Des lectures pour l’été, en veut-tu, en voilà: jeunesse
Les vacances... En principe, on se retrouve et on prend le temps. Les livres qui suivent conviennent particulièrement au partage en famille. Là encore, je les ai autant aimés que ceux dont j’ai parlé précédemment sur ce blog. Les proposer pour l’été, c’est les mettre en lumière.
Imagier mouvementé / Véronique Joffre. – Thierry Magnier, 2017 (autres titres)
Cet imagier est une invitation à deviner et à bouger puisqu’il propose des actions à mimer. Ainsi l’ours se dresse, le tigre se tapit et l’hirondelle virevolte. Le petit sera pris par les animaux, les illustrations très claires et le son des mots. Mais allez savoir si, pour le plus grand, ce ne sera pas l’occasion de réviser son vocabulaire, de faire des pitreries ou, mieux encore, d’apprendre à son cadet, gestes à l’appui, ce que signifie « souffler », « se balancer », « se pencher ». Et si on y associait Mamie ?
La Vie rêvée de Papa Quichon / Anaïs Vaugelade. – l’école des loisirs, 2020 (2006) (et deux autres titres ici)
Investir dans la famille Quichon est une valeur sûre. Chaque petit livre dresse le portrait d’un des enfants (il y en a soixante-treize). Rassurez-vous, à ce jour, seuls dix titres sont parus ; vous avez de la marge, ce d’autant plus que votre enfant, devenu adulte, pourra se les procurer seul ! Trêve de plaisanterie. Chaque histoire est un régal à se faire lire ou à lire seul. Le trait est sûr, délié, et les dégradés de couleurs magnifiques. Sur les pages de garde, les 73 enfants sont présentés nommément. On pourra s’amuser à apprendre chaque prénom.
Un jour qu’il se promène avec ses enfants, Papa Quichon remarque une maison en haut d’une colline. Il en vient à rêver de la vie – calme - qu’il aurait eu s’il n’avait pas rencontré la maman de ses enfants…
[Dans] les basquettes de Babakar Quichon sont les plus rapides au monde. Du coup, Babakar gagne toutes les courses, allant même plus vite que le son, la lumière, l’espace et le temps. Arrivé le premier, il ne lui reste plus qu’à ôter ses basquettes et attendre le temps, l’espace, etc.
Dans la cour d’école, les filles courent après les garçons pour les taper et les garçons après les filles pour se venger. C’est aussi une manière de s’approcher quand on est amoureux… Quand Gloria Quichon apprend qu’il y a 7 milliards de cochons sur la terre, elle se demande comment on fait alors pour se choisir un amoureux parmi tant de monde et également pour être choisie.
Pas l’ombre d’un loup / Natali Fortier. – Rouergue, 2021
Pas l’ombre d’un loup ? Pensez-vous ! La petite famille est inquiète : Chaque année, Mamili Lisette vient souhaiter une bonne fête à son fils Eustache. Mais aujourd’hui, point de Lisette. Eustache peut difficilement partir à sa recherche. La Saint-Jean va bientôt avoir lieu et il a beaucoup de travail. Qu’à cela ne tienne, Giselle et Marcel, les enfants, se rendront chez la grand-mère. La route est longue, du printemps à l’hiver. Car c’est là qu’elle habite. Conscients de la responsabilité qui leur incombe, mais aussi ravis, les enfants s’en vont, chargés d’un panier contenant une tarte aux bleuets et du sirop d’érable… Peut-être avez-vous deviné que nous avons à faire à un conte revisité au parfum de Québec. Les dialogues sont un régal et les illustrations pleine page d’une beauté parfois inquiétante, heureusement adoucie par le velours inégalable des couleurs de Natali Fortier. On a grand plaisir à retrouver Marcel et Giselle, Eustache, Marguerite et les autres dont nous avions fait connaissance dans une revisite de Hansel et Gretel.
Factomule : grand thriller politique international / Oyvind Torseter. – La Joie de lire, 2021
Avec Tête de Mule, héros bien malgré lui, on ne sait jamais dans quel univers on va atterrir. Lui non plus, sans doute ! Le voici factotum du Président (s’entend de la République). Homme à tout faire, il est appelé à réparer au moyen de scotch, de super-glu et de spray universel le fauteuil de bureau du Président, sa semelle qui baille et les canalisations du Palais. Une tâche pourtant lui échappe : porter LA mallette qui contient l’interrupteur qui pourrait anéantir le monde. Un soir, un inquiétant personnage, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, l’agresse et lui vole sa tenue de factotum. En caleçon dans la rue, il cherche dans une poubelle de quoi se vêtir et trouve un imperméable. On devine la suite car qui dit imperméable, dit détective.
Cet album est un exemple de lecture « tout public » réussie. Déjanté et grinçant, il mérite d’être repris car il fourmille de quantité de détails et d’indices. Et de se régaler du pastiche que fait l’auteur de la fonction de président.
23 idées photographiques pour enfants curieux : eyes open / Susan Meiselas. – Delpire, 2021
Autre livre à partager en famille pendant les vacances, cet album propose de découvrir – ou de perfectionner - la pratique de la photographie à travers 23 propositions. Avec un téléphone portable comme avec un appareil, il est possible d’apprendre à cadrer, à être attentif à la lumière, à développer sa sensibilité, son regard personnel et même d’aller plus loin en imaginant, par exemple, un alphabet visuel. Rassemblant des images produites par des enfants du monde entier et de grands photographes, ce livre est une invitation à ouvrir les yeux sur l’autre et sur ce qui nous entoure. Interculturel et intergénérationnel, il devrait plaire aux enfants et aux adolescents, d’autant plus qu’il n’oublie pas d’être divertissant.
Imaginez / Raphaël Enthoven et Chen Jiang Hong. - l’école des loisirs, 2019
« L’imagination n’est pas une fuite, mais une réconciliation. Imaginer ne consiste pas à congédier le réel pour lui substituer un univers moins âpre. Au contraire. Ce qu’on imagine, comme ce dont on rêve, c’est ce qu’on connaît déjà. »
Le philosophe et l’enfant – ici, l’adolescent - ont pour point commun de se poser des questions. La bonne nouvelle est, que dans ces courts récits, le philosophe Raphaël Enthoven n’apporte pas de réponses aux sujets qu’il propose. Plus encore, on retrouve dans les questions qu’il aborde le vrai « pourquoi », celui que posent invariablement les (petits) enfants sur des questions, mine de rien, fondamentales. Dans un retournement, le scénario habituel, où professeurs, parents, hommes politiques donnent des réponses, n’est pas suivi. Non dépourvus d’humour, les récits courent sur une page avec, en regard, des illustrations pleine page de Chen Jiang Hong qui ajoutent un autre point de vue. Un livre à servir à table, entre l’apéro et le café.