Il y avait du sang. Rien que ça. Partout. Ton corps n’était plus que corps. Noyé sous un torrent de lave rouge. D’ici, je pouvais désormais sentir ton cœur battre. Et le mien. Ils battaient à l’unisson. C’était étonnant de savoir que sous le couvert de beaucoup d’autres êtres vivants, s’en était au mien que tu t’y étais prise. Pourquoi ? Comment ? Qu’avais-je de si différent ? Ou de bien inconvenant ?
Je me rappelle que nous comptions les lames de tes couteaux. Un jour, alors que le soleil brillait et que rien n’aurait pu nous y convier. C’était au milieu des champs. J’étais nue. Et je passais chacune de tes lames sur la peau de mes cuisses. Elles me caressaient. Elles m’apaisaient. Toi. Tu étais là. A me regarder. A rigoler. Puis à pleurer. Alors. Tu as pris les couteaux, les a placé les uns à côtés des autres. Tu as fermé les yeux après m’avoir demandé de me retourner. Tu as laissé ta main s’essayer au tranchant des outils. Puis ton bras s’est élevé au-dessus de mon corps, avant de se planter en mon dos.
Voilà. On s’était enfin promises cet amour éternel. Pour toujours, il me resterait la trace de toi en moi. Cette cicatrice qui au fil des années ne cesserait de découdre avec les caméras et les appareils photos. Avec les yeux surpris et hagards de la gente population qui viendrait à notre rencontre.
Comme quoi le temps s’était étiolé bien vite. Et tes pas avaient fini par s’effacer sur les images qu’ils avaient réussies à traquer. Ces images, qui laissaient pourvoir la rigueur de tes jambes et de ton dos bien saillant.
Tu te faisais soleil. Je me faisais ombre. Ensemble, c’était pour la vie. Pour toujours. Par-delà les murs. Par-delà les cris des gens.
Je me suis agenouillée auprès de ta dépouille. Et j’ai prié. Malgré que je crois juste que je suis moi. C’était glauque. Comme cette atmosphère qui me dépasse à la suite d’un film bien mortifère. J’ai remercié le ciel de t’avoir fait vieille et presque trop éligible pour laisser un soupçon de temps trop grand s’infiltrer à tes dépens.
Tu aurais fait de moi un reste de chien battu. Bien trop effrayé à l’idée de devoir marcher. C’était évident, tu le sais très bien. Tu aurais réussi à faire en sorte que les restes de moi ne finissent par s’envoler. Seuls. Discrètement. Se cachant derrière le blanc du vent.
Je crois que je dois donc à présent déposer ma tête sur ta poitrine. Fermer les yeux et pleurer. Imaginer que pendant un moment, comme lorsqu’au temps d’avant, nous étions deux. Seules, ensembles. C’est tout. Sans plus de marbre sur le sol, et de papier peint qui recouvrait les murs. Sans ta chambre si sombre et si poussiéreuse, tel un reste de souvenir vivant qui attendait patiemment d’aller rejoindre le cours du temps.
Je suis désolée. Désolée, que le monde n’ait pu s’en rendre compte. Comme quoi, il suffit d’un peu de mauvais sens pour trouver ton repos hilarant. Et de larmes qui coulent au-dedans lorsque ta voix ne peut s’empêcher de jouir. D’un monde incongru, de gestes étriqués, de paroles blessantes.
Si, pour toujours, nous nous en allions. C’est une idée. Une vieille de ma grand-mère qui ne radote plus que des morceaux de phrases oubliées.
Nous nous en irions loin, et je viendrais auprès de toi me reposer.