PREDATORS (2010)
Le mythique chasseur Yautja se faisait désirer, espérer, et fantasmer depuis un bon bout de temps, ses crossovers avec un certain Xénormorphe -les affreux ALIEN VS PREDATOR (2004-2007), qui n’ont jamais existé- n’arrivant pas à la cheville des deux premiers épisodes: on savait Robert Rodriguez engagé dans un projet qui serait censé être PREDATOR 3, avec la promesse des caméos de Dutch -Arnold Schwarzennegger- et Harrigan -Danny Glover. Un programme alléchant donc, auquel on apprit l’éviction de Neil Marshall -THE DESCENT (2005)- quant à la réalisation, au profit de Nimród Antal, papa de l’insipide MOTEL (2007) qui perdurera dans cette voie “moyenne” avec l’inutile Metallica-Movie THROUGH THE NEVER en 2013: le troisième volet est là, son titre agrémenté d’un “S” en hommage au ALIENS (1986) de James Cameron. D’entrée de jeu, PREDATORS s’oblige à démontrer un fan-service “obligatoire”, qui emble vouloir renouer avec la version du classique -on préfère le terme de “monstre sacré“- de John McTiernan -PREDATOR (1987)-: la jungle étouffante de chaleur, une gros balèze faisant rugir sa Gatling, un regroupement d’individus majoritairement issus du monde de la guerre -à l’exception d’un medic- qui doivent affronter la menace du légendaire chasseur extra-terrestre. C’est sympathique, certes. Hélas Nimród Antal ne peut s’empêcher d’inclure des éléments nouveaux peu valorisants pour un tel film: on n’a rien contre Laurence Fishburne -THE MATRIX (1999)-, qui n’a ici qu’un rôle bâclé d’ermite qui finira par crever assez vite, mais enfermant le récit de PREDATORS en huis-clos peu convaincant pendant une bonne demi-heure -cassant son rythme au passage-. Des idées novatrices -et discutables- son appliquées, nous emmenant sur une autre planète, sûrement celle des Yautja -ou du moins celle qu’ils utilisent pour leurs parties de chasse privées-: pourquoi pas, mais dans quels sens? En effet, d’autres aspects tels que le bestiaire élargi -les “chiens” des Predators, l’alien exilé comme les humains pour être la proie des Yautja- semblent concorder avec le background de PREDATOR, sans forcément parvenir à marquer durablement les esprits. PREDATORS attrape le chaland sans mal, puis change de direction sans réelle raison, nous perdant, et pire, nous frustrant quant à ce pot-pourri de séquences hommage ou héritage -de la redite, en moins bien-, faites pour fidéliser le public sur un résultat de moindre qualité. Est-ce l’accumulation de stéréotypes -qui fonctionnait à l’époque- qui fait merder le tout? Il faut bien relever que le japonais mutique -et Yakuza, évidemment- finit par affronter un Predator en duel singulier style samouraï, torse nu et katana lame dehors: rien à voir avec l’intensité du protagoniste se saignant le torse avant le combat dans PREDATOR, vous en conviendrez. Se la jouant old-school en matraquant dès que possible le thème musical de PREDATOR, PREDATORS demeure une sorte d’œuvre de fan à grand budget, sans être le “vrai” PREDATOR 3 -une utopie?-. Trop de codes respectés mais mal exploités, et une lutte qui semble moins solide qu’un affrontement classique en 1v1 malgré son extension -bestiaire, nouveaux physiques des Yautja-: la bonne volonté de Nimród Antal est transparente... et insuffisante. Lissé, surfait, PREDATORS a beau être meilleurs que les crossovers avec l’ami Alien, il ne vaut clairement pas PREDATOR et PREDATOR 2 (1990), son cul bizarre devant se faire une place dans cet étroit entre-deux que sont mythes du cinéma et essais ratés. Un cast ne fait pas tout -Danny Trejo (UNE NUIT EN ENFER, 1996) et Adrien Brody (SPLICE,2010) n’y changent pas grand-chose-, et le fan-service de qualité est un matériau très subtil: en dépit de ses forces que sont son image et ses SFX/VFX, l’âme est absente de ce (trop) long-métrage, unique alternative consommable de la franchise. Adieu testostérone et répliques cultes! Pour conclure, on peut dire que PREDATORS se “laisse regarder”, point. D’ailleurs, qui s’en rappelle? L’acteur Shane Black, qui doit sortir son THE PREDATOR (2018) cette année: à lui de nous prouver la légitimité de son entreprise, au risque de faire couler la licence à jamais. Bonne chance...
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