7 heures du mat’. Je me réveille aux aurores, un peu comme toutes ces matinées frisquettes que la météo nous inflige en ce moment. J'ouvre les rideaux, le soleil hivernal m'éblouit par surprise. La lumière, c'était avant d'allumer le poste de radio. Les journaux me plongent dans une soudaine obscurité. Moi qui pensais tout savoir… Publifin… Nethys… Moreau et Furlan,… Visiblement au menu du jour nous retrouvons la saga Paresse, mensonges et Argent, avec la rémunération de 24 mandataires publics glandouilleurs de Publifin, les salaires exubérants Stephane Moreau et les ignorances de Paul Furlan. Entre autres.
Soudain, je plonge dans l'inconnu. Kesako, Publifin? Curieuse maladive, je fonce sur mon écran d'ordinateur, entre ces huit lettres dans le moteur de recherche et… Résultats, plein d’articles de médias nationaux et régionaux, sur la polémique en question. Mais où se cache donc cette définition de Publifin?! Dans un article du site de la RTBF du 20 décembre 2016, l'élément qui m'intéresse se trouve dans la légende de l’image: «intercommunale qui contrôle à 100% l'entreprise Nethys (Voo, BeTV, L’avenir)». D'abord, pour les personnes qui n'y comprennent rien comme moi, placer cette l'information importante dans une minuscule légende n'est pas forcément idéal. Ensuite, leur définition ne m'éclaire guère. Mais ne tapons pas gratuitement sur le service public: l'ensemble des sites d'actualité belges ne fournissent que peu de détails sur l'entreprise.
De retour dans mes pages de recherche, je me dirige vers le site de Publifin. Celui-ci met en avant ses fonctions principales en ces mots: «Publifin est un holding public liégeois, actif dans 3 segments-clés: les médias et les télécommunications; l’énergie; la prise de participation dans les secteurs porteurs». Eurêka, une partie du puzzle se complète: après le terme «intercommunale», nous voici avec celui de «holding». Kesako, encore? D'après mon ami Le Petit Robert -oui, les dictionnaires résistent encore face à Wikipédia, une intercommunale est une «coopération entre communes regroupées au sein d'un établissement public», et un holding une société «regroupant sous une même direction financière des entreprises différentes».
Après moultes recherches, j'ai gagné ma mi-journée avec ma propre définition de Publifin: « Société finançant plusieurs entreprises, dont Nethys, et gérée par plusieurs communes de la province de Liège ».
Cette recherche ne s'arrête pas là. Le scandale touche également Nethys, que la légende de la photo rtbéenne décrit comme contrôlée à 100% par Publifin. Mais qu'est-ce que Nethys? De prime abord, ce nom m’évoque ceux de VOO (opérateur Telecom en Wallonie et dans une partie de Bruxelles) et de Stéphane Moreau, CEO de cette société. Quel est le lien entre VOO, Nethys et son patron? Le premier élément mis en exergue par les médias est le revenu mensuel de Moreau: 80 000€ par mois. Pas mal. Le hic: il s'agit aussi du bourgmestre de Ans. Tout ce ramdam me paraît alors plus clair. Ce conflit d'intérêt revoie à celui des cumuls des mandats, qui colle aux mocassins des politiciens depuis de longues années. Bref: certains sont grassement rémunérés pour de multiples professions, sans pour autant en assumer les responsabilités. D’où les bourgmestres souvent «empêchés» ou «faisant fonction» de notre plat pays.
Encore une fois, très peu d’éléments dans les médias me sautent aux yeux quant à l’activité de cette entreprise -oui parce que je cherche toujours la spécificité de cette société. Après un énième voyage sur le web, le site de Nethys apparait: entre les lignes, je crois comprendre que Nethys se contente de regrouper plusieurs «marques», dont VOO (et BeTV), mais aussi le groupe de presse L’Avenir, le gestionnaire liégeois des réseaux de distribution d’électricité et de gaz Resa, le partenaire des techniques d’information et de communication WIN, le producteur d’énergie renouvelable Elicio et Nethys energy, le partenaire «énergies renouvelables» des pouvoirs publics et des entreprises. Ça fait beaucoup de marques. La RTBF (18 janvier 2017) et d’autres médias semblent confirmer mes supputations à propos de cette entreprise multi-facette, privée.
Ces informations à propos des activités de Nathys mais aussi de Publifin, les médias les abordent donc depuis quelques jours. Depuis quelques jours seulement. On peut comprendre qu’au plus les journalistes résument leurs sujets, au plus ces derniers percutent dans notre esprit. Mais lorsqu’il s’agit d’une nébuleuse aussi compliquée que celle qui nous occupe, d’aucuns perdront rapidement le fil de l’histoire et se mélangeront les pinceaux. Moi-même j'ai failli m'en tirer les cheveux tant devant les journaux que durant mon exploration sur internet. C’est pourquoi il aurait semblé plus adéquat de voir apparaître ces explications plus tôt.
Mais la conclusion la plus grave de cette aventure réside dans la complexité des structures wallonnes: d’abord, pourquoi une intercommunale publique contrôle-t-elle une entreprise privée qui elle-même contrôle de multiples groupes de la presse à l’énergie (dur à suivre hein)? Ensuite, pourquoi un politicien, dont la fonction est bourgmestre, ou député, ou ministre, ou quelconque autre fonction publique se retrouve-t-il à la tête d’une entreprise privée? Pourquoi n’a-t-on pas demandé à Stephane Moreau de choisir entre ces deux casquettes (beaucoup) plus tôt? Une chose est sûre: notre petite Wallonie a grandement besoin de réformes pour clarifier toutes ces données. Pour permettre aux médias de mieux s'exprimer aux citoyens. Pour éviter que ces derniers ne se retrouvent plus le soir à hésiter entre rire des péripéties infinies de ce feuilleton et avoir mal de tête de ne plus rien y comprendre.
Au fait, avant de sauter au lit, une dernière énigme reste à élucider: on prononce « Publifine » ou « Publifain »?