Charlotte Riviere, De mailles et de paysages
Charlotte Rivière a crée la marque Charlotte Sometime en 2008. Pour fêter ses 5 ans, elle nous ouvre son univers de création : où la maille révèle des traversées islandaises, la musique est inspiration quotidienne, et le Made in France d’une évidente proximité.
"J’aime les choses qui se font avec du temps"
Racines.
« J’ai grandi à Denée, un village très proche de la nature à côté d’Angers. Juste derrière chez moi, il y a une forêt et une rivière où pousse ma fleur préférée, la fritillaria meleagris.» Parfois appelée tulipe sauvage, cette plante herbacée protégée donne une fleur unique aux larges clochettes mouchetées de blanc, entre rose violacée et pourpre lumineux. Elle porte en germe l’univers de Charlotte : couleurs en clair-obscur, et proximité intime avec la nature brumeuse de la Vallée de la Loire. « Je suis fascinée par les animaux de la nuit, les marais, le ciel étoilé, la brume sur l’eau, la danse des chauves-souris à la tombée de la nuit. Toutes mes collections sont liées à ça.»
Coeur.
Après une prépa art, et une école de mode pendant deux ans, elle a une « révélation » lors d’un stage de 4 mois chez la créatrice Mélodie Wolf, spécialiste en maille. « Je m’en souviens comme si c’était hier. Elle a ouvert un colis avec un Teddy en maille et un motif jacquard dans le dos. C’était magique d’avoir dessiné son propre motif, et de le retrouver sur un vêtement. » Une grand-mère couturière lui a appris le crochet, puis elle s’initie au tricot à l’école, et grâce aux livres. « La maille nécessite une étape de création supplémentaire, le choix du point, ce qui donne tout la liberté. Car d’un fil, je peux choisir un point jersey, mousse, jacquard, torsade etc.» Pour certaines pièces en tricot, c’est Charlotte, elle-même, qui réalise prototypes et production.
Sources.
Chaque saison, la nature vivante se mêle au dessin, le deug en sciences de la vie et de la terre, au crayon. Dessinés par Charlotte, les tee-shirts aux têtes d’animaux (ours, chouette, guépard, zèbre…) incarnent un bestiaire vital. « Ma seconde grand-mère était peintre, et je dessine depuis toute petite. Avant d’arriver au dessin définitif, je fais beaucoup de recherches. Mais le premier dessin est très souvent le bon.»
Pour créer ses collections, Charlotte part souvent d’un thème, d’un tissu, ou d’une envie de voyage. « La collection de l’hiver 2013, Artic, s’inspire directement d’un roadtrip en Islande. Chaque nom de pièce se rapporte à un lieu. C’est un pays d’une beauté à couper le souffle, qui m’a inspiré des couleurs, des matières.»
Pull Svartifoss - Paysage Jolulsarlon, Islande
La collection de l’été 2012 était née d’une parole de chanson des Raveonettes, « I want a slice of LA sun ». « L’album entier m’avait énormément inspiré. Je m’imaginais au volant d’une voiture décapotable aux Etats-Unis, sous la chaleur, et sans personne à droite, ni à gauche.» Et pour Charlotte, la musique est essentielle. « Je travaille toujours dans une ambiance musicale que je choisis. En période de création, j’ai 3 à 5 cd qui passent en boucle. Le reste du temps, j’écoute des nouveaux groupes, je m’informe longuement, et sors énormément dans les salles de concerts.» Son terreau musical d’origine, rock – de Bauhaus à The Kills en passant par The Smiths – est devenu plus éclectique, prenant des tonalités pop, folk, et électro, avec Youth Lagoon, Mount Kimbie, et Nisennenmondai. En Islande, Olafur Arnalds et Sigur Ross étaient ses compagnons de route, porteurs du génie du lieu. « Face aux paysages d’Islande, leur musique tombait sous le sens. Elle retranscrivait le temps distendu, et la sensation d’être tout petit face à la nature et au silence.»
Pull Askja - Paysage Gullfoss, Islande
Terrain.
« La mode est dans un rythme trop rapide. Je rêverais de faire une seule grosse collection d’hiver. Le reste du temps, vivre, voyager, et s’inspirer.» Juste temporalité pour des justes productions avides de détails, et de courtes distances. « Toutes mes pièces sont faites en France, sauf la maille tricotée en Roumanie. Je refuse d’arriver à une surproduction puis à une surconsommation qui n’aurait plus aucun sens.» Son vestiaire personnel est mince, composé de pièces affectives choisies avec minutie. « J’ai la même veste Vanessa Bruno depuis 4 ans, quelques vêtements de mes collections, et d’amies créatrices : Eple & Melk, Suzie Winkle. Tous sont faits à partir de matières de qualité, dans lesquels je suis à l’aise ». Depuis 2008, elle travaille avec les mêmes fabricants. «Ce sont des partenaires, et non des fournisseurs. Sans eux, la marque n’existerait pas.». Ou quand la mode, nourrie d’une certaine vision du monde, s’enracine simultanément dans des proches paysages.
Charlotte Sometime
http://www.charlottesometime.com/
Photographes :
Portrait de Charlotte Rivière : Maud Bernos http://www.maudbernos.com/
Collection Artic, Charlotte Sometime, hiver 2013 : Gregoire Voevodsky (pull Svartifoss et pull Askja)
Paysages de Denée, d'Islande, dessin et maille : Charlotte Rivière
Texte : Tiphaine Illouz













