraînement. Elle se mordit la langue comme si elle voulait en chasser le souvenir, et se dirigea vers les chambres.









