Le fracas des vagues rendrait sourd toute âme errante se promenant sur le quai des malheureux égarés dans la pénombre de la nuit.
Les clapotis de la pluie tambourinent sur la veste en cuir de cet homme au regard absent.
Cette silhouette s'éloigne vers la jetée qui elle-même s'abandonne à cet océan gris maussade.
Cette forêt d'eau est si froide, si morose que l'on croirait qu'elle est née de toutes les larmes versées par les femmes qui attendaient en vain le retour de leurs marins sur cette jetée.
L'écume à la douceur de leurs châles en soie blanche que le vent a emporté au large, comme si ce tissu était porteur du chagrin de ces femmes endeuillées.
Le sel de la mer est l'amertume des enfants qui n'ont que pour image de leurs pères, leurs exploits vantés par les habitants chaque vendredi soir.
Les navires sont amarrés, les voiles rabattues, le port laissé à la merci de l'eau qui dévore silencieusement les coques de ces conquérants des mers.
Le ciel pleure ses colères soudaines qui ont soulevé les océans, méprisant ces pauvres hommes trop amoureux des déserts bleus pour être effrayés de ces impitoyables monstres aquatiques qui ne font qu'une bouchée des marins oubliés.
Les bougies des maisons demeurent éteintes pour pouvoir jalousement garder la chaleur des rires des maris partis trop tôt. Il fait si sombre que l'on croirait que l'île entière est prisonnière d'un éternel hiver.
Le vent souffle sempiternellement sur Glasgow et continuera de dissimuler tous ses secrets.
Le sifflement du vent se mêle au fredonnement de la houle, c'est le chant des marins perdus en mer que cet homme à la veste en cuir écoute, dans le silence religieux des Landes de Skye.
Les yeux gris de l'homme de la jetée, se noient, l'œillade rivée sur l'horizon, priant le retour inespéré de son père qui lui a été arraché à ses sept ans.
Cette tempête qui perle sur ses joues, commémore le naufrage de son paternel, comme si la tempête sévissait encore.
L'épais brouillard efface les Landes de Skye, l'Écosse disparaît dans d'épais nuages recelant tous les plus grands mystères dont parlent les légendes.
“Noyade” Recueil “Nuits Songes” © Cécile.