POST-SCRIPTUM 722
AGITATION FRITE 2 : UNE SORTE D’EXALTATION
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente. Un second volume est en préparation. La forme en est la même : un peu moins d’une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, Pascal Bussy (Atem, Tago Mago)…
EXTRAIT…
En matière de presse musicale, quel magazine t'interpelle en premier ?
Le magazine auquel je pense immédiatement est sans hésiter Vibrations, cet excellent mensuel né à Lausanne en Suisse au début des années 1990, et qui connut plusieurs incarnations jusqu'à sa disparition en 2013. Avec à sa tête Pierre-Jean Crittin et Elisabeth Stoudmann, ce journal a su avec une belle intelligence et une grande culture jeter des ponts entre le jazz, les musiques du monde, le rock, les avant-gardes et les musiques urbaines, tout au long de vingt années qui ont été cruciales car toutes ces familles musicales ont commencé à se fissurer et à s'interpénétrer de plus en plus les unes aux autres.
Mais cette question de la presse musicale me touche aussi particulièrement et pour deux raisons. La première est évidente : les journaux, de Rock & Folk à Wire pour faire court, sont un vecteur essentiel de la connaissance de la musique et de la culture, ils apportent l'information et stimulent la curiosité des lecteurs mélomanes. La seconde est plus... égoïste car pendant longtemps, en gros de 1979 au début des années 2000, j'ai eu la chance d'être journaliste, de collaborer à nombre de titres et publications, et donc d'être moi-même l'un de ces « passeurs » qui contribuent à faire circuler la musique ; je dois dire que j'en ai toujours retiré non seulement une fierté mais aussi une sorte d'exaltation, un sentiment qui ne m'a d'ailleurs jamais quitté au fil de tous les autres métiers que j'ai été amené à exercer dans cet étrange univers qu'on appelle l'industrie de la musique.
En ce qui me concerne, tu as été à l'origine de mon envie de participer à Vibrations. Toi et ces anciens témoins de l'émergence de la no wave que sont Catherine et Nicolas Ceresole, qui participèrent également à cette revue. Quels furent les plumes qui te donnèrent envie d'écrire dans Atem ? Paul Alessandrini ? Daniel Caux ?
Ce que tu me dis par rapport à ton envie d'écrire dans Vibrations me touche. Car souvent ce n'est que bien plus tard que l'on réalise que, sans s'en rendre compte, on a semé des graines, et qu'après d'autres « passeurs », on en a été soi-même un. Tout cela c'est une chaîne, et c'est vrai aussi que le fait de se sentir un maillon de cette chaîne, c'est réconfortant et cela donne du sens à tout ça.
Les Ceresole... Cela me fait plaisir que tu cites leur nom que je t'avoue j'avais presque oublié... Oui, ils ont joué un rôle dans cette histoire ; je me souviens les avoir vus à deux reprises avec Pierre-Jean Crittin, une fois à Lausanne et une fois à Montreux au Festival de Jazz, et le courant était passé tout de suite, ils m'avaient impressionné par leurs goûts qui s'avéraient très proches des miens et par leur complicité tous les deux. On avait dit qu'on se reverrait, qu'on penserait à des projets ensemble... Pourquoi trop souvent promet-on des choses qu'on ne fait jamais ?
Les plumes qui me donnèrent envie d'écrire ?
C'est un peu plus complexe que ça. D'abord j'ai eu la chance de naître dans une famille où la culture était très présente. Mes parents lisaient énormément, allaient au théâtre et à l'opéra, écoutaient et jouaient de la musique, ma mère avait fait des études de chant et mon père pratiquait beaucoup le piano, sans oublier mon grand-père maternel qui s'appelait Marcel Vidal Saint-André et qui était lui-même pianiste, organiste et compositeur. Il s'agissait évidemment d'une culture classique, mais le ferment artistique était là, très ancré. Au collège, deux matières surtout m'intéressaient, le français et l'anglais. Grâce au français je faisais des recoupements avec mes lectures et j'aimais par dessus tout les rédactions – on disait aussi « narration » à l'époque. Et l'anglais était une manière de s'approcher de l'univers des Beatles et plus largement du rock et de la pop qui venaient d'Angleterre et des États-Unis et qui s'étaient peu à peu ajoutés à la musique classique « familiale » ; je me souviens d'ailleurs d'un professeur d'anglais, c'était en cinquième je crois, qui nous avait fait étudier un des premiers textes de Bob Dylan, « With God On Our Side », cela avait été une formidable..., ..., ...
( Can, par là )













