où l'on déambule toute la nuit avec un verre de vin (plein) à la main dans les rues d'un village paumé au fin fond de la Slovénie (et où c'est normal)
En ce moment, c’est la période des osmice, au singulier osmica. A prononcer O-smi-tsa, ce qui vous fera peut-être penser à du japonais. Détrompez-vous, l’osmica, c’est un truc bien slovène, et si vous aviez suivi les cours de Monsieur SoispaSLO et de Madame OuvretoilesVENE, vous le sauriez (ils reviendront bientôt, je sais que la grammaire slave vous manque.), osmica, ça vient de osem, et osem, ça veut dire huit.
AHA, je sais, ça vous avance carrément.
L’osmica, à la base, c’était donc un truc qui durait huit jours. C’étaient huit jours durant lesquels les fermiers et les petits producteurs étaient autorisés à vendre leurs produits (vin, jambon cru et autre charcuterie) sans taxes. C’était donc un peu la folie.
Maintenant, c’est devenu surtout l’occasion de faire la fête, de boire du bon vin et de manger de bons produits à petits prix. Si on se plante, on peut tomber sur un truc hyper commercial, avec des cars de touristes et tout. Ouais, des cars de touristes comme ceux qui vont aux Cliffs of Moher. Beuh.
On est donc partis avec le van de l’Amerloque direction Vipava, dans la patte gauche de ce poulet qu'est la Slovénie.
Comme je sens que vous visualisez tous, je vous mets une carte. Non, ne me remerciez pas.
(carte piquée chez l'ami Wiki)
On était presque sous la neige, et déjà dans la nuit. On devait d’abord vaguement s’arrêter à Slap (qui veut dire « cascade », et on n’a toujours pas compris pourquoi), parce qu’il y avait là-bas les portes ouvertes des producteurs.
On arrive, on se gare, le climat a changé, ici il n’y a pas de neige. L’idée de la soirée est la suivante : un village de trois rues, sept fermes. On entre dans n’importe laquelle, on achète un verre à vin pour 10€, et ensuite, on se balade de ferme en ferme, on fait remplir son verre gratuitement, on mange, et on discute avec tout le monde.
Evidemment, on se fait repérer direct en tant que « non-slovène ». De moins en moins au fil de la soirée. Pour plus d’explications, reportez-vous à l’ouvrage De l’influence de l’alcool sur la qualité de mon slovène. Et puis sans doute que les gens étaient moins conscients de ce qui se passait.
Cela dit, je suis sûre que nos manteaux ont aidé à nous trahir. On a des manteaux de « ville ». Ils ont tous des blousons noirs, courts.
On ne se méfie jamais assez des manteaux.
C’est rigolo de parler avec tous ces gens. Leur accent donne envie de s’arracher les cheveux, parce qu’en Slovénie il y a 50 dialectes différents à cause des montagnes, mais à part ça, je veux dire, c’est rigolo. On boit de la liqueur d’abricot. On visite des caves. On achète du vin. On s’en voit offrir. J’oublie que je suis devenue plus ou moins végétarienne, parce que le pršut, ça ne se refuse pas.
On nous demande comment on est arrivés là. Là, à Slap, ou là, en Slovénie ? Bof, les deux… Un Amerloque et une Française au fin fond de la campagne slovène, c’est pas si courant.
Comment je suis arrivée en Slovénie ? C’est une longue histoire… « Par hasard » est sans doute la réponse la plus juste. Même s’il n’y a pas de hasard, mais que des rendez-vous. Les gens aiment bien se rendre compte qu’on est là de notre plein gré. Qu’on a même décidé de rester plus longtemps que prévu. Parce que juste, voilà, ça nous plaisait.
On est bien. Y’a un garçon qui joue de l’accordéon. Des chants traditionnels que tout le monde reprend.
Voilà, c’est exactement ça, l’image que je me faisais de la Slovénie avant d’arriver ici.
Sur le site où on a entendu parler de Slap, ils disaient que ça finissait à 20h. Je rigole doucement. On flâne.
On a déjà appelé Baptiste, le copain chez qui on devait dormir, pour lui dire qu’on n’arriverait sans doute pas jusqu’à chez lui. Qu’on ne reprendrait pas la voiture pour si loin.
(C’était samedi. On n’avait pas oublié les -11°C annoncés dimanche, hein, mais inconscience pour inconscience…)
On remonte dans le van. On va aller jusqu’à Vipava, pour cette osmica. On fait deux cent mètres. On s’arrête. On n’a pas eu besoin de se le dire, et on est d’accord : pourquoi partir ? Est-ce que ça pourrait être plus incroyable là-bas qu’ici ?
On gare le van et on redescend. On retourne dans la première ferme dans laquelle on était allés. Il y a quatre garçons qui font une chorale. On discute avec le fils du producteur, Andrej (oui, Andrej est un prénom commun en Slovénie, hm).
Je lui demande la différence entre une osmica et ça. Il s’embrouille dans son explication. On en pleure de rire, lui y compris. Il nous interdit de dormir dans le van : sa famille a deux maisons dans le village, il y a de la place, on dormira dans des lits.
Le lendemain, la maison dans laquelle on se réveille est déserte. On aimerait bien remercier les copains de la veille, quand même ! On trouve l’adresse sur la bouteille de vin qu’on leur a achetée. On va sonner. On se retrouve invités à petit-déjeuner. Café brûlant et mandarines, pommes séchées. Bouillon. Famille autour d’une grande table, dehors il pleut et il fait froid, Andrej a la gueule de bois.
On repart après avoir remercié mille fois, on roule, on va jusqu’à la ferme où se déroulait l’osmica la veille. On y prend le déjeuner. On s’en va au moment où il se met à neiger. Le retour sur Ljubljana est laborieux, 40cm de neige, les routes glissent, et le vent souffle à une vitesse folle. On se fait un peu peur, je repense au message de Polona vendredi soir qui disait « un conseil, ne partez pas », mais je me dis que pour rien au monde, je n’aurais voulu louper ça.