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Lecture : Non, c’est non.
Non, c’est non : Petit manuel d'autodéfense à l'usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire
Depuis la nuit des temps on nous apprends à nous taire, à accepter la souffrance, à ne rien dire et sourire bien sagement. Et puis c’est bien connu quand une femme dit non “ça veut dire oui au fond”.
Alors désolée de vous l’apprendre mais quand c’est non c’est NON.
Ce guide nous aide à reconnaître les situations de dangers, et surtout oser se défendre face aux petites remarques de tous les jours qu’on ne veut plus laisser passer.
ZEILINGER Irene. Non, c'est non [Texte imprimé] : petit manuel d'autodéfense à l'usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire. La Découverte Poche / Essais. Paris : la Découverte, DL 2018
Mardi 19 juillet 2016
Mardi 19 juillet 2016, 19h40, rue Meuris, Nantes.
Après mon non harceleur du 18 juillet, il fallait forcément que quelqu’un me rappelle que quand même, je vais encore en baver un certain temps.
Bah, oui, faudrait pas croire qu’un jour je me sentirai vraiment libre et en sécurité dans la rue, ou pire : faudrait pas qu’un jour je me sente comme une personne à part entière avant de me sentir femme. Faut pas pousser quoi.
Donc aujourd’hui encore il fait très très chaud, tellement que j’ai lâché mon vélo, et sorti ma robe blanche pour avoir moins chaud.
Un homme, me dépassant alors que j’essaie d’attraper un Ramoloss, n’a pas pu s’empêcher de me donner son avis éclairé et indispensable.
« Très belle cette robe ».
Comme si j’en avais quelque chose à faire de sa validation. Mais j’étais dans un bon mood. Je l’ai regardé me dépasser, il me regardait aussi, et je lui ai répondu très nonchalamment :
« Bah ouais mais je m’en fous ».
Il a continué en marmonnant des trucs que je n’ai pas compris. Je crois que mon cerveau fait exprès de ne pas entendre ce qu’ils me disent quand je leur réponds. Il doit savoir que je risque de me mettre dans tous mes états.
Plus loin, comme j’ai la dalle je regarde les cartes des cafés pour voir si ils font pas des sandwiches végé. Le même mec s’est arrêté, debout à l’entrée d’un des cafés, il me regarde passer et me dit encore quelque chose que je n’entends pas. Comme si ça avait pas suffi la première fois.
Du coup, tout en continuant mon chemin, je lui ai lancé et répété à chacune de ses tentatives de communication (y’en a eu 2).
« Non mais toujours pas ».
Et je me suis éloignée en me disant que cette fois, je ne me suis pas laissée faire, j’ai réussi à m’exprimer en restant calme et en restant de bonne humeur. J’ai gagné.
Jeudi 9 juin 2016
Jeudi 9 juin 2016, 13h30, Boulevard du Général de Gaulle, Nantes.
Aujourd’hui il a suffi d’un trajet de 500 mètres. Du bureau à la pharmacie d’à côté.
Cette fois je suis en pantalon et en T-shirt, même pas décolleté. En sandales, même pas en talons. (Quand on vous dit que la tenue ne joue pas réellement)
“Salut chérie ! Hey ! Wesh ! “
Cette fois-ci, je n’ai pas répondu. Pas le temps, mal à l’utérus, pas envie, hâte d’aller mettre une serviette hygiénique et avaler un nurofen avant de reprendre le travail.
Jeudi 19 mai 2016
Jeudi 19 mai 2016, minuit, cours olivier de Clisson, Nantes
[Cet épisode a été le déclencheur de la décision de faire ce blog. Je l’avais raconté sur les groupes facebook Répondons et Le Féminisme pour néophytes, avant de me lancer dans ce blog comme défouloir.]
Deux cas de harcèlement à la suite.
4 ou 5 jeunes mecs dont 2 m'abordent et sont reçus par deux immédiats “ta gueule”. Suivent “on voit ta culotte” ( reçu par un “ta gueule”), et “faut arrêter de s'habiller comme ça, sa***e” (reçu par un “je fais ce que je veux co****d”).
Oui je sais, j’ai encore du mal à garder mon calme face au harcèlement de rue, la faute au ras-le-bol et au refus de ne pas répondre. Alors je réponds, systématiquement, comme je peux. Je travaille à rester plus calme et dire les choses sans insultes mais je n’y arrive pas encore.
Puis immédiatement après, un vieux mec à vélo ralentit pour rester à ma hauteur pendant que je marche. Pas du tout flippant à minuit quand les rues sont vides et au même endroit où j'ai été agressée lundi. Au bout de quelques secondes comme ça où je me contentais de marcher tout droit sans le regarder, il me dit :
“Ils vous ont dit quoi ?
- Ca vous regarde pas.
- Que vous vous habillez court c'est ça ?
- Laissez moi tranquille.
- En même temps vous êtes pas obligée de vous mettre en jupe.
- Vous êtes pas obligé de porter un pantalon.”
Il a commencé à s'énerver:
"non mais oh, vous êtes complètement folle. Vous pensez vraiment pouvoir circuler librement… Vous judiciarisez tout, vous êtes folle
- vous savez ce que ça veut dire judiciariser ? Laissez-moi tranquille. Je ne suis pas obligée de vous parler. Je ne veux pas vous parler.”
Et là, festival de l'insulte, je n'ai plus les termes exacts mais c'était très violent et presque créatif du point de vue des associations d’insultes pour faire des combos encore plus violents…
Je suis donc mal baisée et frustrée, je ne demande qu'à être baisée, et on le voit bien, je l’appelle, la jupe courte c'est pour ça. Chienne. Sa***e. J’ai fini par lui crier "laissez-moi tranquille” avant de tourner les talons en ayant l'air sûre de moi. Il a arrêté de me suivre (ouf), mais a continué à crier des insultes. Gamine. Sa***e. Même pas je te baise. J’ai crié “Tant mieux” sans me retourner, sans m’arrêter, en crispant une main sur la lanière d’un sac, l’autre sur ma bombe au poivre que j’ai hésité à utiliser tout le long de cet épisode.
Il était en vélo et m’a suivie sur une centaine de mètres le temps de cette “conversation”. Je ne pouvais pas fuir, il m'aurait rattrapée vite fait. Je ne l'ai pas montré mais je réalise que j'ai eu peur. Vraiment. Plus que lors de l’agression de lundi.
J'en ai juste marre de vivre dans ce monde où je ne suis pas libre. Pourquoi ils ne conçoivent pas que je puisse porter une jupe pour moi et pas pour leur gueule ? Et pas pour demander du sexe ? Pourquoi ils ne conçoivent pas que je porte ce que je veux ? Que je me balade seule si je veux et que c'est pas une raison pour me prendre pour une proie ? Est ce qu'on les emmerde eux sur leur façon de s'habiller ?
La rue est aussi à nous. Reprenons-la.
Mercredi 18 mai 2016
Mercredi 18 mai 2016, 23h15, Rue des Olivettes, Nantes
[J’avais initialement publié cette histoire sur le groupe facebook Répondons.]
En 2 minutes et sur 100 mètres, deux cas de harcèlement de rue.
Une première voiture remplie de mecs qui me disent que je suis charmante. Ça me fait une belle jambe.
Une deuxième voiture avec un homme au volant s'arrête à ma hauteur alors que je cherchais un truc par terre et étais statique. Il baisse sa vitre et me fixe. Je le regarde et lui dis
"casse-toi pour voir ?
-quoi ? Je me casse ?
-oui casse-toi. »
Il reste et dit des trucs que je n'entends pas
« -Casse-toi. Je veux pas te voir. Allez ! Ouste ! » (accompagné du geste de la main que je fais pour mes chats. Puis je n'ai plus fait attention à lui. Il est parti.)