Je flippe toujours un peu au moment de faire découvrir un film de chevet au fiston. Parce qu’il y a forcément le risque qu’il n’aime pas et qu’en conséquences, je sois obligé de le déshériter et de lui dire combien je préfère mille fois son petit frère.
Et au début de Retour vers le Futur, l’ambiance du cinémapéro est glaciale. Le fiston, il s’en tape le coquillard de la vie au lycée de Marty, de ses projets d’avoir un jour un 4x4 rutilant, de ses problèmes avec Strickland ou de sa vie de famille avec cette grosse dame alcoolo qui raconte des trucs inintéressants puisque le fiston ne peut pas encore savoir que cette mise en place complètement géniale est en train de le préparer à vivre une aventure de ouf malade et que tout ce qu’il voit à l’écran, de l’affiche d’un candidat Noir à la mairie en passant par le plan sur l’horloge de l’Hôtel de Ville, tout ce qu’il entend dans les dialogues, de son père qui avoue n’avoir jamais su s’imposer à sa mère qui assure n’avoir jamais trainé dans une voiture avec un garçon, a de l’importance pour la suite !
Et puis le fiston n’aime pas vraiment Huey Lewis donc il m’avoue bien vite s’ennuyer ferme ce que je prends très très bien, évidemment, en allant m’enfermer dans la chambre pour hurler en brisant tout ce qui me tombe sous la main pour revenir calme et tranquille dans le salon.
Mais quand enfin arrive Doc Brown et surtout, quand la DeLorean sort enfin du camion, alors là, c’est pas la même limonade.
Là, comme par un tour de magie que j’aurais pas vu le truc, le film envoûte le fiston et c’est parti, il est à fond et va adorer cette histoire d’adolescent traqué par sa mère en chaleur. Enfin, bon, non, évidemment, il n’a pas vu l’histoire sous cet angle et tant mieux.
Non, il s’est éclaté parce qu’il a tout pigé du principe du voyage dans le temps et de ses enjeux. Bon, alors c’est vrai, j’avais préparé le terrain l’avant-veille en lui dessinant un schéma explicatif extrêmement précis et détaillé.
Mais quand même. Très vite, le concept de la photo avec les gens qui disparaissent parce que le papa et la maman ne se rencontrent pas comme prévu ou l’anachronisme de Marty en 55, il pige ce que ça signifie. Je lui ai même expliqué pourquoi le Doc ne croit pas Marty quand ce dernier lui assure qu’en 85, Reagan est président, et du coup, le fiston a découvert qu’un tocard pouvait accéder à de très hautes responsabilités, ce qui me permettra, plus tard, de lui expliquer comment on a pu avoir un jour Sarkozy puis Hollande.
Il s’est amusé avec Biff et sa bande de crétins surtout quand au terme d’une poursuite en skate, ils finissent dans le caca de cheval. Il a adoré le coup de poing que met George – enfin ! – à Biff pour défendre Lorraine. Il a flippé que George et Lorraine ne s’embrassent pas (il a très mal vécu le moment où Marty ne peut plus jouer de la guitare à cause de sa main, donc je ne lui dirai rien de ce que traverse Michael J. Fox). Et surtout, surtout, il a vraiment vécu comme un insoutenable suspens la question de savoir si Doc lirait ou non la lettre et se ferait de fait, tuer ou non par les libyens.
Mais le pire pour le fiston, le moment où j’ai vraiment cru le perdre, c’est lors du suspens insoutenable et frénétique autour du branchement du câble pour pécho la foudre. Alors là, l’idée que Marty ne puisse pas réussir à rentrer, rate la foudre et reste coincé en 55 a été une épreuve terrible pour le fiston qui se cachait sous la couverture pour rien voir.
Et c’est vrai que ce climax est géré avec une énergie folle. On est à fond, on est pris par la scène, et même si nous on sait qu’il va y arriver, de voir le fiston flipper comme un dingue, ça nous a fait vivre le suspens avec la même intensité et quand enfin Marty disparait dans la DeLorean, on a été 3 à souffler et reprendre enfin une respiration normale !
Alors bon, c’est vrai, y’avait de temps en temps des petits bugs de compréhension. Le fiston craignait par exemple que les libyens ne surgissent en 55. Il m’a fallu donc lui expliquer qu’à l’époque, c’était les coco les méchants, pas les islamistes. Non, je déconne, j’ai pas fait ça. Et puis il a eu du mal à séparer le Doc de 55 de celui de 85 puisque « ils sont vieux tous les deux ». Mais ce sont là des mini réglages qui devraient disparaitre – ou empirer – avec les suites qu’il lui tarde désormais à fond de découvrir.
Car en un seul visionnage, le fiston est devenu complètement zinzin. 30 minutes de débat ont été nécessaires après le générique de fin pour faire le tour de toutes les questions qu’il avait à poser sur le film et sa mythologie (« mais dans le 2, sil il va dans le futur, il est encore en vie Doc parce qu’il est vieux là quand même ?! ») et c’est réjouissant pour moi de le voir aussi enthousiaste mais en même temps, je flippe un peu parce que ça ressemble à un coup de cœur comme il a pu avoir pour Star Wars ou Astérix, ce qui signifierait qu’on a pas fini d’en bouffer du Retour vers le Futur.
Bon, vous me direz, y’a des parents qui se mangent en boucle la Reine des Neiges. Alors je vais pas me plaindre.
Ah et pour les adultes, c’est toujours autant un plaisir total ce film. Surtout avec cette édition blu-ray de toute beauté aux images absolument sublimissimes.