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Demons of Iomedae by Vixgo
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Fantasme De La Boite De Soupe Campbell's...
Pour le commun des mortels, une boîte de conserve n’est en rien pornographique, je vous le rappelle simplement pour vous faire prendre conscience de l’état phantasmatique de mon trouble. Mais si la boîte en elle-même n’a aucune caractéristique sexuelle ou érotique, son contenu, lui, peut porter ce caractère.
Dans mon livre, la boîte de sauce tomate, c’était le « Bingo », un club échangiste sélect, un endroit où les corps s’étendaient, huilés par des lumières indécentes…
Je rentrais par la boîte. Il fallait que mentalement j’ouvre le couvercle, et l’ouvre-boîte n’était rien d’autre que mon imaginaire. Dans la cuisine de ma démence, entre le désir et le rêve, j’ai tiré le petit tiroir (qui se trouvait être le gardien de ma folie), j’ai pris l’ouvre-boîte que je trouvai là. J’ai ouvert la boîte. À l’accroche, dans le métal du couvercle, au lieu de la Campbell’s Soup[1] qui aurait dû me dégouliner sur les doigts ou m’éclabousser le visage, j’entendis des sons lointains… Lorsque le trou fut assez grand, je m’extirpai de ma gangue folle et m’introduisis dans la boîte. Un homme à l’allure de mauvais garçon, portant un perfecto trop court qui lui cintrait les épaules me fit entrer dans l’antre… Au guichet, j’ai dit le mot de passe, c’était un code stupide, une sorte de compliment pour Andy. James Dean a pris mon manteau, il l’a mis de côté, sur une table, et m’a enjoint à le suivre dans la cylindrique et seule salle du club.
Là, Marilyn, sous Mao, était en train de s’activer dans la pénombre. Ils se vautraient tous deux sur un matelas circulaire, ils perdaient leurs attributs et leurs timidités dans le moelleux de coussins d’or.
Je ne savais pas quoi faire. Je n’osais pas m’avancer, j’attendais en retrait.
Pendant qu’ils s’enivraient d’hypocras et ne cessaient de se toucher dans les zones off limits de la bienséance, me parvinrent des cris de jouissance animale.
Je rougissais de tant de bestialité dans l’approche et le contact de ces deux monstres sacrés. Mao, le visage impassible, poussif et en nage, chevauchait la croupe peinte de Marilyn.
Elle, soumise et offerte, écartait son anus pour que (comme on le rêve en secret) l’homme puisse entrer dans la partie étroite et porteuse de l’espérance, de l’orgasme défendu.
Leurs sueurs étaient couleurs, les pigments qui avaient servi à les créer se mêlaient quand leurs visages ou quand le sexe de Mao tsé-Toung entrait dans l’adorable aven.
Le lit lui-même portait les empreintes anthropométriques[2] des corps. Impression de femmes peintes, ballet de vingt-deux heures, que Yves Klein de sa voix et de son silence ajustait. Face à moi : ces deux corps, unis, avec leurs sueurs vives, leurs couleurs électriques, dans la débauche de l’instant. Je découvrais Mao comme si j’étais son intime, c’était une stature, rien à voir avec la logique directe inscrite et inappropriée à cette heure, comme des éponges en ligne, des soldats de réserve prêts à l’inspection de leurs armes, ce à quoi aurait pu faire penser une toile de Claude Viallat[3]…
En arrière de la scène, James Dean, s’ennuyant sans doute de l’ordinaire du « Bingo », se branlait en regardant à l’aide d’un kinétoscope des photographies de vaches sur fond de papier peint coloré. Dans la salle et autour du matelas il n’y avait que des chaises électriques en bois, de solides sangles qui me poussaient dans ma réflexion à me demander quelle pouvait être leur fonction.
Fouillis de l’action !
Mao faisait preuve d’une souplesse incroyable et d’une jeunesse qui m’étonna, Marilyn sous antidépresseurs devait avoir un petit coup de barre parce qu’elle ne gémissait plus. Faisait-elle partie de ces femmes qui, l’objet de leur désir une fois conquis, cherchent dans le souvenir les éclats d’une aventure passée ? Le père du peuple à présent éjaculait sur le matelas, mêlait, mixait son sperme avec sa salive, avec les pigments humides de Mlle Monroe et ceux de son corps. Puis il esquissa dans le vide les formes d’une anatomie. Chaque fois que ses mains rencontraient les mensurations de ce squelette invisible, les diverses parties du corps apparaissaient peintes. Il essuya ainsi son sperme dans le vide qui se révéla bientôt un jeune homme vigoureux et de grande carrure.
Lorsque celui-ci apparut complètement, le Grand Timonier enleva son grain de beauté, en orna le gland du jeune homme, qui choisit ce moment pour hurler. Sa voix sourde claqua dans la boîte comme une balle propulsée dans le fût du canon de la révolte.
— Le vide est la seule règle valable !
Dès lors, vous comprendrez donc que je ne puisse pas faire mes courses seul. Errer dans les rayons d’un hypermarché, ce serait croiser ces boîtes, ces clubs échangistes qui enferment tout le salaire de l’orgasme, et je vous prie de croire que lorsque vous lisez sur les boîtes au rayon des conserves : saucisse de Strasbourg ou choucroute, il n’en est rien pour moi. Les modelés des toiles qui se cachent à l’intérieur partouzent à qui mieux mieux pour oublier qu’elles ne sont que des représentations éternelles, qu’elles ne pourront jamais connaître la mort, que le monde ne peut pas le concevoir.
Benoit Marie Lecoin.
Vivre : du latin vivare, être en vie, exister.
[1] Andy Warhol, Campbell’s Soup, Milan, Studio Marconi.
[2] Yves Klein, Anthropométrie de l’époque bleue, 1960, pigment pur et résine synthétique sur papier monté sur toile, 155 x 281 cm, Paris, musée national d’Art moderne, Centre Georges-Pompidou.
[3] Claude Viallat, Sans titre, 1978, Saint-Étienne, musée d’Art moderne.