SHORT STORIES - Bonne nuit, fais de beaux rêves ! - Chap. 02 : Livaï
L’homme se tenait devant une grande porte sombre.
La nuit était noire et les étoiles scintillaient dans le ciel.
Où suis-je...?
Il descendit de son cheval et ouvrit la lourde porte de lui-même.
Qu’est-ce que je suis en train de faire… ?
Alors que son esprit était encore occupé par des pensées vagues, ses pieds l’entraînèrent vers la porte ouverte.
« Bienvenue, Livaï. Je suis content que tu aies pu venir.
- Qu’est-ce que tu fais dans cette tenue... Erwin ? »
Devant lui se tenait un individu qu’il connaissait très bien, mais dont l’apparence était différente.
*
Était-ce avant une de leurs sorties en expédition ?
Ils étaient passés devant les Brigades spéciales en ville et ils avaient été traités de feignants et de bons à rien, comme d'habitude.
« Ah, je vois que les Brigades spéciales sont toujours aussi arrogantes, dit Hansi avec légèreté.
- Les Brigades spéciales…. On les intègre en étant un des gamins les plus talentueux des Brigades d’entraînement, pas vrai ? demanda Livaï.
- Tout juste. Il faut faire partie des dix meilleurs de la promo.
- A ce propos, Hansi… Toi et Erwin avez eu de bons résultats, non ? Vous auriez pu intégrer les Brigades spéciales si vous l’aviez voulu…
- Peut-être bien, répondit Hansi en se mettant à rire comme si la question avait quelque chose de drôle. Porter de jolis vêtements, côtoyer les nobles, vivre entouré de beaux objets… Très peu pour moi ! Mais je pense que ça pourrait convenir à Erwin, tu ne crois pas ? Je veux dire, regarde-le avec sa mâchoire carrée et son air propre sur lui. »
Hansi sembla trouver cela hilarant puisqu’elle ignora Livaï et son visage de marbre, et explosa de rire.
*
… Ah. Voilà pourquoi je fais ce rêve idiot.
Erwin était apparu dans le rêve de Livaï, vêtu d’habits extravagants. Il invitait à présent Livaï à entrer dans sa propriété.
Un tapis rouge… ? Tu sais que tes pieds n’ont pas été faits pour marcher là-dessus.
« Eh bien, Livaï. Il faut que tu en profites, toi aussi. »
Le Erwin de son rêve ouvrit une deuxième porte. Il se tenait toujours sur l’étoffe rouge vif du tapis.
« Votre attention, s’il vous plaît ! »
Une foule de personnes tenant à la main des cocktails raffinées se trouvaient là pour voir Livaï. Il s’agissait de ses camarades du Bataillon d’exploration, ceux aux côtés desquels il avait combattu jusqu’alors...
« Livaï ! Tu es en retard !
- Caporal… Nous vous attendions. »
La vision de Livaï se troubla.
Ils portaient des costumes bien taillés et des robes qui semblaient hors de prix. Cela ne leur allait pas du tout.
Il n’y a même pas de quoi rire… Regarde-moi ça !
« Je vous connais tous et aucun d’entre vous n’oserait avoir l’air d’un dégonflé dans ce genre-là, s’exclama Livaï, agacé et tout en essayant de se réveiller.
« Pourtant, tu sais bien, Livaï... » dit la Hansi imaginaire.
Quelque chose coula de sa bouche.
Une goutte écarlate tomba lentement sur le sol et le tapis rouge se changea en une mer de sang.
« …. que c’est préférable à ceci, n’est-ce pas ?
- Qu… ? »
Tout à coup, Livaï vit autour de lui tous ses camarades couchés sur le flanc et en sang.
*
« Nnnn ?! »
Livaï se réveilla en sueur. Il se rappela qu’il était dans le vieux château où ils avaient décidé d’établir leur campement.
« Euh... Caporal ?
-… Ah, Petra. »
C’était une des subordonnés de Livaï. Elle montait la garde et l’observait d’un air inquiet.
« Ça ne va pas, Caporal ?
- … Si, si. Désolé…. Juste… donne-moi un peu d’eau.
- Oui, tout de suite ! »
Livaï suivit du regard Petra qui alla chercher le godet le plus proche. Il se souvint du rêve qu’il venait de faire quelques instants auparavant.
Des soldats ayant rejeté la sécurité offerte par la Capitale pour choisir de vivre au milieu d’une mer de sang.
Ont-ils fait le bon choix ou pas… ? Personne ne peut répondre à cette question. Cependant…
Livaï but d’un trait l’eau qu’on lui apporta et s’essuya la bouche.
… mon rôle est de les protéger. Ils étaient prêts à assumer les conséquences… et moi, je devrais au moins défendre ce choix.
Etait-ce là une vraie résolution ? Ou bien Livaï essayait-il seulement de se montrer fort afin de chasser ce rêve sinistre de son esprit ?
Il se rallongea sans être persuadé d'avoir trouvé la réponse.













