Ci-après, un extrait d’un entretien avec Camel Zekri (Le Cercle, Misère et Cordes), qui fera bientôt partie d’un ouvrage autour de l’underground musical en France ; ouvrage d’ailleurs quasi exclusivement constitué d’interviews, entre autres avec Jac Berrocal, Richard Pinhas, Christian Vander, Dominique Grimaud, Pierre Bastien, Albert Marcoeur, Dominique Répécaud, Christian Rollet, Jean-Marc Foussat… Une trentaine à peu près, à paraître chez Lenka lente début 2017 (mars semble-t-il). Soit un peu de l’histoire de Catalogue, Heldon, Magma, Vidéo-Aventures, Nu Creative Methods, Soixante Étages, Étage 34, Idiome 1238, Le Complexe de la Viande, Les Massifs de Fleurs, Free Jazz Workshop, Workshop de Lyon, Cohelmec Ensemble, Mahjun, entre autres…
..., ..., ... Avant de former Dicotylédone avec le clarinettiste Xavier Charles, ce qui marque d'ailleurs le départ de son travail sur l’improvisation, Camel Zekri passa par tous les stades de l’apprentissage de la guitare. Né en 1962 à Paris, ce musicien d’origine algérienne — il pratique également le oud — commença par s'intéresser au rock et au jazz en autodidacte avant d’intégrer le conservatoire. Sa grande ouverture d'esprit le guida, sans compter qu’en vivant à Paris, il put rencontrer des musiciens qui lui offrirent l'opportunité de partager leurs connaissances musicales. C'est ainsi qu’au cours de ses années de formation, il joua de la musique antillaise dans les bals et de la musique martiniquaise dans les orchestres de Roland Brival et Dédé Saint-Prix. D’avoir, chaque été jusqu'à l’adolescence, regagné Biskra — une ville proche du désert où sa famille perpétue des rituels ancestraux— le marqua profondément. Au contact de son grand-père, un Gnaoua d'Algérie, il apprit des traditions qui jamais ne cessèrent de le hanter. Grâce à l'improvisation, et après qu’il se fut forgé une solide technique, il entreprit un véritable travail de fond sur la musique traditionnelle concrétisé par Le Festival de l’eau.
Par ailleurs, d’avoir été régulièrement accueilli au festival Musique Action lui ouvrit d'autres portes, ce dont on peut se faire une idée au travers de ses disques enregistrés en solo, en trio (avec Ron Anderson et Olivier Paquotte) et en quartette (avec Pascal Battus, Emmanuel Petit et Dominique Répécaud). Chez Camel Zekri, absolument tout est matière à influences, sa condition déterminant avant tout son regard sur les choses.
À quand remonte ta découverte de l’improvisation, et pourquoi as-tu fini par t’y intéresser ?
Je n’ai pas « fini par m’y intéresser », mais, bien au contraire, j’ai quasiment commencé avec l’improvisation. C’est avec une approche d’improvisateur que j’ai commencé la guitare en autodidacte, ainsi que la composition. L’improvisation est aussi un état de découverte. C’est la découverte de soi-même et de son propre langage. Grâce à la pratique, on peut approfondir la connaissance de son propre geste musical. Qu’il soit physique ou mental d’ailleurs. Ce qui m’intéresse, c’est l’engagement personnel qu’il implique. C’est aussi une des difficultés liées à son enseignement.
Quels rapports vois-tu entre l’improvisation et la musique traditionnelle ? Comment lies-tu ces deux pratiques ? Est-ce que passer de l’une à l'autre t'est naturel ?
Le rapport, c’est ce qui a priori les éloigne. Ce qui est évident dans l’une, ne l’est pas dans l’autre. Peut-on imaginer un musicien traditionnel improvisateur ? Peut-on imaginer un musicien improvisateur traditionnel ? Peut-on imaginer une improvisation traditionnelle ? Et peut-on imaginer une tradition de l’improvisation ? Peut-on se dire, aujourd’hui, qu’en fait, cela n’est pas le fruit de notre imagination, mais que toutes ces combinaisons existent depuis des siècles, et qu’elles sont reliées par le lien des générations qui relie l’humanité ? Pour moi, cela ne fait aucun doute. Pour ceux qui connaissent plusieurs langues, il n’y a pas de difficultés pour passer d’une langue à l’autre. Il en est de même pour ces pratiques musicales.
Qu’a représenté le Festival de l'eau pour toi ?
Le Festival de l’eau est ma façon d’interroger le monde. En emmenant avec moi des créateurs de différents continents sur des fleuves d‘Afrique, ce qui s’est passé, c’est que nous avons été confrontés, à travers des rencontres artistiques dans les villages, à une réalité qui a fini par intégrer l’aspect artistique, pour s’inviter dans la création. Cette réalité se composait du voyage en pirogue sur le fleuve, aussi de l’eau et de la nature qui nous entourait, des villages que nous traversions, des villageois qui accueillaient le bivouac, des villageois qui participaient aux rencontres musicales, des villageois qui nous offraient l’hospitalité et le partage. Le monde et la musique ne sont plus une appellation commerciale dans le Festival de l’eau. Le monde et la musique prennent un sens humain qui se place sur les fondamentaux de l’existence. Qui sommes-nous ? Que faisons-nous ? Qu’est-ce qui est essentiel à nos yeux ?
Tu accordes beaucoup d’importance à la spiritualité...
Oui, c’est un des éléments essentiels qui place la conscience de l’homme face à l’universalité. C’est naturellement une chose intime et très personnelle. Mais, ce mot de spiritualité ..., ..., ...
( Pierre Bastien, par là )