SHORT STORIES 2 - Affaires choisies - Dossier n° 08 : Le point de vue d’Annie
L’affaire du thé des soldats du Bataillon (2/3)
« … Et ainsi, certains colis de thé que nous avons fait partir l’autre jour contenaient des paquets absolument impropres à la consommation. Je vous demande de récupérer aujourd’hui tous les colis de thé envoyés aux soldats et de leur en fournir de nouveaux à la place. Ce sera tout. »
Le ton sur lequel l’officier des Brigades spéciales s’était adressé à eux était encore plus sec qu’à l’ordinaire. Néanmoins, il n’avait visiblement pas l’intention de se déroger à ses habitudes en refilant tout son travail aux recrues. Il leur ordonna d’obtenir des résultats rapides, puis retourna dans la salle réservée aux officiers.
« C’est bizarre. Les provisions que nous fournissons au Bataillon d’exploration et à la Garnison sont toujours médiocres. Pourquoi s’embêter à récupérer du mauvais thé ?
- Même si le thé est une gourmandise, c’est un produit qui rentre dans le corps. Si quelqu’un tombait malade, on chercherait un coupable. »
Annie se tenait à l’écart du groupe des nouvelles recrues. Elle cherchait un moyen d’échapper à cette pitoyable mission.
Les recrues se dispersèrent. Annie fut la dernière à partir ; elle se retourna par hasard. La porte de la salle avait été laissée entrebâillée - peut-être par les officiers pressés de se retrouver seuls.
… Tiens, aucun d’entre eux ne boit aujourd’hui ?…
Annie jeta un coup d’œil à l’intérieur et ce qu’elle vit l’intrigua. Elle laissa ses camarades partir devant et tendit l’oreille, tapie dans l’ombre.
« … Ainsi, tu crois qu’on va réussir à le retrouver ?
- Il n’y a pas trente-six mille endroits où il a pu être envoyé ! Ce n’est qu’une question de temps. Le plus embêtant, en revanche, c’est qu’une partie du thé a déjà été envoyée au Bataillon d’exploration. »
La discussion des officiers portait sur le thé impropre à la consommation. Cette recherche de thé semblait leur tenir à cœur ; or, il n’était pas dans leur habitude de manifester autant de zèle. De plus, des membres des Brigades spéciales si haut placés qu’Annie ne les avait jamais vus travailler auparavant, s’agitaient et faisaient les cent pas dans la salle.
Le Bataillon d’exploration…
« C’est à Erwin que nous aurons affaire ! S’il le trouve, il peut s’en servir contre nous un jour.. »
Des amis d’Annie se trouvaient dans le Bataillon d’exploration. Par ailleurs, d’après ce qu’elle entendait, cette histoire de thé pouvait potentiellement devenir un scandale majeur, capable de nuire aux Brigades spéciales.
Ce n’est que du thé. Pourquoi s’en soucier à ce point ? Je crois bien… que je devrais me renseigner sur cette affaire.
Par expérience, Annie savait qu’obtenir un supplément d’informations n’était pas de trop : elle pourrait s’en servir à son profit si les choses tournaient mal. Elle informa ses camarades qu’elle se mettait au travail, puis se dirigea vers la salle des archives.
… Le jour où le thé que nous sommes censés récupérer a été expédié, les hauts gradés devaient avoir un rendez-vous avec des membres influents du Culte du mur. Or… leur planning a été modifié immédiatement après l’envoi des colis.
Par chance, les membres des Brigades spéciales avaient tout le temps nécessaire pour tenir des registres. Ils conservaient des informations plutôt détaillées sur les colis qui transitaient.
Voici le rapport, établi la veille de l’envoi, concernant les dons de nobles… Ces derniers ont donné de l’argent, mais aussi… des bijoux ?
« Hé, Annie ! Crois-tu trouver une piste en parcourant les documents avec cette tête ? Tu dors les yeux ouverts ou quoi ?
- Mon Dieu, que tu peux être barbante ! »
Annie répliqua aux remarques sarcastiques d’un autre soldat des Brigades spéciales, avant de consulter de nouvelles archives.
Et l’endroit où ces bijoux ont été entreposés…n’est renseigné nulle part ? Les bijoux n’ont jamais vu l’entrepôt ; ils ont été placés ailleurs…
Annie devina aisément où ces bijoux avaient été cachés.
« ...Je comprends à présent. » murmura-t-elle afin de ne pas être entendue.
Elle referma le registre. Elle venait d’éclaircir l’affaire… et elle n’avait pas l’intention de travailler davantage.
« Tu penses être sur une piste, Annie ? Cela fait un moment que tu as le nez plongé dans le même registre. » s’enquit un camarade qui prenait son travail au sérieux. Il fondait ses espoirs sur Annie. Or, cette dernière n’avait aucune intention de lui révéler la vérité.
… Je ne dois pas attirer l’attention des autres. Je vais l’envoyer balader.
« … Je n’ai rien trouvé d’intéressant.
- Je le l’avais dit, elle se tournait les pouces et faisait juste semblant de travailler. Il n’y a que toi qui prends cette mission au sérieux, Marlowe. »
Marlowe détourna son attention d’Annie quand il se rendit compte qu’une recrue piquait un somme juste à côté d’elle. Il devint rouge de colère. Annie ne put s’empêcher de lui révéler une information quand elle vit que le ton allait monter.
« Ce que les officiers recherchent… est probablement loin, bien loin d’ici, en ce moment. Les soldats des Brigades qui sont sur place devraient s’en charger...
- Ce n’est pas une raison pour qu’on tire au flanc !!! Peuh…. »
Visiblement, les paroles d’Annie n’aidèrent pas Marlowe à prendre conscience du fond du problème ; il restait fixé sur l'accomplissement de la mission qu’on lui avait confiée. Soit c’était un idiot, soit ce que l’on pouvait appeler un homme honnête. Annie savait qu’il existait des gens appartenant à cette espèce.
Si c’est au Bataillon d’exploration que la cargaison a été envoyée… ce n’est pas à moi de jouer les justiciers.
Annie se disait également que la personne qu’il fallait pour mettre à jour cette affaire de corruption appartenait forcément à la catégorie des gens honnêtes.