TOLKIEN (2019)
Immortel de par ses œuvres littéraires qui parvinrent à s’imposer au Cinéma grâce à Peter Jackson -n’en déplaise aux détracteurs, qui n’ont qu’à regarder ailleurs pour constater qu’il y a des tonnes d’adaptations moins honorables et qualitatives-, quoi de plus normal qu’un biopic -pas musical cette fois-ci- consacré à un des grands noms de la Fantasy? Curieusement, c’est le méconnu réalisateur finlandais Dome Karukoski qui porte le projet depuis 2013... une erreur? Non, car TOLKIEN nécessite cette approche quasi-intimiste -mais jamais voyeuse-, et la plupart des long-métrages de Karukoski explorent les relations humaines à travers des récits qu’il scénarise souvent lui-même: mais s’attaquer à une légende du poids de l’écrivain du Seigneur Des Anneaux n’est pas si simple, comme on va l’évoquer. Déjà, le film n’est pas produit par un Peter Jackson qui aurait pu capitaliser à nouveau sur les trilogies de LORD OF THE RINGS (2001-2003) et THE HOBBIT (2013-2015) en chiant un TOLKIEN de circonstance, trop connecté aux aventures de la Terre Du Milieu: quant à Karukoski, lui, perdure avec respect, malgré l’incompréhensible refus de la famille de J.R.R. Tolkien de visionner ET d’approuver le long-métrage en question. Des infos limitées, une savoir-faire pour transmettre de puissantes émotions, la genèse de TOLKIEN ne dispose en effet que de morceaux incomplets pour se construire face caméra: alors, comment parvenir à nous fasciner de la vie de cet orphelin anglais né au XIXème siècle? Quelle partie de sa vie choisir de montrer -et comment, surtout- tout en sachant que la base scénaristique est “incomplète”, obligée à s’étoffer? Et on se retrouve enfin en salles, et TOLKIEN s’ouvre, sobrement. TOLKIEN est d’une délicatesse immense, d’un tact cérébral et émotif doux et puissant: nous avons là LE biopic rêvé pour s’accorder avec ce que nous attendons. Par exemple, les scènes incroyables de la Bataille de la Somme brillent là où il y aurait pu avoir un vide narratif: Karukoski n’a pas l’info, alors il entreprend de nous faire rêver de manière CRÉDIBLE, à l’image de ces ahurissantes mais subtiles hallucinations qui frappent le jeune Tolkien, nous n’en citerons qu’une; le visage enflammé du Balrog, vision aussi éphémère que l’explosion de grenade dans laquelle elle apparaîtra. Bordel, le fan-service pue la classe et est trop discret pour en être vraiment: à destin peu commun, film incroyable! TOLKIEN ne joue pas à l’easter-egg gratuit, préférant l’esthétisme et la beauté à une mise en scène trop icônique nous éloignant de la réalité. Pourtant, le film est une ode à l’imaginaire, cristallisant à merveille l’essence de la créativité, brandissant avec bonté le drapeau de la poésie, de la musique, de l’écriture, et autres disciplines artistiques dans lesquelles notre espèce peut s’élever à son meilleur potentiel: ne fuyez pas, TOLKIEN est tout sauf casse-tête, Karukoski détenant les secrets de l’amitié, la magnificence de l’amour -la love-story du long-métrage est littéralement... magnifique-, et de comment leur donner vie avec noblesse. Alors si TOLKIEN est certainement “rempli” de faux faits, accordons à son réalisateur de talent -je veux dire, ce type débarque avec un des plus beaux films toutes catégories confondues!- la ferveur et la passion du mythe, qui donnent justement un cachet “scénarisé” en rapport avec la jeunesse de l’écrivain, qui s’arrêtera tout juste avant la création de son premier livre -c’est très, très intéressant-. Karukoski est sauf, mais pas seulement grâce à ça: respectant l’intimité de son personnage principal -le décès maternel sera vu, mais pas le visage d’une mère inerte, et vous pouvez oublier toute scène de sexe inutile, tant mieux-, ajoutant la touche envoûtante d’une bande-son calme mais adaptée -merci Thomas Newman pour ce soundtrack impossible à dissocier du film-, et pour finir, Nicolas Hoult. Oui, lui, le Warboy cinglé mais attachant de l’énorme instant-classic MAD MAX - FURY ROAD (2015), ici ré-humanisé sous les traits de Tolkien himself, crève l’écran, à sa façon: pas d’exubérance à la Jack Nicholson style SHINING (1980), ni d’arrogance hollywoodienne, qui a tendance à surestimer ses acteurs principaux -notamment dans les biopics- ou encore à jouer de la qualité du maquillage pour se faire vendre -même si HITCHCOCK (2012), c’était très bien-. Non, Hoult est Tolkien car aussi fluide et subtil que le récit, et nos yeux brillent à chaque performance, dès lors que les pics émotionnels sont sous nos yeux. La beauté, encore une fois, n’est pas que visuelle: le Cinéma peut justement exploiter l’image pour nous toucher sans contact physique. TOLKIEN touche l’âme, provoquant la subite envie pour quiconque de découvrir ses livres, de revoir les films de Peter Jackson, et PIRE! De s’intéresser fortement au recueil de poèmes d’un ami proche de Tolkien, que ce dernier publia en sa mémoire: que est ce film, qui ose sensiblement mais avec équilibre, de dépeindre plus que la jeunesse d’un écrivain de légende, allant de l’enfance à l’âge adulte avec des scènes que l’on ne peut exprimer qu’avec avec des mots? Les décors sont délicieux -même les “pires”, on se souviendra longtemps de cette fosse aux morts de la Bataille de la Somme-, chaque séquence/chapitre se fond avec les autres, et nous passons par un panel infini d’émotions que nous avons tous connu, fantasmé, imaginé, et haï. Clairement un des meilleurs biopics de l’Histoire du Cinéma, TOLKIEN est EXEMPLAIRE car mêlant réalité et fiction, de son développement complexe faisant écho à la vie de Tolkien, balançant entre vie réelle et imaginaire débordant. L’intelligence est sexy? TOLKIEN aussi, mais pas que: l’Art, les Arts, sont mis en avant de façon à nous encourager, nous, public, à ne pas réfréner les pulsions qui nous mènent à peindre, écrire, ou jouer de la musique. Sans véritablement le comparer à d’autres, TOLKIEN est unique, homogène mais varié sur plusieurs plans: vite, le revoir en V.O. pour se délecter des ses multiples dialogues linguistiques inventés ou non! Hymne à la culture et à l’art, le film inattendu et incertain de Karukoski est une victoire incontestée: aucun intérêt pour la biographie Cinéma du papa de Gollum & Co.? Et bien voilà l’occasion de revenir sur ses idées reçues, d’en dépoussiérer certaines: pas de syndrome “origins-movie”, ni de “commande” d’avides producteurs-vautours. Magique et intelligent, TOLKIEN touche notre âme et notre cœur avec romance et passion, sérieuse mais jamais sirupeuse: nous sommes emportés dans ce film malgré nous, qui que nous soyons. Calme mais rythmé, drôle mais vrai, TOLKIEN EST une oeuvre d’art en lui-même, mise en abyme imprévue mais grandiose des sept Arts: transcendant son format pour en devenir le plus joli des rêves -la fonction principale et primordiale du Cinéma- projeté en salles. On vous avait bien dit que TITANIC (1997) était à chier. Indispensable!
HELHEIMER! /20