Patagonya’nın Buzullarından Çöllerine: Güney Arjantin & Şili
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Patagonya’nın Buzullarından Çöllerine: Güney Arjantin & Şili
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Patagonya’nın Uçsuz Bucaksız Doğasında Kaybolmak
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" Ya şu gökyüzü? Bütün şu yıldızlar, Baldo? Patagonya'nın bir başka yalanı değil mi?"
" Ne önemi var. Bu dünyada mutlu olmak için yalan söylüyoruz. Fakat hiçbirimiz yalanı aldatmakla karıştırmıyoruz."
Luis Sepúlveda, Patagonya Ekspresi
PERİTO MORENO BUZULU , ARJANTİN
Perito Moreno Buzulu Arjantin'in Patagonya bölgesinde bulunur. İsmini Patagonya araştırmacısı Perito Moreno'dan alır. El Calafate şehrine 80 km mesafede olup, bu buzula yapılan ziyaretler için El Calafate şehri çıkış noktasını oluşturur. Perito Moreno Buzulu Antarktika ve Grönland dışında az sayıda bilinen buzullardan biri olup, sürekli büyüyen bir buzuldur. Bunun sebebide Pasifik Okyanusundan gelen bulutların And dağlarını aşamayarak buraya çok kuvvetli yağış bırakmasıdır. 60 Km geriye uzanan buzullar nehir gibi günde yaklaşık 1 m ilerler. Bu, masif kütlede sürekli çatırdamalara ve ses oluşmasına sebebiyet verir. Yaklaşık 60 m yüksekliğe (hemen hemen Boğaz Köprüsü yüksekliği) ve 5 Km genişliğe sahip devasa bir kütle olan Perito Moreno, Lago Argentino adlı göle açılır ve burada uç noktaları parçalanır. Her 4 ila 10 yıl arası büyük parçalanmalar gerçekleşir ki bu tabiyat şovu her yıl buraya binlerce turisti çeker. Bu olay 1988, Mart 2004 ve son olarakta Mart 2006 yılında gerçekleşmiştir. Buzul, daha önce buzulu keşfeden Alman Jeolog Rudolph Hauthal'in verdiği isim ile "Bismarc Buzulu" iken daha sonra Arjantinli araştırmacı Perito Moreno anısına, verdiği hizmetlerden ötürü onurlandırmak gayesi ile değiştirilmiştir.
https://www.turkcebilgi.com/perito_moreno_buzulu
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PATAGONYA : La fin du voyage
Si t'as lu les autres articles de PATAGONYA, c'est mieux, t'as compris à force. Merci à Pich et au Mams pour la relecture.
A l'aurore de notre troisième jour dans le parc d'El Chaltén, pas de neige, seulement un triste ciel gris et un vent glacé qui souffle par bourrasques. Sa force est telle qu'elle rend l'ascension à l'ultime lagune, située à une heure du campement Poincenot, trop dangereuse.
Nous décidons quand même de ne pas tout de suite nous diriger vers le troisième et dernier campement, mais de continuer vers le Nord pour découvrir le glacier Piedras Blancas, dont tout le monde nous a vanté la beauté. En plus, on a pas besoin de plier le camp, puisqu'on fait juste l'aller retour. Pas de sac pendant 1h30, un vrai régal.
Le chemin jusqu'au glacier ne monte pas du tout, mais serpente dans une vallée parsemée de buissons et striée de ruisseaux. Pas d'arbres, pas de rochers. Pas d'abri contre le vent. La tête rentrée dans les épaules, on avance lentement, et j'en viens (presque) à regretter mon sac car mon petit corps maigre a bien du mal à lutter contre la force des éléments. Heureusement, le glacier est fantastique (si t'as lu l'article d'avant, tu comprendras pourquoi j'ai pas mis de photos).
On rentre au camp alors que le ciel se dégage, sans pour autant que le vent ne se calme. Au moment de plier le camp, on constate sans surprise que nos affaires sont toutes aussi humides que la veille, et ça, c'est la tuile.
Malgré le vent qui nous déséquilibre, même avec les sacs, on s'arrête de nombreuses fois pour apprécier la splendeur du chemin qui mène au dernier campement, nommé Capri. Mais on a dû quand même marcher vite, puisque nous l'atteignons dès 13h. Hébétés par le vent, hantés par nos affaires humides sur nos dos, on acquiesce avec vigueur quand une de mes amies suggère :
- On pousse jusqu'au village et on prend un auberge ?
Nous voilà donc repartis, après un ultime pain de mie – jambon, pour 3h de marche. La perspective d'un lit douillet, d'une douche chaude et d'une bière bien fraîche nous donne des ailes : nous atteignons El Chaltén en un peu plus de deux heures. L'ultime ligne droite, vent de face, jusqu'au magasin où nous avons loué notre matériel semble tester une dernière fois notre patience et notre endurance.
Sans regret, je dis adieu à la tente 4 places et à mon duvet encombrant. Ma démarche paraît bondissante tant je me sens léger. On ne tarde pas à trouver une auberge pas chère pas chère, à étendre nos affaires, et à aller se prendre une bonne bière. Pour le dîner, c'est pizza, et honnêtement, après les knackis-purée, j'ai bien cru que sa croûte dorée, son fromage luisant, sa sauce tomate frémissante, étaient l'incarnation de Dieu.
Après une nuit douillette dans une auberge où nous avons rencontré une bande de brésiliens qui faisaient le tour de l'Amérique du Sud à moto (rien que ça), notre quatuor se réveille pour découvrir El Chaltén trempé par une pluie battante. Après quelques hésitations, on profite d'une accalmie pour se diriger vers le Mirador des Aigles, d'où paraît-il, on peut observer des condors, logique.
Malheureusement, l'averse, que dis-je, la tempête reprend lorsqu'on arrive au sommet dudit mirador. Point de condor ou autre rapace, juste des nuages et des gouttes qui nous fouettent le visage. On revient à l'auberge la queue entre les jambes, trempés jusqu'aux os. La randonnée de l'après-midi jusqu'à une cascade toute proche, tombe à l'eau. On passe l'après-midi au chaud dans l'auberge à jouer aux cartes avec nos nouveaux amis brésiliens. C'est moins l'aventure qu'une randonnée sous le Déluge, mais on avait déjà assez donné.
Vers 17h, nous prenons un énième bus pour retourner à El Calafate, non sans avoir jeté un dernier regard au mont Fitz Roy, sommet vedette d'El Chaltén. Nous dormons dans une auberge fabuleuse dont j'ai perdu le nom, avec petit dej' à volonté et tout. Autant vous dire qu'en ce jeudi 19 Avril (je rappelle la date parce que même moi je me paume), je me suis pété la panse avant d'entamer notre ultime journée de tourisme au Perito Moreno. C'est sans doute l'endroit le plus fameux de la région, last but not least, comme on dit chez moi dans le Bronx. Ce glacier s'étend sur 254 km², ce qui est un peu plus grand que la superficie de Buenos Aires. Comme toi non plus t'es jamais allé à Buenos Aires, je convertis en terrains de foot : 34794.
Grâce à un départ fort matinal (en bus hein, vous l'aurez deviné), nous atteignons le glacier, situé à l'extrême Sud du parc Los Glacieros, avant la foule. On peut profiter de l'intimidant mur de glace de 70m de haut, qui rappellera sans doute une fameuse série à certains.
A un moment, le tonnerre retentit, et c'est pas normal, parce que le soleil brille au dessus de notre tête. Une de mes amies pousse une exclamation et point l'est du glacier du doigt. Le fracas n'était pas dû à une quelconque tempête, mais à un pan du mur qui vient de se détacher. Un glaçon de 40m de haut chute dans l'eau glacée, et je peux vous dire que ça fait un gros « plouf ».
Durant l'après-midi, le soleil nous pousse à nous balader à El Calafate, même si ce dernier n'a pas grand-chose à offrir, à part un petit sentier au bord du lac Argentina. Le soir, on se fait un dernier gueuleton, comme on dit dans mon 37 natal.
L'ultime journée du voyage, ne présente aucun intérêt, on est simplement fait le chemin inverse, depuis El Calafate, jusqu'à Punta Arenas (si vous êtes perdus regardez la carte du Prologue comme ça je l'aurais pas faite pour rien). On prend l'avion le 21 Avril, après une nuit passée dans une maison de woofing qui était en fait un AirBnB (donc pas gratuit, la tuile).
C'est ainsi que mon premier gros voyage dans les terres chiliennes prend fin. J'espère que ce format avec une série d'articles un peu plus rédigés que les précédents vous a plu et que je ne vous ai pas lassés à parler aussi longtemps de la même chose. N'hésitez pas à me faire des retours, me dire si c'était mieux avant etc...
Ah oui, je reviens d'un autre voyage, dans le Nord du Chili, cette fois. Vous savez ce qui vous attend ! La bise ♥
PATAGONYA : El Chaltén - 2
Si t'as lu les autres articles de PATAGONYA, c'est mieux. Merci à Pia et au Mams pour la relecture.
De la neige. La veille, le garde du parc nous avait mis en garde contre à peu près toutes les conditions climatiques, sauf celle-là. L'air glacé s'engouffre sous la tente, et on résiste à l'envie de s'enfouir dans la chaleur de nos duvets. Je m'empresse d'enfiler Albert et entreprends de farfouiller mon sac à la recherche de mon pantalon de ski, emmené spécialement pour ce genre d'imprévu. A ma plus grande consternation, mes affaires sont mouillées. Apparemment la tente ne nous a pas du tout protégés de l'humidité.
Si mes orteils protestent au contact de mes chaussettes glacées, mes exceptionnelles chaussures, elles au moins, sont parfaitement sèches. Un peu remontés contre Mère Nature, nous prenons un frugal petit déjeuner tandis qu'au dessus des arbres, un timide soleil entame sa course tranquille. Le ciel, bleu comme les icebergs aperçus à Torres del Paine, nous rassure. Aujourd'hui, il n'y aura de la neige que sous nos pieds, et point sur nos capuches.
Je remarque que les photographes aperçus la veille sont déjà partis, sans doute pour immortaliser le lever de soleil sur la lagune. Deux jeunes femmes sont en train de remplir leur gourde à la rivière. Soudain, l'une d'entre elle pointe son doigt droit devant, une expression émerveillée sur le visage. Un doigt sur les lèvres, elle me fait signe de la rejoindre. J'attrape mon appareil photo et fais signe à mes amies de me suivre.
De l'autre côté de la rivière, sur le flanc enneigé d'une colline se meut un animal couleur terre, avec deux petites fourches sur la tête. Seize huemuls sur un million de terrain de foot vallonnés, dont un juste sous nos yeux.
Réconciliés avec la nature, nous décidons de jeter un œil à la Laguna Torre, pour voir à quel point la nuit neigeuse l'a changée. Délestés de leur humide chargement, les nuages de la veille ont disparu, et un trident de pierre, las Torres, nous apparaît enfin.
Gonflés à bloc par ce début de journée prometteur, nous plions le camp. Avant de ranger la tente, je suggère :
- Quelqu'un peut prendre les piquets ? Je me charge de la toile.
Mes amies s'empressent d'accepter. Ainsi allégé, mon sac ne me brise plus le dos, et je me sens pousser des ailes. Pour la première fois de notre aventure argentine, je prends la tête de notre troupe et j'en suis fort ragaillardi. Je m'autorise même quelques petits « Todo bien, chicas ?» pour bien montrer qui c'est le patron.
Nous nous aventurons à présent dans la partie la plus sauvage du parc, accessible seulement aux campeurs. La neige masque le sentier, si bien que plusieurs fois, nous rebroussons chemin avant de le retrouver. Au dessus de nos têtes, les branches réchauffées par le soleil suintent de gouttes glacées qui nous trempent avec l'efficacité d'une averse tropicale. Nous bénissions les clairières, car il ne pleuvait que sous les arbres. Lors d'une pause, j'en profite pour faire sécher ce pauvre Albert (qui malgré toutes ses qualités, n'est pas imperméable) en le suspendant à un buisson.
Le drame arrive à 11h. L'une de mes amies remarque que la tente est mal équilibrée sur mon sac. Prévenante, elle décide de corriger la situation. Je m'arrête et, dans mon dos, j'entends le « clac » d'une sangle que l'on détache. Puis le « boum » de mon appareil photo sur le sol, suivi d'un silence atterré.
Mon fidèle appareil photo, qui dans une autre vie a appartenu à une amie de longue date, est en trois morceaux. Le malheureux aura eu une belle vie, faite de voyages et de clichés surexposés. D'ailleurs, son ultime photo sera à jamais celle du huemul, et ça, c'est beau.
J'aurai pu m'énerver contre ma compagnonne, pester contre sa maladresse, lui demander si elle avait les yeux en face des trous, mais les larmes qui perlent dans ses yeux m'en empêchent.
L'ambiance de notre petit groupe se fait aussi pesante qu'une tente pour 4 personnes, et je sais que je ne dois pas laisser cette mésaventure gâcher notre voyage. C'est pourquoi, lorsque nous atteignons l'un des innombrables panoramas du jour, je clame :
- Damn, c'est magnifique, laissez-moi prendre une photo ! Ah non...
Mes deux amies éclatent de rire, tandis qu'un timide sourire se dessine sur le visage de la coupable. Tout malaise écarté, nous reprenons notre route d'un pas plus gai. En plus, nous sortons enfin des bois et de leur pluie de neige fondue. Durant tout l'après-midi, nous longeons deux autres lagunes, Madre et Hija, sous un soleil radieux.
Nous arrivons au camp Poincenot, notre seconde étape, un peu avant 18h. On y retrouve le groupe de photographes du camp d'Agostini, qu'on ne manque pas de narguer avec nos clichés de l'huemul. Enfin, eux au moins ils peuvent encore prendre des photos...
Comme la veille, à mesure que le soir tombe, la température chute drastiquement. Pas comme la veille, le vent se lève, et une pluie diluvienne se met à tomber. Nous aurions aimé pouvoir monter à la Laguna de los Tres pour y voir le coucher de soleil, mais d'après les gardes, les rafales rendent l'ascension dangereuse. Et en plus, il y a pas de soleil.
On se retrouve donc blottis dans la tente à 19h, après avoir avalé notre infâme saucisse-purée, entourés de nos affaires trempées. Les filles, ces génies, ont rempli les bouteilles d'eau bouillante pour fabriquer des bouillottes de fortune. Nous nous endormons après une autre série de mes déboires au Uno, avec l'espoir, cette fois, de ne pas être dérangés par les chauve-souris.
PATAGONYA : El Chaltén - 1
Si t'as lu PATAGONYA : Prologue et PATAGONYA : Torres del Paine, c'est mieux. Merci au Mams et à Pich pour la relecture.
On en était où ? Ah oui, Samedi 14 Avril, el Chaltén, le trek, le camping, la bonne galère des familles ! C'est parti !
Après une petite nuit à El Calafate qui borde le plus grand lac d'Argentine (excentriquement appelé « Lago Argentino »), on reprend encore et toujours un bus vers le Nord. Comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, les heures de bus ne m'ont pas du tout dérangé puisque le paysage vendait du rêve, et en plus, ça m'a permis de prendre des petites notes pour vous faire voyager dans les articles de Patagonya. Et on avait le café gratos.
Tout comme Puerto Natales est celle de Torres del Paine, el Chaltén est la porte d'entrée du parc naturel Los Glaciares qui s'étend sur 727000 hectares, soit près d'un million de terrains de foot (avouez c'est plus visuel en terrains de foot). Les rangers du parc, qui dépendent directement du gouvernement argentin, protègent avec sévérité et à raison cet écrin de biodiversité. D'ailleurs, on a le droit à un briefing dès notre arrivée, comme tous les autres touristes, randonneurs ou photographes.
Concernant le règlement, c'est très simple. Pollution = amende, feu de camp = prison. Le regard sombre, le garde du parc nous explique que l'immense majorité des incendies est due à la négligence des randonneurs.
Ah oui, si on croise un puma, il ne faut pas le regarder dans les yeux (comme les gorilles). Si malgré ça, le bougre continue d'être menaçant, il faut crier et lever les bras pour paraître plus imposant. Mes amies étant taillées dans le même gabarit que le mien, autant vous dire qu'il vaut mieux pas qu'on croise l'un de ces fauves.
Le garde termine sa présentation sur une note plus positive. Quelque part dans le million de terrains de foot du parc vivent seize huemuls, des cervidés que l'on ne peut trouver qu'en Patagonie. Les rangers accordent une telle importance à leur préservation qu'ils nous demandent de partager avec eux les clichés que nous ne manquerons pas de prendre si nous avons la chance d'en croiser un.
Avant de partir, une de mes amies s'enquiert de la météo. Pas de surprise, on va se les cailler. Aujourd'hui sera vraisemblablement la meilleure journée pour la randonnée, à base de soleil. Mais demain, le redoutable vent austral se lèvera, et ne retombera pas avant une semaine.
Mais il en faut plus pour nous décourager. Nous savions qu'en se pointant aussi près du cercle polaire mi-Avril, ce serait pas la côte d'Azur.
Décidés à profiter des conditions clémentes de cette première journée, on ne s'attarde pas au village pourtant charmant d'El Chaltén. On va directement louer notre matériel de camping. Le loueur nous informe que malheureusement, il ne lui reste plus de tente deux places, comme nous le désirions, mais seulement une tente 4 places. Je grimace. La perspective de dormir avec 3 filles ne m'effraie guère, courageux comme je suis, mais une si grande tente, c'est lourd, très lourd.
On repart donc avec des duvets, des tapis de sol, un réchaud, des ustensiles de cuisine et bien entendu, la tente. En tant que véritable bonhomme, je propose de porter de la porter. Deux de mes amies protestent pour la forme, tandis que l'autre me gratifie instantanément d'un « okay gracias ! » éclatant. Avec grâce, elle m'offre de porter mon tapis de sol.
Il nous faut bien un quart d'heure pour lier, harnacher, équilibrer notre attirail tant les duvets, conçus pour résister au froid patagonien, sont encombrants. Enfin, j'attache mon appareil au sommet de mon sac, telle une couronne sur la tête d'un roi potelé. Ci dessous, une photo de mon sac avec moi à côté, pour que vous voyiez à quel point il était gros.
Vient le moment d'endosser la bête. Avec effort, et je vous jure le mot est faible, je passe chacune des bretelles, sans manquer de vaciller.
- Todo bien Mario ?
Je réponds d'un grognement étranglé :
- Si ! Vamos.
Mais en fait, todo pas bien. Todo pas bien du tout. Après 500 mètres, j'ai déjà les épaules en feu et les lombaires qui protestent. Mes compagnonnes, vaillantes amazones, caracolent déjà en tête, tandis que derrière, je souffle comme un bœuf miniature. Au sommet de la première colline, moins d'une heure après notre départ, je comprends que je ne pourrais pas continuer comme ça sur les 8 kilomètres de monts et de vaux qui nous séparent du premier camping.
Profitant d'un premier mirador, je pose mon sac et entreprends de le réarranger.
- Todo bien, Mario ?
- Todo bien, todo bien ! Mens-je, malheureusement trahi par mon teint rougeaud.
J'entreprends alors un réarrangement de la dernière chance. La tente se retrouve au sommet du sac, sous le duvet. L'une de mes amies me propose son aide pour hisser mon équipement sur mon dos, afin d'éviter tout risque de chute. Les autres ont le tact de ne pas rire, après tout, je porte leur lit.
Et là, mes bons amis, c'est le miracle. La pression sur mes maigres trapèzes reste forte, mais au moins, cette satanée tente ne me tire plus sourdement vers l'arrière. Enfin, je commence à profiter de cette première journée de randonnée, sublimée par un radieux soleil. Pour l'instant, entre aujourd'hui et Torres Del Paine, on attend toujours les caprices de la météo patagonienne.
Durant tout l'après-midi, les filles mènent la marche, et je les suis, clopin-clopant. Cependant, la majesté du paysage me fait rapidement oublier mon orgueil blessé. L'automne a enflammé les arbres, et leurs feuilles se consumeront de ce rouge jusqu'à ce que l'hiver, qui arrivera ici bien vite, ne les flétrissent.
On atteint le camping De Agostini, un simple sous bois où ont déjà fleuri une dizaine de tentes colorées, vers 17h. Un groupe de photographes dotés d'objectifs qui relaient mon appareil au rang de jouet, dégustent (déjà) une soupe pour le dîner.
J'ôte mon sac avec un râle de satisfaction. Bien que je ne me sois pas plaint, parce que faire de la rando avec quelqu'un qui se plaint, c'est l'enfer, mes amies voient bien que ce premier jour m'a coûté. On entreprend alors de monter la tente, la maudite, parce que le soleil s'est caché derrière les montagnes, et la température descend vite. Logement paré, sac rangé, on se dirige vers la Laguna Torre, toute proche, depuis laquelle il est possible d'apercevoir Las Torres, trois pics montagneux qui font la fierté du parc. Las, les nuages se sont levés, et les tours demeurent invisibles. Ceci dit, la lagune en elle même n'était pas dégueu, avec le petit glacier au fond.
La nuit est tombée, et il fait maintenant carrément froid. Je m’emmitoufle dans Albert, ma douce polaire achetée spécialement pour affronter le froid patagonien. C'est un peu bizarre de donner un nom à un vêtement, mais ce brave Albert m'a sauvé la vie tellement de fois pendant ce voyage, que je n'ai pas pu m'en empêcher. J'ai hésité à donner un nom à mes chaussures de trek imperméables (Ginette et Babette), mais ça commençait à faire beaucoup de personnages. Enfin bref, ne nous égarons pas.
L'heure du dîner (19h) sonne. Après les sandwiches jambon-jambon de ce midi, dont nous nous régalerons chaque jour pour le déjeuner, la perspective d'un repas chaud nous emplit de joie. Au menu, le savoureux combo knacki-purée. Par purée, j'entends poudre de « patates » mélangée à l'eau de la rivière voisine, parfaitement potable de part sa pureté.
Au moment de déguster la purée, qui s'apparente plus à une infâme soupe semi-épaisse, on réalise que notre kit d'ustensiles de cuisine ne contient que des assiettes et des verres. Pas de couverts. Mes yeux vont de mes amies à mon assiette de purée. J'hésite, mais mon impérieux estomac ne me laisse pas le choix. D'abord hésitant, j'approche mon assiette de mon visage et... je lape ma purée. Mes amies choisissent d'utiliser leurs doigts. Ce qui est beau dans la galère, c'est que personne ne se juge.
Après une soirée rythmée par mes défaites au UNO (dues à une coalition féminine, évidemment), nous nous apprêtons à passer notre première nuit sous la tente. Mon encombrant duvet, ce fourbe, ne me paraît pas si chaud. Heureusement, Albert est là, et nous ne tardons pas à nous endormir tous les deux.
Un bruissement contre la tente me réveille en sursaut, ainsi que mes amies. On aurait dit que quelque chose, s'était écrasé sur la toile au dessus de nos têtes. Aux aguets pendant quelques minutes, nous nous rendormons néanmoins. Mais le bruit se répète à intervalle irréguliers toute la nuit durant. Inquiète, une de mes amies demande :
- Qu'est ce que c'est ?
- Je pense que c'est des chauve-souris qui s'écrasent sur la tente parce qu'elles sont aveugles, c'est rien.
Honnêtement, il était deux heures du matin, j'avais envie de dormir, c'est la première chose à laquelle j'ai pensé. J'apprendrai plus tard qu'il n'y a pas de chauve-souris à El Chaltén. A ma grande surprise, mes amies acceptent cette explication et nous nous rendormons jusqu'au matin.
Au réveil, le froid nous frappe. Prise d'un besoin des plus naturels, une de mes comparses d'aventures entreprend de sortir de notre abri. Au moment où elle passe la tête au dehors elle se fige et pousse un cri de stupeur.
- Venez voir !
Mes yeux passent de plissés de sommeil à arrondis de stupeur. Le bruit de la nuit s'explique à présent. Les branches au dessus de notre tête ne pouvaient que ployer sous le poids de toute la neige dont elles sont à présent recouvertes. Autour de nous, la Patagonie s’est parée d’un manteau blanc.