Noordpeene
Nous avons vu, dans le chapitre sur Zuytpeene (Sud de la Peene), que mes arrière-grands-parents VANBREMEERSCH ont quitté leur ferme de la section du Tom à Zuytpeene, entre 1913 et 1920, pour une autre ferme située route du Schaecken à Noordpeene (Nord de la Peene), qui se trouve à trois kilomètres à vol d’oiseau de la précédente.
la famille Vanbremeersch-Wyart et ses six enfants vers 1910 (Merci à ma cousine Maryline GARS)
Les VANBREMEERSCH logeaient deux ouvriers agricoles dans leur ferme de Zuytpeene, cela m’a poussé à penser qu’ils ont repris une ferme avec des ouvriers à demeure. Une chose est sûre, leurs ouvriers agricoles ne les ont pas suivis à Noordpeene. Ils ont été mobilisés durant la Première Guerre Mondiale et à leur retour, je retrouve Etienne BOGAERT, né le 9 décembre 1890 à Hardifort, employé comme ouvrier d’atelier à Dunkerque, en 1920, d’après sa fiche matricule. Quant à Emile PRIEM, né le 29 avril 1879 à Sainte-Marie Cappel, sa fiche matricule m’indique qu’il demeurait à Sainte-Marie-Cappel en 1919 puis à Hondeghem en 1924 et enfin à Meteren en 1941.
Après une étude fine des familles de la dizaine de cultivateurs demeurant route du Schaecken, lors du recensement de 1906, j’ai essayé de trouver qui avait pu céder cette ferme reprise par mes arrière-grands-parents et pour quelle raison ?
la ferme qu’ont reprise mes arrière-grands-parents à Noordpeene est entourée de rouge.
Avec l’aide de ma cousine Rita DEVULDER qui a presque toujours demeuré route du Schaeken dont le nom signifie échiquier, nous avons finalement retenu la ferme MARQUIS.
Lors du recensement de 1906, Henri MARQUIS logeait deux ouvriers agricoles dans sa ferme. J’ai donc supposé qu’il s’agissait de la ferme la plus importante de la route du Schaeken et que cette ferme était vraisemblablement équivalente à celle qu’occupait notre arrière-grand-père Jérémie VANBREMEERSCH à Zuytpeene. Même s’il avait été obligé de quitter sa ferme du Castel Veld pour cause de non renouvellement de bail, il fallait absolument qu’il reprenne une ferme équivalente à ce qu’il avait ou un peu plus grande car il lui restait tout de même quatre enfants à charge, l’aînée Noémie s’étant mariée au début de l’année 1912.
Etudions d’un peu plus près la famille MARQUIS. Le couple MARQUIS s'est marié sur le tard, en 1887, Henri MARQUIS avait quarante-deux ans ans et Louise DECLERCK trente-quatre ans. Ils ont eu trois enfants à une année d’intervalle: Albert en 1888, Agnès en 1889 et Maria en 1890.
Tous trois vivaient encore lors du recensement de 1906 mais Agnès est décédée, peu après, le 18 mars 1906, à l’âge de seize ans, et cinq ans plus tard sa mère est morte à son tour, le 24 juillet 1911, toutes deux à Noordpeene.
Albert s'est empressé de se marier juste avant la guerre 14. Il a épousé Marie Alix BLONDÉ le 28 juillet 1914 à 6h30 du matin, malheureusement un mois plus tard, il était tué dans le département de l'Aisne à Le Hérie la Viéville. Sa veuve s'est remariée après la guerre avec un de ses cousins germains. Ils sont partis dans l'Avesnois vers 1940-1950.
Le père MARQUIS est décédé le 11 octobre 1926 à Arnèke mais je n'ai aucune information sur Maria.
Au moment du décès d’Albert, son père, Henri MARQUIS avait soixante-neuf ans. Je suppose qu’il continuait d’exploiter la ferme pour la céder à son fils mais que dès novembre 1914, il a rompu le bail de la ferme, la belle-fille est repartie vivre chez ses parents et Henri et sa fille Maria se sont retirés à Arnèke. Ainsi cette ferme se trouvait à reprendre.
Novembre 1914 pourrait être la date à laquelle mes arrière-grands-parents ont déménagé de Zuytpeene à Noordpeene.
Dans l’acte de décès d’Agnès MARQUIS, l’un des témoins est son père et il était accompagné d’un autre cultivateur de trente-six ans, Henri DELVAR qui est qualifié de voisin. Cela a conforté l’idée, chez Rita, que la ferme qu’a reprise Jérémie VANBREMEERSCH était bien la ferme MARQUIS car ces deux fermes sont distantes d’environ trois à quatre cents mètres.
Qui était le propriétaire de cette ferme reprise par mes arrière-grands-parents ? Le cadastre de 1913 devrait nous donner son nom mais pour l’instant je ne connais pas la réponse.
de gauche à droite: Maria VANBREMEERSCH et sa soeur Marie-Louise, ma grand-mère (photo prise dans la ferme de Noordpeene en 1917)
Ma grand-mère, Marie-Louise VANBREMEERSCH a donc passé six ans à Noordpeene, de novembre 1914 jusqu’à son mariage avec Paul DEHAENE, célébré le 6 septembre 1920 à Noordpeene. Ce ne furent certainement pas les plus belles années de sa vie, sur fond de Première Guerre Mondiale, avec un frère prisonnier de guerre en Allemagne.
A Noordpeene, j’ai également rencontré d’autres tranches de vies, assez brèves, de diverses familles au cours du dix-septième siècle. Les archives paroissiales ont été bien conservées, elles commencent en 1594, et on y trouve de jolis décors dessinés à la plume.
Au début des années 1600, vivaient à Noordpeene, les familles DEVULDER, VANDIENSTE, CAILLIAU et GALLE qui font partie de mes ancêtres.
Jean DEVULDER, né vers 1565 a épousé Marie DEZEURE le 22 novembre 1588 à Noordpeene. Ce sont des ancêtres de mon grand-père Cyr DEQUIDT. Ils ont eu plusieurs enfants dont Marguerite, baptisée le 16 mars 1603 à Noordpeene. Sa marraine l’a portée au-dessus des fonts baptismaux en pierre noire d’Ecaussines qui datent des années 1150. Au milieu de leur riche décor, elle a reconnu Adam et Eve dans une barque, saint Denis, le patron de la paroisse, qui, après avoir été décapité tient sa tête dans la main droite. Elle a également vu des monstres à figures humaines, des dragons et une colombe qui prend son envol pour échapper au démon.
Les fonts baptismaux de Noordpeene datant du XII ème siècle (source: Le Patrimoine des Communes du Nord- Flohic éditions)
Marguerite DEVULDER avait tout juste dix-neuf ans lorsqu’elle a épousé Jacques VANDENABEELE le 19 avril 1622 en l’église de Noordpeene. Les actes de mariage de cette époque sont très laconiques et ne nous donnent ni l’âge ni le lieu de naissance des époux mais je suppose que le jeune couple a quitté Noordpeene pour s’installer dans une paroisse voisine, sans doute à Rubrouck. Les parents de Marguerite ont encore vécu quelques petites années à Noordpeene où Marie DEZEURE est décédée le 9 mai 1627 et Jean DEVULDER le 21 janvier 1631.
Jeanne VANDIENSTE était du même âge que Marguerite DEVULDER et elle était également une ancêtre de mon grand-père Cyr DEQUIDT. Elle était la fille de Barbesan VANDIENSTE qui est décédé le 29 juillet 1620 à Noordpeene et de Pétronille VANGREVELYNGHE. Nous l’avons déjà rencontrée à Zuytpeene où elle a fondé une famille avec Jean BAUDENS.
Maurice CAILLIAU était légèrement plus jeune que Marguerite DEVULDER et Jeanne VANDIENSTE. Quand il s’est marié en 1633 à Ochtezeele avec une jeune fille de cette paroisse, Anne VANDAMME, il a quitté Noordpeene pour s’installer à Ochtezeele. Ma grand-mère Marie-Louise VANBREMEERSCH avait donc déjà des ancêtres à Noordpeene trois siècles avant que ses parents ne viennent y reprendre une ferme. Je sais simplement que le père de Maurice CAILLIAU portait les mêmes noms et prénoms que lui et que sa mère s’appelait Barbe KERFYSER. Ils sont tous deux décédés après 1623, car leur dernier enfant, François est né le 30 juillet 1623 à Noordpeene.
Robert GALLE avait sensiblement le même âge que Maurice CAILLIAU. Il était bourgeois forain d’Ypres c’est-à-dire qu’il ne résidait pas au sein de la ville d’Ypres tout en ayant choisi d’être bourgeois de cette ville. En 1639, il a épousé une jeune fille de Lynde, Jacqueline VERHAEGHE, avec laquelle il s’est installé à Noordpeene. Leur fille Marie GALLE a été baptisée le 4 juin 1648 par le curé Jean OBYN qui avait été nommé dans la paroisse l’année précédente. Marie a vécu à Noordpeene jusqu’à son mariage, en 1669, avec Nicolas DERAM qui était greffier et également bourgeois d’Ypres. Le couple est allé habiter à Lynde d’où était originaire Nicolas. Ce sont également des ancêtres de ma grand-mère Marie-Louise VANBREMEERSCH.
Quelques décennies plus tard, Marie Jacqueline FIERS voit le jour à Noordpeene, vers 1675. Certains la disent née le 31 janvier 1675 mais je n’ai pas trouvé d’acte de baptême. Elle est une ancêtre de mon grand-père Paul DEHAENE.
Deux ans plus tard, allait se dérouler la bataille du Val de Cassel encore appelée bataille de la Peene parce qu’elle s’est déroulée, au pied du Mont Cassel, à la confluence des deux rivières la Peene Becque et la Lyncke Becque. En 1677, la châtellenie de Cassel appartenait encore aux Pays-Bas du Sud qui faisaient partie du royaume d’Espagne.
En 1668, Louis XIV, le roi de France avait déjà conquis les villes de Bergues, Furnes, Tournai et Lille ainsi que tous les villages alentours faisant partie de leurs châtellenies respectives par le traité d’Aix la Chapelle. Il lui manquait celles de Saint-Omer, Cassel et Ypres pour avoir une frontière linéaire et bien défendue vis-à-vis des Pays-Bas.
L’invasion de la Flandre par les troupes françaises de Philippe d’ORLÉANS, frère du roi Louis XIV a commencé par Saint-Omer. Aussitôt Guillaume d’ORANGE, stathouder des Pays-Bas du Nord vient au secours des Flamands. Ses troupes stationnent sur les hauteurs du Tom, mont situé dans le village de Zuytpeene. Il décide d’envoyer douze mille de ses cavaliers dans la plaine pour décimer les troupes françaises sans se douter qu’au mois d’avril les rivières sont gonflées et qu’elles débordent. C’est ainsi que les samedi 10 et dimanche 11 avril 1677 (jour des Rameaux), les troupes hollandaises se sont embourbées au pied du mont Cassel. Il ne restait plus aux troupes françaises qu’à mettre à mort les cavaliers sur leur cheval enlisé. Ceux qui ont eu la vie sauve ont rapidement pris la fuite. Et c’est ainsi que Noordpeene et toute la châtellenie de Cassel sont devenues françaises.
Mais que sont devenus les habitants de Noordpeene durant cet affrontement éclair ? Se sont-ils simplement réfugiés dans l’église en attendant des jours meilleurs ou ont-ils eu le temps de trouver refuge ailleurs sachant que Saint-Omer était assiégée ?
Les actes paroissiaux ne nous donnent pas de réponse. En 1677, je ne trouve aucun baptême, mariage ou sépulture avant juin. Est-ce à dire qu’il n’y en a pas eu ? Ou les feuillets correspondants ont-ils été perdus ? C’est tout à fait possible car pour 1678, je ne trouve que deux baptêmes en avril. Ou les habitants ont-ils fui plus au nord et ne sont revenus à Noordpeene que deux mois après la bataille ?
Marie Jacqueline FIERS aurait épousé vingt ans après cette bataille, soit en 1697, Adrien LEURS mais je n’ai pas trouvé l’acte de mariage en ligne (il y a une lacune entre 1694 et 1706). Ils ont vécu environ neuf ans à Buysscheure car leurs premiers enfants y sont nés puis ils sont revenus vivre à Noordpeene.
Marie Jacqueline FIERS est décédée à Noordpeene le 28 janvier 1747. Elle a été inhumée trois jours plus tard, elle a eu droit au premier service célébré par le curé de la paroisse, François Joseph DOUSINELLE mais son corps a été enterré au cimetière et non dans l’église. Elle était pourtant épouse de laboureur et l’édit d’interdiction d’inhumer dans l’église n’est paru qu’en 1776.
En consultant les actes de sépulture de la même année, j’ai trouvé des personnes ayant eu droit au deuxième service, voire au troisième service et même au service des pauvres. Les tarifs variaient selon ce que pouvaient payer les familles.
J’ai également trouvé un fils de laboureur qui, lui, a été enterré dans l’église, il s’agit de Xavier DUVET, décédé à dix-sept ans le 3 juin 1747. Un autre DUVET, Louis Alexandre a lui aussi été inhumé, le 6 octobre 1747, dans l’église, à gauche auprès de l’autel. Il était le fils de Joseph DUVET qui avait acheté la seigneurie de la Tour en 1736. Celui-ci deviendra le premier maire de Noordpeene en 1790.
Ainsi, on peut être seigneur sans être noble. Il suffit d’avoir de l’argent et d’acheter une seigneurie, c’est pourquoi Joseph DUVET a pu passer la Révolution sans encombre et être élu maire, à quatre-vingts-dix ans, de la toute jeune commune de Noordpeene.
L’église de Noordpeene reconstruite en 1897, seule la tour provient de l’ancienne église.
Suite à son décès le 27 juin 1751, Adrien LEURS a eu également droit au premier service célébré cette fois par le vicaire de la paroisse, Marc Louis STEVEN et il a rejoint son épouse au cimetière de Noordpeene.
Le curé en titre, François Joseph DOUSINELLE sera inquiété, quelques années plus tard, par sa hiérarchie pour ses prises de position un peu trop radicales. A l’occasion du Carême de l’année 1755 qui commençait le 12 février, mercredi des Cendres, le prêtre avait modifié la lettre de l’évêque qui donnait la conduite à tenir durant cette période. Le curé demanda à ses paroissiens de bannir totalement la consommation d’œufs et de viande durant le Carême. Il fut convoqué par l’évêque, à Ypres, mais une maladie sans doute bien venue l’empêcha de se déplacer. Finalement, en octobre 1755, il fut convoqué au séminaire de Saint-Omer. Cette absence ne dura pas très longtemps car dès le 12 novembre Maître DOUSINELLE célèbre un baptême dans sa paroisse. Par contre, il récidiva en 1757. Selon l’abbé DAMMAN, il protesta à nouveau contre la permission de manger de la viande durant le Carême et de plus il avait soutenu des théories erronées à propos du sacrement du mariage. Vers le 20 février 1757, deux prévôts sont venus s’emparer de lui. Cette absence dura beaucoup plus longtemps qu’en 1755 puisqu’on ne retrouve la signature du curé dans les registres que seulement le 8 décembre 1760 à l’occasion des funérailles d’un jeune garçon de onze ans.
Avant de quitter Noordpeene, je ne peux pas passer sous silence le fameux Tisje-Tasje. Son arrière-grand-père Charles DEHAENE qui a vécu à Ochtezeele était aussi l’arrière-grand-père de Bertin DEHAENE, qui était l’arrière-grand-père de mon grand-père Paul DEHAENE. Mon ancêtre Bertin DEHAENE était donc un petit-cousin de Jean-Baptiste VANGREVELYNGHE alias Tisje-Tasje, le célèbre colporteur dont la tombe se trouve au cimetière de Noordpeene. A partir de l’âge de douze ans et durant six années, il fut domestique au couvent des Guillemites tout en recevant une solide instruction. Cela lui valut de rédiger le cahier de doléances des habitants de Noordpeene durant la Révoluion alors qu’il avait vingt-et-un ans. Il servait également d’écrivain public auprès de ceux qui ne savaient pas écrire. On le rencontrait dans toutes les fêtes où il racontait, en flamand, de savoureuses histoires.
A propos de la neuvaine d’Arnèke (voir chapitre sur Arnèke) , il disait:
- Les miracles de Saint Gohard? J’en ai connu beaucoup qui partaient droit et qui revenaient de travers!
Et pour cause, il les rencontrait dans les estaminets et cabarets de la Flandre. Tout le monde connaissait bien sa haute silhouette vêtue d’une blouse bleue, un mouchoir noué autour du cou, portant sur l’épaule, une gaule d’où pendait un assortiment de tasses à café ce qui lui valut le surnom de Tasje (tasse) venant s’ajouter au diminutif Tisje de son prénom (Jean-Baptiste).
Sources :
La bataille du Val de Cassel de 1677 : ses préludes et ses suites par P.J.E. de SMYTTERE
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6464322p/f11.item.r=habitants.zoom
Annales du Comité Flamand de France tome 28 (1906-1907)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505391m/f599.image.r=noordpeene
Annales du Comité Flamand de France tome 38 (1932)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9754335c/f117.image.r=noordpeene
Un grand merci à ma cousine Rita DEVULDER et à Jocelyne WILLENCOURT de la Maison de la Bataille à Noordpeene pour l’aide qu’elles m’ont fournie.












