"Orwell avait ainsi parfaitement compris (il faut dire qu’il avait été élevé dans un milieu familial exclusivement féminin) que, derrière la lutte affichée contre le "patriarcat" – lutte devenue, de nos jours, l’alpha et l’oméga du néoféminisme libéral et bourgeois -, se dissimulait presque toujours, en réalité, la volonté d’occulter par tous les moyens ces nouvelles formes d’emprise "matriarcales" – l’empire des mères, selon la célèbre formule de François Vigouroux – qui représentent aujourd’hui l’une des conditions essentielles de la reproduction psychologique et culturelle du capitalisme intégralement développé (le film Matrix aurait-il par exemple rencontré un tel écho dans l’inconscient collectif moderne s’il s’était appelé Patrix ? ). "Dans certaines familles, écrivait ainsi Orwell en 1947, le père dira à son enfant : « je vais te frotter les oreilles si tu recommences », alors que la mère, les yeux pleins de larmes, prendra l’enfant dans ses bras et lui chuchotera tendrement : « Allons, mon chéri, est-ce que tu veux faire plaisir à ta maman ? » Et qui irait soutenir que la seconde méthode est moins tyrannique [less tyrannous] que la première ? Ce qui est réellement déterminant, c’est moins la violence ou la non-violence que le fait d’aspirer ou non à exercer un pouvoir" (Lear, Tolstoy aud the Fool)."
Jean-Claude Michéa, Extensions du domaine du capital, 2023.












