Don't you cry tonight || isaak&pandora
Personnages» Pandora Hedlund et Isaak Shermann.
Où» Chez les Shermann.
Quand» Quelques jours après que Isaak ait appris la vérité sur la mort d’Athéa.
Notes» On peut pas dire que c’est pas triste mais quand même, ça réchauffe un peu le cœur ;.;
Pandora: Les récentes révélations ont complètement secoué les pensées de la suédoise. Elle ne sait plus trop quoi penser vis-à-vis de Isaak. Vis-à-vis de ce qui s’est passé entre eux. Ça fait beaucoup d’un coup et elle n’est plus certaine de la position qu’elle doit adopter. Stop. Pandora secoue discrètement la tête alors qu’elle longe la rue qu’elle sait mener jusqu’à la maison des Shermann. À quel point c’est égoïste de réfléchir à ça ? Ce n’est pas à propos d’elle — ni à propos d’eux, d’ailleurs. C’est à propos de Isaak. Si son esprit à elle est brouillé par toutes ces informations alors elle peut facilement multiplier ça par cent le concernant. Ses visites quotidiennes depuis le fameux soir en sont la preuve. Il est anéanti. Il ne lui a pas adressé un seul mot toutes les fois où elle est venue le voir. Pandora n’a jamais insisté. La perte de son frère jumeau est encore toute fraîche et ses cicatrices ne cessent de se rouvrir tous les matins, dès l’instant où ses paupières se soulèvent. Elle le comprend. Elle comprend son silence. Elle n’est jamais venue avec l’intention de le bousculer. En fait, si la blondinette vient tous les jours, c’est pour qu’il sente qu’il n’est pas tout seul. Pour qu’il sache que quelqu’un est là si jamais, un jour, il a envie d’en parler. Mais ce serait mentir de dire que ce sont les seules raisons. Pandora est aussi là pour un motif bien plus égoïste : elle est là parce qu’elle a besoin de garder un œil sur lui, de s’assurer qu’il ne va pas juste tout envoyer valser et s’en aller loin d’ici. Loin de Lima. Loin d’elle. La suédoise déglutit le rocher coincé dans sa gorge. Elle ne comprend pas pourquoi c’est si dur de renoncer à Isaak. Même quand elle ne savait pas encore tout ce qu’elle sait maintenant, elle en était incapable. Pandora arrive finalement devant la maison des Shermann et elle se dispense de toquer à la porte depuis deux jours déjà. Les mains encombrées, l’une par un Tupperware rempli de Kanelbulle faits maison, l’autre par un de ses petits cactus, la blonde gravit les marches de l’escalier et tente de prendre une inspiration posée en traversant le couloir. Son cœur se fêle lorsqu’elle ouvre la porte de la chambre de Isaak et qu’il est toujours sur le lit — sa boîte de Kanelbulle de la veille laissée intacte sur la table de nuit. « C’est encore moi. » murmure-t-elle d’une voix plutôt assurée, plutôt digne d’elle compte tenu des circonstances. Elle le rejoint alors près du lit et dépose le Tupperware quelque part sur le lit, comme s’ils étaient plus à leur avantage sous cet angle. Plus susceptibles de lui donner envie d’en manger un. « J’ai pris Gérard avec moi, aujourd’hui. » déclare-t-elle alors qu’elle s’assoit en reluquant le cactus qu’elle a encore à la main. Pandora a donné des noms à chacun de ses cactus. Celui-là ? Celui-là est connu pour être tombé plusieurs fois sur la tête de Isaak quand ils étaient ensemble sur le lit de la jeune femme. À tel point que c’était devenu une blague entre eux. Elle ne sait pas trop ce qu’elle espérait faire avec ce cactus ... C’est un peu ridicule maintenant qu’elle y pense. La blondinette tend le bras pour laisser le cactus sur la table de nuit, ramenant ensuite ses mains sur ses cuisses. « Fais attention à ce qu’il ne te pique pas. » susurre-t-elle d’un ton léger, presque blagueur. Son regard détaille chaque millimètre du visage de Isaak.
Isaak: Les derniers jours n’ont été qu’une longue période d’ombre pour Isaak, et ce malgré l’alternance de lumière du soleil et des réverbères que laissent passer les fenêtres de sa chambre. Son cerveau étant trop occupé à passer en boucle certaines images pour faire vraiment attention au temps qui passe.Il avait au moins la gentillesse de varier les souvenirs qu’il faisait émerger. Athéa et lui quand ils avaient 15 ans, leurs premiers rires, leur premier baiser, leur première dispute et leur dernière lors de cette fameuse soirée en forêt. Les paroles de Connor pour lui faire comprendre que cette nuit avec elle aura été la dernière. Le soutien d’Alexis quand il se remettait péniblement de ce qu’il pensait être une rupture alors qu’elle était la responsable de son malheur. Une vague d’émotions diverses mais toutes aussi puissantes le submerge lorsque cette pensée atteint sa conscience. C’est souvent ce style de pensées qui le remue assez pour le faire se lever de son lit, bien que ce soit généralement pour hurler ou frapper dans quelque chose. La colère a toujours été un excellent moyen de cacher la peine. Force est de constater qu’elle a cependant ses limites car il n’a connu aucune crise de rage qui ne se transforme pas en pleurs récemment. Son flot intarissable de pensées est brièvement interrompu lorsqu’il entend des bruits de pas dans l’escalier. Le bois qui grince est insupportable dans le silence de la maison. Mais le brun ne cherche pas à se retourner pour connaitre l’identité du visiteur. Déjà parce qu’une bonne partie de lui s’en fiche, ce qu’il restait de sa sociabilité ayant été emporté dans la tempête récente. Mais aussi parce qu’il sait déjà à qui appartient la voix douce qui s’élève non loin de lui. Il y a de ça quelques mois maintenant il avait la chance de l’entendre tous les jours dans des circonstances plus favorables. Il reconnait Pandora. Le nombre de tupperware laissés quotidiennement sur la table de nuit lui permet de situer le nombre de jours passés depuis les révélations de son frère. Il a toujours du mal à comprendre les motivations de la jeune femme pour venir le voir. Est-ce-qu’elle a pitié de lui? Est-ce-qu’elle se délecte de le voir comme ça après le mal qu’il lui a fait? La question se pose dans sa tête même si elle lui parait peu probable. On ne prépare pas à manger à quelqu’un à qui on souhaite du mal. Et on ne ramène pas des choses qui évoquent des bons moments non plus. La mention de Gérard le cactus le fait presque tiquer tandis que son cerveau se branche sur le visionnage d’autres souvenirs. C’est vrai que ça devient chiant, cette nouvelle fonction de rétroprojecteur de mémoire. Ça lui fait ressentir trop d’émotions. Et à cet instant, il préférerait n’en ressentir aucune. Penser à Pandora et Athéa en même temps le trouble d’autant plus que ce sont les deux femmes qu’il a aimé dans sa vie. Il déteste les comparer. C’est peut être aussi pour ça qu’il n’avait jamais mentionné le nom d’Athéa à la suédoise lorsqu’ils étaient ensemble. Sans compter qu’il la détestait, ou du moins pensait la détester, à ce moment là. Ça lui semble invraisemblable à l’heure actuelle d’avoir passé autant de temps à la maudire alors qu’elle ne faisait même plus partie de ce monde. Son cœur noircit encore d’une teinte à cette idée. « Qu’est-ce-que tu viens faire là, Pandora ? » Les mots sortent brusquement sans qu’il y ait réellement réfléchi et sa voix ne semble pas avoir eu le temps de se préparer à émerger. Cela vient expliquer la tonalité rauque et brisée que prend sa phrase, comme si les syllabes elles même n’avaient pas eu envie d’être prononcées.
Pandora: La suédoise est forcée de constater que sa petite blague ne fait pas fureur auprès du jeune homme. Elle ne s’était pas vraiment attendue à ce que ce soit le cas. Elle comprend qu’il n’est pas d’humeur à ça — pas avec la rafale d’informations qu’il s’est pris en pleine figure dernièrement. Son regard vert se permet tout de même de rester ancré sur les traits de Isaak, donnant ainsi un peu de temps à Pandora pour assimiler le fait qu’il lui ait parlé. C’est la toute première fois depuis qu’elle vient. Toutes les fois précédentes, Isaak était resté cloîtré dans son mutisme. Elle parlait et parlait et parlait. Sans même savoir s’il l’écoutait ou non. Avec du recul, la blondinette se dit que non. Il ne l’avait pas écouté. Comment il aurait pu ? Son esprit doit déjà être suffisamment submergé. Les doigts de Pandora se referment un peu sur la matière de ses collants jaune moutarde. Un pic d’anxiété décide de se manifester. Puis le doute est finalement balayé et l’anxiété s’envole à ses côtés. « Je suis là pour les mêmes raisons que tu l’étais pour moi quand ... il ... quand ... tu sais. » Non. La suédoise n’arrive toujours pas à le dire de vive voix. C’est toujours un concept absurde pour elle. Comment est-ce qu’elle est supposée se faire à l’idée que maintenant, elle devra toujours vivre en sentant qu’elle n’est pas complète ? C’est des conneries. Pandora soupire doucement, un peu essoufflée par l'altère qui a subitement été lâchée sur ses poumons. L’un de ses ongles gratte distraitement le collant alors qu’elle tente d’enfoncer ses pupilles dans celles sans fin de Isaak. Ce n’est pas une mince affaire. Il semble avoir envie de regarder tout sauf elle. « Je suis là pour te soutenir. » résume-t-elle d’une voix étonnamment calme. L’atmosphère est si calme dans la pièce que c’est comme si sa voix s’ajustait simplement à son entourage. « Et pour parler aussi. Si t’en as envie. » Pandora est presque agacée de s’entendre parler. Elle est consciente de prendre des pincettes, de faire en sorte de ne pas trop le heurter. Elle sait qu’elle peut être une rose sans épines quand c’est nécessaire — pour les gens qu’elle aime. Mais elle n’est pas sûre que ce soit la version d’elle qu’elle préfère. La suédoise se mâchouille la lèvre du bas, ses dents pressées fort contre la chair. Ne le braque pas. Ne le braque pas, se sérine-t-elle mentalement. Mais elle a accepté d’être passive pendant plusieurs jours. Elle a tout fait pour le préserver au maximum. Jusqu’à ce jour, où il a enfin brisé son silence pour lui dire quelque chose. Pandora se lève de sa place et s’agenouille alors devant le garçon tandis qu’elle retire le couvercle du Tupperware pour en extraire un Kanelbulle. « Mais il faut aussi que tu manges, Isaak. » Elle lui fiche presque le gâteau sous le nez. « Et si je dois te l’enfoncer dans la bouche pour ça, sache que je le ferais. » Le ton que Pandora emploie est ferme, catégorique. Elle n’acceptera pas de refus de la part du brun. Elle est déjà suffisamment inquiète à son sujet.
Isaak: Malgré sa récente prise de parole, l’investissement d’Isaak dans la discussion est de courte durée. C’est à peine si il entend la fin de la réponse de la blonde à ses côtés alors qu’elle dit être là pour le soutenir. Il ne réalise pas de quoi elle parle et d’à quel point c’est important. Comme si les sons étaient interceptés mais que son cerveau ne venait pas y mettre un quelconque sens. Alors ils restent de simples bruits pour lui et son attention se déplace rapidement à autre chose. A la réflexion que Pandora vient lui rendre visite mais pas Connor, par exemple. Où est Connor ? Est-ce-que lui aussi vit sa petite dépression de son côté ? Il trouverait ça presque drôle. A mesure qu’il pense à son frère de nouvelles paroles lui reviennent en tête, histoire de flinguer un peu plus ce qu’il reste de son équilibre mental. Il lui a dit qu’il était un loup. Quoi un loup, un loup-garou ? Ça aussi ce serait presque drôle. La vanne du siècle. Athéa aussi était un loup apparemment. Et elle est morte. C’est comique, putain. L’esprit du brun navigue entre ironie et désespoir, un mélange de pensées non reconnu pour son effet thérapeutique. L’odeur du gâteau qui se retrouve soudainement sous ses narines le sort momentanément de sa boucle de réflexion. Les pupilles du garçon fixent la préparation pendant quelques secondes, son ventre essayant désespérément de lui souffler d’écouter Pandora qui semble prête à lui enfoncer la nourriture dans la gorge. Telle une oie qu’on cherche à engraisser. L’image formée par son cerveau en réponse à cette comparaison pousse le joueur à se retourner sur son lit, s’éloignant du Kanelbulle. Pourtant il a faim, il sait qu’il a faim et qu’il devrait manger. Mais il a déjà quelque chose d’autre en tête et une nouvelle fois les mots se déversent brutalement. « Tu crois que je l’oublierais aussi si Alexis tuait Connor ? » Son esprit s’éteint pendant une seconde, comme choqué par l’idée qu’il vient de créer. Puis son flux perpétuel d’idées reprend et il ne s’en étonne plus. Comme si ça lui semblait logique. « Apparemment c’est comme ça que je gère les choses. » Lâche-t-il encore, comme un constat. Ces derniers jours lui avaient permis de faire une rétrospection de cette dernière année. De visualiser tous les murs qu’il avait construit pour se protéger de la même souffrance qui le brûle aujourd’hui. Les fondations se sont écroulées maintenant. Il n’a plus aucun moyen de se cacher de ce carnage d’émotions, de cette tornade qui emporte chaque jour un morceau de plus de lui. Creusant un vide toujours plus profond. Son regard traverse la pièce sans réel but avant de tomber sur le cactus apporté par la suédoise. Il y a des rires associés à cette plante, des sourires et du bonheur. Rien qui ne ressemble à l’atmosphère actuelle. Cela soulève une vague de colère dans le fond de ses tripes et il voudrait bien l’envoyer valser, ce putain de cactus. Pandora ne devrait pas être là. A quoi ça lui sert de la voir, à part de rajouter un visage sur le tableau de tout ce qu’il a perdu ? « J’aurais du t’oublier aussi. » La phrase retombe comme une conclusion à toutes ses pensées, comme si elle lui semblait trop logique pour ne pas être dite.
Pandora: La blondinette ne réussit pas à capter suffisamment longtemps le regard et l’attention de Isaak. Elle ne l’attrape à chaque fois que quelques misérables instants. Rien de plus. Mais peut-être moins que ça, par contre. Alors, Pandora tente une toute nouvelle approche — quelque chose qui lui ressemble déjà plus. Elle se poste près de lui et lui plante presque le gâteau dans la bouche. Mais rien à faire. C’est à peine s’il tique. Le cœur de la jeune femme s’émiette un peu plus encore sous la douleur de le voir dans un état pareil. Connor avait raison. Il est méconnaissable. La suédoise le contemple d’abord muette tandis qu’il se retourne pour se soustraire à elle et à ce qu’elle tente de lui faire manger. Elle discerne assez rapidement le sentiment qu’elle sent enfler en elle — l’impuissance. Il n’y a pas grand chose qu’elle puisse faire pour atténuer sa souffrance. Elle a l’impression de devoir jouer le rôle d’un témoin impuissant face à un crime et elle exècre ce statut au-delà des mots. Les doigts de Pandora ne relâchent pas de suite le Kanelbulle, encore tentée par la perspective de le goinfrer à son insu. Si seulement elle pouvait exaucer son propre vœu, là, maintenant ... Le démon vengeur à l’intérieur d’elle lui susurre un peu malicieusement : « Lui » parce que, si Isaak souhaitait ne plus vouloir ressentir cette douleur, s’il le disait de vive voix, il suffirait d’un battement de cils de la part de la suédoise pour que son vœu soit exaucé. Mais Pandora n’en a pas envie. Elle n’a pas envie de lui voler ses sentiments. Ce moment fatidique a déjà été beaucoup trop retardé et, maintenant, Isaak n’arrive même plus à garder la tête hors de l’eau. La jeune femme soupire. C’est alors que la voix du garçon s’élève à nouveau dans la chambre, l’air de venir de très loin, l’air d’avoir parcouru des millénaires avant d’atteindre les oreilles de la lycéenne. Elle se hisse sur le lit pour s’y asseoir. Sa main vient doucement, et avec indécision, effleurer le dos de Isaak. « Tu essayais juste de te protéger, Isaak. J’ai entendu dire que le déni était fréquent après la perte d’un être cher. » Isaak avait juste poussé le déni à un stade supérieur. Le cerveau est une source de fascination pour Pandora. C’est un organe terriblement complexe. « T’as géré ça du mieux que t’as pu. » La blondinette prend soin de ne pas répondre à la toute première question du brun. Oublier deux fois de suite ? Peu probable. Mais, si elle ne répond pas, c’est davantage parce qu’elle n’a pas vraiment l’impression que Isaak ait réellement attendu une réponse de sa part. Pandora s’enfonce un peu plus loin sur le lit tandis que sa paume cueille le menton du garçon. Celle-ci glisse le long de son visage pour se reposer sur sa joue. Les derniers mots de Isaak essoufflent presque le cœur de la suédoise. Elle ne peut s’empêcher de songer que ce serait sans doute plus facile pour eux deux de s’oublier. La blondinette dirait enfin adieu à ce qui semble être son dernier rempart humain alors que Isaak, lui, s’épargnerait une autre charge de douleur. Leur relation n’est pas la plus heureuse qu’il soit — notamment à cause de la manière dont elle s’est achevée. Pandora déglutit péniblement, pressant un peu plus son pouce contre la joue du brun. Elle pourrait exaucer son vœu. Il suffirait qu’elle l’amène à re-formuler. Elle pourrait s’effacer de la mémoire de Isaak. Ses iris émeraudes se fourvoient dans ceux de Isaak quand elle réussit enfin à le forcer à la regarder. Ses lèvres se séparent légèrement, les mots fuitent presque. Mais ils s’évanouissent finalement à la dernière seconde. Non. C’est égoïste mais elle ne veut pas qu’il l’oublie. Elle ne veut pas être la seule à porter l’échec de leur relation. Elle ne veut pas accepter que ça puisse être ... définitif, cette rupture. Elle veut leur donner la chance de reconstruire quelque chose. Peut-être. S’ils en sont capables. S’ils en ont envie plus tard. « Je t’aurais jamais laissé l’occasion de m’oublier. » déclare-t-elle dans un murmure. « Même si c’est douloureux. » Elle porte son autre main contre le visage de Isaak, l’englobant comme si ça lui permettait de mieux le voir. Elle est rongée par l’envie de faire une cage protectrice autour de lui à l’aide de ses bras.
Isaak: La main de la jeune femme sur son dos vient tendre un infime fil dans le creux du ventre d’Isaak. Une réaction certainement trop légère pour être observée de l’extérieur, mais assez importante pour que son cerveau en prenne note. Et dieu sait combien son cerveau est sélectif ces derniers temps. Les paroles de Pandora ne viennent cependant pas créer les mêmes sentiments chez le jeune homme. Il n’a pas envie d’être rassuré sur ce qu’a fait son cerveau, au contraire, il chérit sa culpabilité comme une idole. Peut être qu’au fond il espère qu’on finira par lui pardonner ce qu’il a fait. Se pardonner lui même serait un bon début vers l’apaisement mais cette option lui semble irréelle. Les conséquences de l’incroyable déni qu’il a développé font partie intégrante du flux de pensées qui s’assure de le maintenir au fond de l’eau. Une pierre de plus pour l’enfoncer au sol. Quand il y pense... Tout le monde a du l’attendre à l’enterrement, personne n’a du comprendre la haine qui lui montait à la simple mention d’Athéa. Tout ce qu’il a du manquer semble claquer contre son visage, perdu dans un combat qu’il n’a aucune chance de gagner. Les coups pourtant invisibles laissent des marques sur sa peau. Et les réponses sarcastiques qui lui viennent ne sont pas là pour arranger les creux sous ses yeux et sur ses joues. Si c’est là sa meilleure manière de gérer les choses, il ne risque pas d’aller bien loin. Pas plus loin que le fond de son lit, visiblement. Pourtant même là, la douceur de Pandora vient le retrouver, le forçant cette fois à la regarder. Une partie de lui se dit que cette présence est de trop par rapport à ce qu’il est capable de supporter à cet instant. Alors ses yeux se ferment quelques instants, fatigués. Mais ses paupières se relèvent d’elles mêmes, comme hantées par un besoin presque vital. Celui de laisser le regard émeraude de la jeune femme l’envelopper malgré tout ce que cela provoque dans la poitrine du joueur. Ses yeux sont étouffants et à la fois... Une bouffée d’air. Comme si son esprit y trouvait l’accord de se concentrer sur une seule chose à la fois au moins pendant quelques minutes. La tempête se calme un peu et même si la douleur est toujours aussi présente, il a l’imperceptible impression qu’il l’accueille un peu mieux. « J’ai passé un an à vivre dans un monde qui n’existait que pour moi. » Les mots restent en suspens dans l’air, osant à peine briser le silence absolu qui règne dans la pièce. Le brun ne sait pas vraiment pourquoi il les dit. Il ignore en quoi ils peuvent l’aider ni ce qu’il en espère. Mais si il doit se concentrer sur une seule chaîne d’idées, c’est sur celle là qu’il revient. Comme si tout partait de là. « Je l’ai abandonné. J’étais pas là jusqu’à la fin parce que je voulais pas qu’il y en ait une. » Ses yeux se ferment une nouvelle fois mais c’est plus un réflexe pour tenter de calmer l’irritation provoquée par ses pleurs. « Pars, Pandora. » Murmure-t-il finalement alors même que tout son corps lui demande de rester. Mais les émotions sont trop nombreuses à s’entremêler et il ne veut pas les départager avec elle. Il n’a même pas envie d’y voir plus clair, en fait, il veut juste les laisser gronder à l’intérieur de lui jusqu’à ce qu’elles finissent par éclabousser les murs. Il prendra le temps de tout laisser sortir de la manière la plus brutale qu’il soit. Un hurlement pour sa haine envers lui même pour avoir oublié, une vitre cassée pour tous les souvenirs joyeux maintenant estropiés par un an de colère et de ressentiment injustifiés. Il y aurait tant de choses à détruire pour exprimer sa honte et sa douleur de l’avoir perdu de la sorte. Mais sa colère contre la première responsable de ce drame, elle, il ne sait même pas encore comment l’exprimer.
Pandora: La suédoise est forcée de rester un témoin terriblement impuissant face à la souffrance de Isaak. Il n’y a rien qu’elle puisse dire. Rien qu’elle puisse faire. De toute manière, le brun ne serait pas enclin à recevoir quoi que ce soit. C’est trop tôt — trop complexe aussi. Pandora écoute Isaak décharger ce qui sont des faits à ses yeux. Elle perçoit sans mal sa culpabilité vis-à-vis de tout ça. La blondinette n’ose pas ajouter quelque chose à ce sujet. Honnêtement, elle ne se sent pas assez légitime pour en parler en détails. Elle ne le connaissait pas encore à l’époque. Elle ne connaissait pas sa petite-amie non plus. Elle n’était même pas là quand c’est arrivé. Pandora a l’impression de dépasser les bornes si elle commence à lui certifier que si ou que ça. Puis, elle est convaincue que ça n’aura aucun effet sur Isaak venant d’elle. Alors, au lieu de ça, elle décide de prendre la parole dès qu’il lui demande de partir. « Je ne vais nulle part. » Son pouce essuie doucement l’une des larmes du garçon, sentant son cœur rongé par cette vision. Elle n’aurait jamais cru que ça lui ferait autant de mal de le voir dans cet état. « Mais on est plus obligés de parler. On peut juste ... s’allonger tous les deux. » Sans s’attendre à la moindre réponse, Pandora l’attire avec elle contre le matelas, leurs têtes partageant le même coussin. Son bras se colle au torse de Isaak avec sa main doucement posée sur son épaule. Le regard vert de la jeune femme contemple Isaak quelques instants, puis vient se concentrer sur le plafond pour que ce silence ne soit pas pesant pour lui. Ce n’est même pas étrange de se retrouver allongé à côté de lui. À vrai dire, ça devient presque une habitude. Il n’y a pas si longtemps — c’était Isaak qui était venu chez elle pour la réconforter après ... après Jannick et elle se souvient s’être endormie entre ses bras. Aujourd’hui, c’est Isaak qui a besoin de quelqu’un et c’est Pandora qui le garde contre elle. Sa main caresse tendrement son torse alors qu’elle sent que l’esprit de Isaak marche à toute allure. Elle ferme les paupières et s’entend alors chantonner la musique de la Petite Sirène, celle qu’elle se retrouvait souvent à chanter à Jannick quand ils étaient petits et qu’il n’allait pas bien. Sa gorge est serrée tout le long mais la suédoise ne peut s’empêcher de penser que ça en vaut la peine. Elle serait prête à la chantonner pendant des heures si ça pouvait rappeler à Isaak qu’il n’était pas tout seul.
Isaak: L’enveloppe chaleureuse des bras de la suédoise dissuade peu à peu Isaak de protester. Il la connait assez pour comprendre qu’elle ne changera pas d’avis et qu’elle ne compte pas le lâcher. Pour des raisons qu’il peine toujours à discerner d’ailleurs. Il n’aurait pas pensé que quelqu’un d’autre que son frère viendrait lui rendre visite, et encore moins Pandora compte tenu de ce qu’il s’était passé entre eux. Mais Connor n’est pas là et la jeune femme l’emporte un peu plus contre elle, l’ancrant un peu plus dans la réalité du moment. Ce serait mentir de dire que cela suffit à faire taire toutes ses pensées qui tourbillonnent. Mais ça a le mérite de le forcer à se concentrer sur un instant à la fois et c’est déjà un bon début après tous ces jours à éparpiller son esprit dans tous les sens possibles. Les yeux du bruns se ferment péniblement, rougis par toutes les heures à les laisser pleurer. Ses émotions bousculent encore des portes pour gagner le droit de sortir mais la voix de la jolie blonde vient doucement verrouiller toutes les serrures. Comme pour lui donner un moment de répit. Tout ce qui se trame dans son cerveau ne sera pas réglé avec une petite mélodie mais étrangement, ça semble lui suffire pour l’instant. Presque inconsciemment, le garçon se rapproche encore un peu plus de Pandora, logeant son visage dans le creux de son cou. Il ne sait pas vraiment pourquoi est-ce-qu’il fait ça. Il ne lui avait même pas adressé la parole jusqu’à aujourd’hui et il y a à peine quelques minutes, il ne voulait plus la voir. Mais elle est là, elle est toujours là et il ne peut que la remercier faiblement avant de laisser son esprit glisser vers les songes.











