2020-05-10 Ce qu’on n’a pas le temps de dire en 50 min avec son psy, pt.1
J’ai des rancunes qui durent trop longtemps. Pour diverses raisons, différents niveaux de frustrations, multiples strates de colère, sur de variables timelines. J’en veux à ma plus récente copine d’avoir pris tant de moi. J’en veux à ma coordonnatrice de département de souvent dire qu’elle et moi sommes pareils, en se contredisant. J’en veux à mon ancienne gérante de département qui m’infantilisait pour des idioties. J’en veux à mon frère d’être resté avec un ex qui est devenue sa femme, et la mère de ses quatre filles. Ça ne m’appartient pas. J’en veux à une fille avec qui je n’ai jamais échangé plus que deux phrases sur une application de rencontres. J’en veux à un prof du secondaire qui se moquait de ses élèves, et dont il ne recevait que de l’amour, pour une raison qui m’échappe (c’est faux, je sais très bien pourquoi). J’en veux à mes cousins et à mon frère de m’avoir utilisé pour être leur vigile durant leurs séances de baises entre gars. J’en veux à ma prof de troisième année du primaire qui m’a humilié devant sa classe et celle de sa collègue parce que je me suis gratté le nombril avec mon crayon. C’était l’année où on s’est aperçu que j’avais des problèmes de vision, et que je devais dorénavant porter des lunettes, me mettant davantage à l’avant-scène des moqueries et des injures, parce que les lunettes, « ça fait pic ». J’en veux à ma mère de m’avoir tapé quand je balayais tout croche. Ça, ou la fois où on a reporté de quelques heures notre départ pour Québec; ma mère m’avait envoyé au lit en plein après-midi parce que, je sais même plus pourquoi, je devais l’avoir piquée à vif. J’en veux à mon frère d’avoir détruit des livres de mon père avec ses étoiles ninja et ses couteaux; d’avoir détruit la thermopompe du voisin; d’avoir piqué 20$ dans ma réserve, 20$ que je réservais pour un album de Sum 41 et qu’il a utilisé pour s’acheter du pot; de m’avoir lancé un grappin en métal, m’écorchant l’intérieur de la cuisse à deux pouces de mon scrotum; de m’avoir posé l’ultimatum à 4 ans de me sucer si je refusais de le sucer. Je m’en veux d’avoir fait du mal à mon chat, depuis que je l’ai eu à mon deuxième anniversaire jusqu’à son anesthésie à mes 18 ans.
Je m’en veux d’en vouloir encore à certaines de ces personnes.
J’ai appris à accepter certaines choses, d’en prendre la responsabilité, de les mettre de côté. Past is past. Amélie, je ne ressens plus de colère envers elle, même en lisant ce que j’écrivais à l’époque pour vider mon sac. Mais pendant l’année qui a suivit notre rupture, c’était une rage profonde qui m’envahissait en pensant à elle. Si mon histoire avec elle n’a durée que quatre mois et a engendré un an de colère, je crains pour les pensées qui m’envahiront pour les quinze prochaines années en pensant à Geneviève. Est-ce qu’avec le temps, on pardonne plus facilement? Accepte-t-on plus rapidement ce qui fait parti du passé? Ou un pattern pathologique est-il fait pour rester en nous indéfiniment?















