Joëlle Ciocco, Liseuse de peaux
Biochimiste de formation, elle a fondé l’épidermologie en 1980, discipline fondée sur la connaissance en profondeur de l’épiderme. À travers sa fameuse « consultation », elle écoute les confidences de chaque peau pour leur assurer santé et éclat. Construction d’une philosophie de beauté en 4 actes. « Posséder la sérénité, c’est posséder la beauté »
« J’ai eu un chemin très long. Pendant des années, j’ai tiré des ficelles. Au bout de beaucoup, il n’y avait rien, alors je passais à une autre. Bien plus tard, j’ai réalisé qu’elles avaient tricoté un maillage dont la synthèse m’a permis de créer l’épidermologie » Peau du visage « Quelle est la partie de la peau qui souffre le plus ? ». C’est l’une des questions que s’amuse à poser Joëlle Ciocco à ses patients. La réponse ? le visage. « C’est à la fois la partie la plus active, et aussi la plus malmenée de tout le corps : exposée au chaud et froid, à la pollution, aux mains, aux portables, aux cheveux, aux cosmétiques. Et c’est aussi la partie la plus innervée puisqu’elle concentre 4 sens : la vue, l’odorat, l’ouïe, et le goût. » Vers l’Epidermologie – le déclic Quand elle finit ses études de chimie, la cosmétique se résume à 3 menus objectifs : respect d’un cahier des charges, non-toxicité, et reproduction d’un produit à grande échelle. « Un produit cosmétique, c’était uniquement du rêve, on ne recherchait pas son efficacité », résume Joëlle Ciocco. Elle fait alors la connaissance d’un dermatologue qui lui soumet une question, simple en apparence : « Si un produit appliqué à la surface de la peau n’a pas d’efficacité, alors comment considérez-vous l’allergie ? ». Or l’incompatibilité allergique souligne bien une réceptivité de l’épiderme au cosmétique, donc une action possible de celui-ci. L’ultime ficelle est là : prodiguer des soins adaptés, donc efficaces, nécessite une connaissance profonde de chaque peau pour en cerner la logique, et pouvoir la soutenir dans son processus de régénération, d’oxygénation, et d’auto-régulation. Ta peau tu connaîtras, ou l’éducation cutanée - philosophie de beauté « Sans un bel écosystème cutané, un anti-âge ne sert à rien, car la peau ne sera pas réceptive. » Avant tout le monde, et par l’observation, Joëlle Ciocco met à jour la formidable biodiversité cutanée - ou écosystème - de la peau. « La peau possède des défenses immunitaires naturelles (agents hydratants, vitamines, filtres protecteurs, et même antibiotiques). Chaque peau est unique et possède sa propre identité, c’est-à-dire son propre écosystème, fruit d'une histoire, de données génétiques, et d'un environnement de vie. » L’épiderme a une mémoire, et son équilibre naturel peut être altéré par la santé physique et psychique, des expositions solaires prolongées, des allergies, ou l’application de produits cosmétiques non-adaptés. « Pour avoir une peau en pleine santé, chaque femme doit utiliser le bon produit, de la bonne manière, et à la bonne fréquence. Or pour savoir ce qui est « bon », un décryptage préalable de son écosystème cutané est nécessaire.» Il faut 10 jours à la peau pour restaurer son écosystème (pendant lesquels des boutons peuvent apparaître), et 28 jours pour une « résilience » complète. Avec une attention particulière aux ennemis bien connus de la peau, dans l’ordre: le soleil, le tabac et l’alcool. « Finalement, l’éducation cutanée se résume à nettoyer méticuleusement la peau, la nourrir de manière juste, lui laisser le temps, et la soutenir quand elle en a besoin. Ensuite seulement, on peut la renforcer et la booster avec des actifs anti-âge.»
« La peau sur le divan », ou l’observation de l’écosystème – la consultation Pour mettre à jour l’inconscient singulier de chaque épiderme, elle a mis au point sa consultation « logique de l’épiderme », dont l’objectif final est l’élaboration d’un protocole de soins précis et finement adapté à chaque peau pour l’aider à retrouver son harmonie. La consultation se déroule en deux temps : un questionnaire, puis une auscultation du visage à la loupe « D’abord, je cherche à comprendre qui vous êtes, en recueillant un maximum d’informations objectives (génétique, âge, milieu ambiant, mode de vie, profession, produits utilisés…), et subjectives comme la manière dont vous vous voyez, et ce que vous attendez de moi. » Puis, le patient est installé sur le « divan» pour l'observation rapprochée. Après 45 minutes, il repart avec un protocole cosmétique personnalisé (voir des soins sur-mesure), un maximum d’informations, certaines habitudes à intégrer, d’autres à oublier. « Nous conseillons au choix des produits en pharmacies, grande surface, ou des laboratoires Joëlle Ciocco, car avant tout, j’aime que mes patients soient libres ». Pratiquée lors d'un soin uniquement, une série de tests de réactivité s'ajoute aux deux étapes précédentes : « j’applique d’abord un produit de nettoyage pour observer la première réaction cutanée. C’est elle qui va me guider pour la suite, et me permettre de saisir la "clé" de la peau. La lecture se fait en direct, je ne sais jamais à l’avance ce que la peau va révéler, ni réclamer, c’est ce qui me passionne ». En 30 ans d’observation, Joëlle Ciocco affirme aujourd’hui qu’aux racines de la beauté, il y a l’acceptation de soi. « La peau est très liée au psychologique, et à l’image de soi. L’expression « bien dans sa peau, bien dans sa tête » n’est pas une partie de rigolade. Si vous êtes en harmonie avec votre intérieur, vous serez lumineux. » Pas de recette miracle et générale, donc, mais une étonnante philosophie de beauté en forme de sagesse, où connaissance et justesse valent tous les produits cosmétiques du monde. Le lait onctueux capital, calendula, fleur d’oranger, et huile d’amande douce – produit phare « Le démaquillage de la peau est le premier anti-âge. Crée il y a 20 ans suite à mes premières recherches, j’ai conçu ce lait démaquillant comme une crème, pour toutes les peaux, et pour tous les nettoyages. Il nettoie, nourrit, hydrate, respecte l’écosystème et sa biodiversité, purifie, et se rince à l’eau sans laisser de particules grasses. Si la peau n’est pas bien nettoyée, vous ne pouvez pas être dans l’anti-âge. Le démaquillage est le fondement d’une peau en pleine santé. » 6 principes de base pour préserver son écosystème cutané : Si chaque peau possède sa propre clé, voici quelques basiques valables pour toutes les peaux. 1 - Appliquer le plus de produits (démaquillant, lotion …) à pleine mains, sans coton, pour masser et stimuler l’épiderme. En prenant pleinement ce temps pour soi, avec bienveillance, et pleine présence. 2 - Nettoyer le soir, préserver le matin. « Il ne faut jamais se démaquiller le matin, sinon vous détruirez l’écosystème que la peau a reconstruit durant la nuit » 3 - Se démaquiller longtemps, et en deux temps. « Effectuer un premier nettoyage pour enlever le maquillage et la pollution en émulsionnant simplement le produit en surface, à l’aide d’effleurages ; puis rincer à l’eau (du robinet). Faire un second passage pour réellement nettoyer la peau, apporter une respiration cutanée qui permettra l’élimination des toxines, en la massant plus longuement par un mouvement de rotations du bout des doigts. Idéalement, comptez 5 bonnes minutes » 4 - Si vous hésitez entre plusieurs crèmes, déposez-en un peu sur la main, et trempez-y le bout de votre langue : préférez celle dont le goût est agréable, suave ou sucré, à celle qui serait amer, âpre, ou acide. 5 - Évitez le plus possible les gommages sur le visage qui sont agressifs et décapants. « Surtout pas au quotidien, sinon mieux vaut acheter du décapant tout de suite » 6 - L’été, mettre un écran total 50, « pour être aussi bienveillant avec sa peau qu’enfant ». L’hiver, la barrière du maquillage est suffisante ; si vous ne vous maquillez pas, un SPF léger (15 ou 20) est recommandé. Joëlle Ciocco http://www.joelle-ciocco.com/ Photographe : Maud Bernos http://www.maudbernos.com/ Texte : Tiphaine Illouz








