Le Baiser du soir. Proust, Clémentine Beauvais et Camille Romanetto
L’originalité et la qualité de l’écriture de Clémentine Beauvais ne sont plus à démontrer. Ses romans s’inspirent souvent d’oeuvres classiques célèbres. Ainsi, Songe à la douceur (2016) inspiré de l’oeuvre d’Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine ou tout récemment, L’affaire Petit Prince et Enquête sur Peter Pan qui inaugurent la série « Pierre Bayard détextive privé » sur la piste des secrets cachés dans les livres préférés des enfants. A signaler encore, Les petites reines (2015) qui a remporté de nombreux prix, a été adapté en pièce de théâtre et en bande dessinée par Magali Le Huche. Et ce n’est pas tout: Clémentine est également traductrice, enseignante-chercheuse à l’université de York, en Grande Bretagne, et autrice de Ecrire comme une abeille. La littérature jeunesse de la lecture à l’écriture.
Pour écrire l’album Le Baiser du soir, elle s’est inspirée de la scène d’ouverture de La Recherche du temps perdu pour raconter l’attente du baiser du soir d’un enfant dans son lit. Alors que ses parents adultes sont en bas dans le salon avec leurs invités, l’enfant est partagé entre l’envie que sa mère monte et celle de retarder le moment, car une fois le baiser fait, « il sera fini ».
« Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j'aimais tant, j'en arrivais à souhaiter qu'il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n'était pas encore venue. Quelquefois quand, après m'avoir embrassé, elle ouvrait la porte pour partir, je voulais la rappeler, lui dire «embrasse-moi une fois encore», mais je savais qu'aussitôt elle aurait son visage fâché, car la concession qu'elle faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m'embrasser, en m'apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes, et elle eût voulu tâcher de m'en faire perdre le besoin, l'habitude, bien loin de me laisser prendre celle de lui demander, quand elle était déjà sur le pas de la porte, un baiser de plus. Or la voir fâchée détruisait tout le calme qu'elle m'avait apporté un instant avant, quand elle avait penché vers mon lit sa figure aimante, et me l'avait tendue comme une hostie pour une communion de paix où mes lèvres puiseraient sa présence réelle et le pouvoir de m'endormir. Mais ces soirs-là, où maman en somme restait si peu de temps dans ma chambre, étaient doux encore en comparaison de ceux où il y avait du monde à dîner et où, à cause de cela, elle ne montait pas me dire bonsoir. » Marcel Proust, Du côté de chez Swann, GF Flammarion, Paris, 1987, p. 106-107
Le texte, très court, va à l’essentiel. La maman et le baiser à venir sont comme des personnages que l’enfant attend. Car il est question d’attente dans cet album. Il est servi par des illustrations à l’aquarelle qui dégagent une atmosphère de douceur et de chaleur, et qui racontent l’histoire à leur manière, jusque dans les motifs de la tapisserie. La maman n’est pas bien loin puisqu’on la devine dans un portrait accroché au mur.
On trouve également des références à des grands classiques de la littérature jeunesse, "madeleines", sans doute, de Camille Romanetto!
Sur l'image de couverture, le petit garçon tient entre ses mains L'Hiver de la famille Souris de Kazuo Iwamura.
Tout en bas à droite sur la deuxième page de garde du début de l'album, un cochon, un renard, un petit garçon - le petit garçon? - et un lièvre invitent le lecteur à entrer dans le livre.
Mais tournons la page... L'image se concentre sur une petite maison, enfouie dans la neige. Un bonhomme de neige - et pas n'importe lequel -, bien planté devant, sourit. Une allée, dégagée jusqu'à la porte, invite à entrer. Les deux fenêtres du rez-de-chaussée sont illuminées par une chaude lumière. On y voit les silhouettes d'adultes qui trinquent. A l'étage, une fenêtre est faiblement éclairée.
A la page suivante, un zoom sur cette fenêtre nous montre un enfant blotti sous sa couette.
Nous sommes à présent dans la maison. Le cadrage - à hauteur du lit, ce qu'on ignore encore - offre une vue sur le parquet, une porte entrouverte et du papier peint qui reprend les personnages qui nous avaient invités à entrer dans l'album. Ce cadrage - et il y en aura d'autres - rappellent ceux affectionnés par Anthony Browne.
Entrons dans la pièce sur la pointe des pieds et découvrons la chambre du petit garçon. Sur la table de nuit, un petit cheval de bois monte la garde. J'ignore qui il est. L'album Le Bonhomme de neige de Raymond Briggs y repose également.
Dans son bougeoir, une bougie éclaire la scène et signifie au lecteur le côté intemporel de l'histoire. Au-dessus du lit, un portrait de femme est accroché. C'est peut-être la grand-mère du petit. Sur le sol, une paire de pantoufles rappellent celles de la petite héroïne de Toc! Toc! Qui est là? d'Anthony Browne. On y voit encore un dessin d'enfant qui représente une femme. Peut-être la même que dans le cadre. Deux plumes ont été abandonnées. L'ont-elles été par Wendy, son petit frère Michel ou un enfant perdu de Peter Pan? Un ours en peluche, les bras écartés, fixe le plafond de ses yeux en billes de verre. Sur la couette, un âne repose sur le côté. Ils s'appelleraient Winnie et Bourriquet que cela ne nous étonnerait pas.
A la page suivante, le petit enfant tient son âne serré dans ses bras. Le texte dit: "J'ai envie qu'elle soit déjà avec moi, qu'elle me donne son baiser." Le lecteur se sent presque à la place de l'enfant.
Mais son questionnement nous mène plus loin avec un retour en gros plan sur la porte entrouverte et, à sa droite, le portrait d'une femme de dos dans un médaillon, accroché au mur. On devine que c'est la mère. Elle est là et pas là. Nos yeux glissent sur les motifs de la tapisserie, brièvement évoqués plus haut. On réalise alors que les personnages s'animent en fonction des pensées de l'enfant et de l'avancement de l'histoire.
"J'attends longtemps". Le temps s’étire et avec lui les hésitations de l’enfant et les sensations qui l'emplissent, par exemple auditives: le tintement des verres et les bribes de voix. Il attend, oui. Peut-être a-t-il le sentiment de s'ennuyer. Les personnages sur le papier peint nous disent le contraire.
Enfin, la maman passe la porte...
Le baiser tant attendu remplit la double page, en déborde presque, à hauteur du bienfait qu'il produit, et ce contrairement au reste de l'album, où le texte prend sagement place sur le blanc de la page de gauche qui lui est totalement dévolu. Un exception tout de même: quand l'enfant est en plein questionnement sur le "après" du baiser, on le voit couché sur une double page. Mais l'image est encadrée de blanc et le texte - très important - court en dessous.
Les animaux en sont tout émus.
La maman repart après avoir soufflé sur la bougie. Sur la pointe des pieds, le lecteur prend congé de l'enfant et de l'histoire qui se referme dans un zoom arrière qui mène à la maison, vue de l'extérieur. Au rez-de-chaussée, Camille Romanetto a poussé le détail jusqu'à entrouvrir une des deux fenêtres. A travers l'autre, on distingue les silhouettes de la mère et du père. Et la promesse d'un nouveau baiser le lendemain.
Comme Proust, nous, adultes, partons à la recherche de notre temps perdu; de ces moments d’une richesse inouïe qui aujourd’hui caressent nos âmes, quand, enfant, on était seul, on s’ennuyait, on attendait. « Longtemps, je me suis couché de bonne heure… » Ce petit chef-d’oeuvre de délicatesse va à l’essentiel.
Entretien avec Clémentine Beauvais et Camille Romanetto
Est-ce l’éditrice qui a proposé Camille pour illustrer le texte de Clémentine ou le projet est-il né d’une rencontre entre vous deux ?
Clémentine: Camille et moi ne nous connaissions pas personnellement, mais je connaissais déjà très bien son travail. C'est en discutant avec Emmanuelle Beulque, l'éditrice, que nous avons eu l'idée de proposer ce texte a Camille parce que son univers visuel si délicat, si complexe nous séduisait énormément. J'étais extatique qu'elle dise oui!
Camille: Emmanuelle, éditrice chez Sarbacane, m'a envoyé ce texte de Clémentine par un beau matin d'automne, me demandant si je voulais bien y jeter un œil, et plus si affinité… Le coup de foudre a été immédiat. Touchée d'abord par l'apparente sobriété de ce texte, d'une justesse absolue. J'aime les émotions nues, dépouillées de toute fioriture. C'était aussi un sujet qui me parle tout particulièrement, mon souvenir de ces attentes-là étant encore très vivace, même après plusieurs décennies ! Enfin, il y a mon goût certain pour la littérature de Proust. Moi qui ai l'habitude de refuser de travailler avec d'autres auteurices (trop attachée à la liberté de tout faire moi même), je ne pouvais pas nier cet élan du coeur !
Clémentine, aviez-vous depuis longtemps l’idée en tête de vous servir un jour de la scène d’ouverture de Swann ?
Oui! Cela faisait des années que cela me trottait dans la tête. Proust est un oiseau rare, l'un de ces rares écrivains pour adultes qui écrivent des livres pour adultes avec un esprit d'enfance véritablement juste. Ce sentiment d'attendre avec impatience, mais en même temps de craindre l'arrivée de la chose heureuse parce qu'elle va ensuite disparaître - sentiment extrêmement subtil - est partout dans l'enfance: baiser du soir, mais aussi attente du weekend, de Noël, d'un goûter avec des amis, etc. Il se solde souvent par une sorte de mélancolie post-événement, de regret que rien de beau ne dure. On croit à tort que les petits enfants vivent dans l'instant présent, mais c'est faux. Ils ont une perception de la temporalité très complexe, très vive, souvent torturée. C'est ce que Proust a parfaitement compris, et c'est pour cela que le baiser du soir est un épisode si marquant. Depuis longtemps je me disais que je voulais « adapter » ce moment pour les tout-petits. Parce que bon, malgré tout le bien que je pense de Proust, il faut avouer quand même que Du coté de chez Swann est un très mauvais livre pour bébés.
Vous avez modifié le texte de Proust en ce sens que vous l’avez adouci en vous arrêtant en chemin. Etait-ce une évidence dès le départ ou une décision prise en cours de travail ?
J'ai fait plusieurs types d'adaptations - dans la version proustienne, notamment, la maman ne monte pas quand il y a des invités: le petit narrateur est obligé de transporter le souvenir de son baiser jusqu'en haut des escaliers, c'est encore plus terrible…! Et puis en effet, je n'ai pas voulu terminer avec une mère courroucée, ou un père désapprobateur. Pour moi, l'objet de l'album était l'idée, déjà très profonde, qu'on peut attendre quelque chose de merveilleux tout en redoutant son arrivée, et pour la même raison: parce qu'on aime trop ce qu'on attend. Je n'ai jamais vraiment envisagé de « tout transposer », ce n'était pas un exercice de ce type pour moi.
A-t-il été compliqué de tirer la substantielle moelle de ce texte ? De trouver les mots et sans « copier » ?
Oui, j'ai eu beaucoup beaucoup de versions pour arriver a ces vingt-quatre phrases très courtes. Je suis passée par plusieurs possibilités, y compris un texte plus humoristique, mais en réalité le sérieux de la situation m'a vite convaincue d'aller vers un ton plus minimaliste, presque comme du haïku, avec un jeu de sonorités (rimes internes, rythme) présent mais pas dévorant. Je me le suis beaucoup répété dans ma tête, et je l'ai aussi lu tel quel - juste le texte - à mon petit garçon, l'aîné, qui avait a l'époque deux ans et quelques. J'ai su que j'étais arrivée à quelque chose quand je l'ai vu se figer entièrement pour écouter, le regard dans le vide - il n'y avait pas d'images à l'époque - juste suspendu a l'attente, la même que celle du personnage. Il m'a ensuite demandé plusieurs fois de le lui relire, comme un poème. Les tout-petits sont très sensibles au rythme et c'était vraiment important pour moi d'avoir cette phase de « test » oral, qui montrait que j'allais dans la bonne direction.
Je me suis retrouvée avec un texte évidemment très court et si «minimal » que j'ai eu une hésitation - je me souviens quand je l'ai envoyé a Emmanuelle de chez Sarbacane, je me suis dit « si ça se trouve je me goure complètement, elle va trouver ça super plat »… Sa réaction immédiate, enthousiaste, m'a beaucoup rassurée…
Vous écrivez surtout des romans pour les plus grands et vous lancez dans la rédaction d’une histoire dont le texte ne comporte que quelques phrases très courtes. Avez-vous rencontré des difficultés à l’écrire et si oui, d’un autre ordre que quand vous écrivez un roman ?
J'ai écrit plusieurs albums (aucun aussi court, c'est vrai!) et à chaque fois c'est une grande joie, justement parce que c'est l'art de la coupe et de la taille plutôt que l'art du foisonnement et du détail… Quand on écrit un texte court, on a l'impression de s'approcher d'un art de l'évocation très primal, une manière antédiluvienne de raconter des histoires, quand le seul support était la mémoire, et la seule possibilité de transmission, l’oralité. J'observe en permanence dans les classes l'effet de ces textes sur les enfants et c'est une forme de magie qui n'est pas la même qu'avec un roman, mais ô combien gratifiante aussi…
Camille, avez-vous reçu des instructions de Clémentine ou n’avez-vous reçu que le texte?
Je n'en ai pas discuté avec elle, mais j'ai la sensation que Clémentine a la grande intelligence de respecter le travail et la liberté des illustrateurs. J'avais carte blanche (et heureusement car je ne sais pas travailler autrement !).
Avez-vous communiqué l’une et l’autre pendant que vous dessiniez ? Clémentine a-t-elle vu le travail en cours ?
Camille: Nous n'avons pas du tout communiqué, je ne sais même pas si notre éditrice lui montrait des choses en cours de route… Mais je crois qu'il y avait une forme d'entente tacite, un genre d'alchimie entre elle et moi ; nous savions que ça allait marcher, que son texte et mon dessin allaient s'entendre.
Dans mon article, j’ai noté des références à plusieurs auteurs. Quand vous reproduisez Le bonhomme de neige ou L’hiver de la famille souris, c’est évident. En revanche, j’ai aussi cru voir des références - ou hommages - à Anthony Browne et Elzbieta. Suis-je dans le vrai ? Et Winnie et Peter Pan ?
Ah ! je ne suis que le fruit de mes lectures passées ! Quand je dessine, j'aime être accompagnée, épaulée par un artiste que j'aime. Il me rassure, me dit des petits mots gentils quand je doute… Cette fois-ci, c'était Raymond Briggs. Cela ne veut pas dire pour autant que je vais jusqu'à lui emprunter des techniques de dessin, mais il est là, il veille sur moi. En dessinant Le Baiser du soir, j'écoutais en boucle la bande originale du film The Snowman… Mais avec la Famille Souris de la couverture, qui est mon livre préféré de tous les temps, c'est la seule référence consciente de ce livre. Le reste c'est sans doute la charpente de ma constructions, dont certaines poutres sont laissées apparentes, mais que je ne vois pas moi-même.
Clémentine, que pensez-vous du résultat final ?
Je suis enchantée de cet album dont chaque illustration m'émeut - je n'en reviens pas de ma chance que Camille l'ait illustré. C'est vraiment un cadeau pour moi.
Camille, cela fait quoi d’illustrer un texte d’une autrice très connue? Avez-vous conscience d’être allée très loin dans votre interprétation de son texte et êtes-vous fière du résultat ?
C'est vrai qu'au début je n'en menais pas large ! Mais je me suis concentrée sur le texte, plus que sur son autrice (en me rassurant avec l'idée qu'elle-même ne devait pas en mener bien large de s'attaquer à Proust !). J'ai adoré m'approprier cette histoire. En faire le découpage était un pur bonheur : comment signifier cette attente avec de simples images, quel rythme donner à ce livre pour que l'attente soit presque palpable ? Le va-et-vient entre le visage du petit garçon et ce qu'il voit s'est imposé. Au départ, je voulais même laisser sans texte les images de porte entrebâillée, de papier peint, laisser des silences… Mais cela aurait fait beaucoup de silence pour les pauvres parents qui font la lecture du soir !!
L’enfance et a fortiori la petite enfance tombe sous le coup de l’oubli. Pour un auteur (de texte ou d’images), traiter ce sujet, c’est réveiller ses propres souvenirs, un peu comme une psychanalyse ?
Clémentine: C’est certain que de mon côté, j'ai un souvenir très précis, pointu, de ces attentes ambivalentes - c'est sans doute pour cela que Proust me touche autant, c'est lui qui va réveiller et « valider » ces souvenirs, d'une certaine manière, en leur donnant une portée universelle. Mais aujourd'hui je suis aussi de l'autre côté, jouant le rôle de la maman tant attendue, et cette extrême tension du tout petit enfant qui veut son câlin est étonnamment difficile à recevoir… comment répondre à un tel besoin, si dévorant, si frustrant pour l'enfant, tous les soirs sans exception? On sait, quand on se détache de lui, qu'il va ressentir mélancolie, douleur, solitude. On sait en montant l'escalier qu'il nous attend et regrette en même temps qu'on arrive… Ce n'est donc pas seulement du registre de la psychanalyse, mais aussi de la parentalité…
Camille: Mes souvenirs d'enfance de cette attente étaient non seulement encore très vivaces, mais c'est une émotion qui ne m'a jamais vraiment quittée, même en vieillissant. Le désir a parfois (souvent ?) meilleure saveur que son accomplissement… Tourner autour de ce sujet pendant plusieurs mois était un régal. Cela a également ranimé ma passion pour Proust, que j'avais lu pendant mes études, mais que j'ai décidé de réécouter en livre audio pendant que je dessinais. Il donne un sens à ma sensibilité, je lui dois beaucoup !
Et le choix de l’aquarelle, de la liquidité, de la dissolution des formes et des couleurs, est-ce en rapport avec la mémoire ? Le temps s’écoule dans les deux sens : désirer un baiser qu’on voudrait retarder. Cette ambiguïté se traduit-elle mieux par les images que par les mots ?
Clémentine: En tout cas, là ou les mots passent par de nombreux adverbes - avant, après, longtemps, pourtant, etc. -, les images passent par une combinaison tout à fait différente d'expressions, de regards, de lumières, de couleurs… Il y a une subtilité de l'art visuel que j'admire beaucoup Camille d'avoir su préserver.
Camille: Je choisis toujours la technique qui servira au mieux le livre (parfois j'ai l'impression de ne pas vraiment avoir de style propre, puisque je le mets au service de l'histoire). Mais aussi, je choisis la technique qui me procurera le plus de plaisir, même si je dois recommencer quatre fois mon image ! Je savais que pour ce texte sublime, je voulais beaucoup de douceur, des jeux de lumière, une ambiance feutrée, l'aquarelle me semblait tout indiquée !
Le souvenir le plus présent à ma mémoire, lorsque j'ai lu Le Baiser du soir et que j'y ai travaillé, c'est celui de l'attente d'un baiser, un soir, dans la maison de mes grands-parents. Une attente infinie. Il y avait au mur de la petite chambre un papier peint à motifs cachemire. Je me souviens d'avoir vu les formes se distordre à force de les regarder, et je me souviens d'avoir fixé cette lumière par la porte entrebâillée, avec l'impression qu'en la fixant intensément, je pourrais provoquer une force d'attraction qui ferait venir ma mère…
Bibliographie sélective
Le Baiser du soir, Clémentine Beauvais, ill. Camille Romanetto, Sarbacane, 2025
Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2016
Les petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2015
Les petites reines, Magali Le Huche, Sarbacane, 2023
L'Affaire Petit Prince, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2025 (Pierre Bayard détextive privé)
Enquête sur Peter Pan, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2025 (Pierre Bayard détextive privé)
Ecrire comme une abeille. La littérature jeunesse de la lecture à l’écriture, Clémentine Beauvais, Gallimard Jeunesse, 2023
Mais encore...
L'Hiver de la famille Souris, Kazuo Iwamura, L'Ecole des loisirs, 1986
Le Bonhomme de neige, Raymond Briggs, Grasset Jeunesse, 1998
Toc! Toc! Qui est là?, Sally Grindley, ill. Anthony Browne, L'Ecole des loisirs, 2005















