Vivre avec les hommes: Réflexions sur le procès Pelicot (Manon Garcia, 2025)
"Les cinquante accusés de Dominique Pelicot ont violé Gisèle Pelicot mais, au fond, c’est comme si elle n’avait pas été là.
Les belles endormies, la Belle au bois dormant sont des mythes où la femme est là comme représentation, comme objet, mais où elle, comme personne, n’a pas lieu d’être.
Le corps mais rien d’autre.
Le fantasme nécrophile qui guide les viols de Gisèle Pelicot fonctionne de la même façon, c’est elle mais ça n’est pas elle.
Tout ce qui fait Gisèle Pelicot, sa joie, sa douceur, sa force, tout cela est dissous par les médicaments, il ne reste que l’objet.
Cette objectification absolue qui nie l’existence même de l’autre se retrouve dans le langage des accusés.
Dominique Pelicot n’appelle jamais Gisèle par son nom, elle est sa « sainte », son « amour », dans ses correspondances obscènes elle est sa « salope », mais ce ne sont que des images figées, la Maman, la Putain.
Adrien L. le dit en un double cliché, « ma mère, c’est la femme de ma vie. Ma sœur, c’est ma lumière ».
Il dit aussi qu’il s’est mis à haïr les femmes. Aucune femme particulière à l’horizon, juste un océan de généralité.
Comme ces hommes qui disent qu’ils aiment les femmes parce qu’elles mettent de la beauté dans le monde.
Les pots de fleurs vous remercient.
Il ne faut pas croire que c’est un fantasme d’homme du peuple ou que l’intellect protège de tels mythes.
L’histoire de la philosophie est traversée par les mêmes représentations du féminin en lieu et place de vraies femmes."









