Coffre-fort numérique : 2010, année zéro ?
C'est d'abord venu d'Air France, qui parallèlement à l'annonce de la première desserte en A380 vers l'Afrique du Sud (Johannesburg plus exactement), annonçait le lancement d'un coffre-fort numérique (digital safe en anglais) en partenariat avec Allianz et Mondial Assistance, dédié aux voyageurs. Puis tout récemment, mi-mars, c'est au tour de La Poste d'annoncer le lancement d'une nouvelle solution alliant boite aux lettres numérique, coffre-fort numérique et espace de partage (lire le communiqué de presse de La Poste du 11 mars 2010 / article itespresso.fr du 12 mars 2010). Cette nouvelle offre, pour laquelle les particuliers pourront s'abonner gratuitement, devrait être lancée à la mi-avril et s'appeler Digiposte. Pour mémoire, La Poste proposait déjà une solution de coffre-fort numérique payante, Digicoffre, ainsi qu'un webmail gratuit : LaPoste.net. Ainsi m'est donc venue l'idée de procéder à un rapide (et modeste) tour d'horizon des offres existantes sur ce créneau en France. Si ce marché très spécifique voit s'affronter ce que l'on appelle des pure players, on se rend compte que des établissements bancaires et des sociétés d'assurance l'ont également déjà investi en partie. Les « Pure Players » : En service de base, j'ai noté l'existence de 2 sites qui permettent un stockage distant des données : Mon-coffre.net et My Safe Document. L'inscription au premier se fait par courrier « traditionnel » et l'envoi d'une clé USB sur laquelle se trouve un code d'activation. L'offre de base est à 6 €/mois (pour 50 Mo de données), et la gravure sur CD de vos données est en option. Le second, My Safe Document, développe des offres pour particuliers (à partir de 2,96 €/mois) et professionnels, avec quelques services intéressants comme les espaces de travail collaboratif. Cependant, la présentation du service sur le site ne permet de se faire qu'une idée partielle de ces espaces de travail et de la communauté qui est citée. Un cran au-dessus, j'ai identifié 3 sites qui semblent déjà se concurrencer : MyArchiveBox, SecuriBox et e-coffrefort.fr. Outre la gestion électronique des documents classique (permettant l'acquisition, le classement, le stockage, la recherche et la diffusion des documents), ces 3 sites proposent des fonctions « intelligentes » pour rapatrier automatiquement vos documents tels que factures électroniques d'électricité, de gaz, de téléphone, de mutuelle et d'assurance sociale et dans certains cas, vos fiches de paye si votre employeur souscrit au service de son côté. De même, des alarmes intelligentes vous rappelleront échéances de renouvellement ou de fin de validité. Enfin, la fonction de certification dans le temps des documents permet de produire des documents à valeur probante (qui ont donc une valeur légale en cas de besoin). Cependant, ces 3 services se distinguent entre eux par les offres qu'ils mettent en avant :
MyArchiveBox se concentre essentiellement sur les offres aux particuliers (l'offre pro sera bientôt disponible) pour la gestion pratique des documents importants.
SécuriBox, dans son offre pour particuliers, met en avant ses « Agents Web » rapatriant factures et relevés auprès de nombreux partenaires. L'offre pour professionnels SécuriBox-Pro propose des coffres d'entreprise, des coffres en marque blanche, un service d'émetteur de documents (très pratique pour les employeurs, associations, universités, écoles, clubs, syndics, etc…) et la possibilité de développer un Agent Web pour son service.
Enfin, e-coffrefort.fr (dont la société mère est l'OFSAD), dispose également d'un service pour particuliers et professionnels, et met en avant sa praticité (11 modes de dépôt de documents), mais insiste surtout les avantages légaux du coffre-fort virtuel : conformité à la norme AFNOR Z42-103 pour la valeur probante, conformité à loi sur la dématérialisation du bulletin de paye, ou l'aide à la transmission du patrimoine (il existe même une possibilité de produire un testament simplifié pour son notaire…).
Enfin, question prix, MyArchiveBox propose de tester son offre gratuitement pendant 3 mois et une offre de base à 3,35 €/mois, e-coffrefort.fr propose un essai gratuit de 30 jours puis une offre de base à 3,00 €/mois mais SécuriBox propose un compte gratuit de 1 Go, mais dont les services doivent être limités alors que l'offre de base se situe à 7,99 €/mois. Du côté des banques :
Monabanq propose gratuitement à ses clients un coffre numérique via les services de e-coffrefort.fr que nous venons d'évoquer. Toutefois, les fonctions avancées de certification dans le temps sont facturées à près de 7 €/mois. À peine moins cher que chez le fournisseur donc.
Le Crédit Mutuel propose un coffre-fort d'une capacité d'1 Go facturé à 1 €/mois à ses clients en offrant des services classiques de gestion documentaire.
BNP Paribas propose, via son offre globale Protection 24, un coffre-fort numérique via différentes formules. Celles-ci étant à la base des offres de protection (télésurveillance) de votre habitation, le coffre numérique n'est qu'un service complémentaire offert, et peu de détails sont disponibles sur ses fonctionnalités.
Le Crédit Agricole, quant à lui, propose à ses clients depuis 2007 un service de coffre-fort numérique. Celui-ci n'est disponible que dans certaines régions de France et il ne semble pas y avoir eu d'actualisation depuis plusieurs années. La certification des documents est l'un des points forts de ce coffre, et à bien y regarder, cela est certainement l'une des offres les plus économiques du marché.
Le CIC dispose d'une offre de base à 1,5 €/mois pour ses clients, mais qui se limite uniquement à de la gestion documentaire.
Concernant LCL, son service de coffre-fort en ligne n'est plus commercialisé depuis le 15 décembre 2009, et ce malgré une la gratuité pour les 6 premiers mois d'utilisation. Fourni par Extelia, une filiale du groupe La Poste, on trouvait sur leur site l'explication du cas client LCL. Est-ce pour mieux préparer l'arrivée de Digiposte et annoncer un futur partenariat ?
La Caisse d'Épargne propose également un coffre-fort, parmi les plus aboutis du secteur. Cependant, la certification des documents n'est pas comprise dans le prix de l'abonnement, et se fait à l'unité au tarif de 0,10 €.
Un des grands absents sur le secteur est la Société Générale qui ne propose rien. Et c'est encore plus dommage pour les banques en ligne qui font de la dématérialisation leur spécialité : aucune information sur un éventuel coffre-fort électronique chez ING direct, Fortuneo, Cortal Consors ou encore Boursorama Banque. Seul Monabanq, citée plus haut, tire son épingle du jeu. Ce rapide tour d'horizon français des coffres-forts numériques ne serait pas complet en omettant les assureurs. Si certains ont choisi des partenaires extérieurs pour ce service (Europ Assistance avec e-coffrefort.fr), il faut souligner l'offre de MMA qui propose un coffre-fort gratuit, sans devoir être nécessairement assuré chez eux. Et leur publicité TV (lien YouTube) devrait certainement avoir un certain impact sur les inscriptions. L'offre d'Air France / Allianz quant à elle, innove dans le sens ou elle propose non seulement des services classiques de gestion de documents, mais aussi la gestion de ses données médicales et leur transmission vers les professionnels de santé. Cependant, aucune information sur la certification des documents. Mais il est vrai qu'en proposant de gérer des données médicales, Air France et Allianz s'attaquent déjà à un très gros morceau ! Ainsi, le marché du coffre-fort numérique qui avait démarré vers 2007 grâce aux établissements bancaires, l'inscrivant à leurs programmes de transition de leurs services vers le web, devrait connaître un regain d'intérêt cette année avec l'arrivée d'acteurs importants et d'horizon bien différents (banque, poste, assurance et partenariats divers). L'évolution de la solution de La Poste (et qui saisit l'opportunité de d'élargir sa palette de services peu avant la fin de son monopole sur le courrier de moins de 50g prévu pour le 1er janvier 2011) devrait contribuer à l'émergence et la popularisation de ce service que la génération Y sera prompte à adopter. Et l'extension de ce service à la conservation de documents de santé (un bon exemple de coffre-fort « santé » en Suisse : VitaClic) offre de belles perspectives. Le succès de la formule viendra peut-être de celui qui sera en mesure de proposer un coffre-fort virtuel comprenant : la certification légale, le cryptage, la gestion de données de santé, la gestion de données dans l'urgence, en y joignant des fonctions intelligentes comme les alarmes, le rapatriement automatique des documents, le tout à un prix raisonnable (voire gratuitement), dans le respect des lois (CNIL) et offrant une simplicité de gestion. Et pourquoi ne pas imaginer le développement d'une application iPhone ou dispositif (mini-scanner) couplé à un logiciel client, mis à disposition gratuitement pour chaque nouveau client et qui permettraient une utilisation simple, rapide et efficace du coffre-fort ? Nous n'en sommes qu'au début !










