Jour 2 #30jourspourécrire
Elle écrit, elle note, elle émarge, elle griffonne, gribouille, rimaille, conjugue. Elle râture, elle biffe, corrige, barre, recommence, raye, reformule. En bleu turquoise, à l'encre violette, au bic, à la plume, en lettres rondes, de son écriture de maîtresse appliquée ou pressée. Et elle garde. Tout. Sur des carnets, des cahiers, des recueils, sur des petits bouts de papiers, des morceaux de nappes de bistrot, des enveloppes décachetées, des sous bocks...qu'elle remise dans ses tiroirs, ses livres, sous son oreiller, dans ses poches...
Le parfum d'une femme croisée à la sortie du métro, enivrant, musqué et fleuri, l'odeur douce, sucrée et moite du cou de son bébé, de la poudre de riz quand elle embrassait sa grand-mère, la fragrance d'une nuit d'été assise en solitaire sur son perron, fraîche, jasmin et roses mélés, la subtilité de deux corps après l'amour, le sel revigorant de l'océan...
Le chant de la mésange au petit matin, trilles hautes et claires perçant le demi sommeil, le rire franc et explosif, discret et retenu de ses amants, la première fois que sa fille a dit maman, le murmure du cours d'eau derrière la maison de Dordogne, le bruissement du tremble avant la pluie, l'orage qui gronde au loin...
Les tartes de sa mère-grand, le goût du sel de leurs peaux, mordues, embrassées, léchées, de la première et de la dernière clopes, les premières cerises, l'amertume de la bile au fond de la gorge, du sang de ses lêvres mordues pour ne rien avoir dit, la saveur du café du mercredi entre copines, la légèreté de la bière en terrasse avec sa Twin...
Le voyage de ses lèvres de sa cheville à ses reins, la chaleur ronronnante de ses chats, le duvet tiède de son fils contre son sein, la brûlure du soleil après la plage, l'eau qui se fend et s'ouvre sous sa brasse coulée, la paume de sa main contre sa joue, les larmes qui roulent le long de ses joues, le vent d'ouest dans ses cheveux, la gifle du père, les bras autour...
Les yeux noirs de sa mère, le radeau de la méduse, l'arrivée à New york, les rues de Barcelone, le sourire de ses élèves, les vagues qui se jettent sur les brise-lames à saint Malo, les premiers pas de ses gosses, le 11 septembre 2001 à la télévision, le désir qui s'allume dans le regard de l'autre, les pivoines blanches du jardin, le rouge des coquelicots...
Ce qui nous ressemble et nous différencie. Ce qui appartient à l'inconscient collectif et ce qui lui est propre. Le tout qui fait qu'elle reste unique. Pour ne pas oublier. Ne pas oublier qui elle est.















