La réduction à l’état de femme au foyer est la source de toutes les formes d’esclavage
Le sexisme est l’idéologie de base du pouvoir depuis le bond en avant accompli par l’ordre hiérarchique. Il est lié de près à la division de classes et l’exercice du pouvoir. L’autorité de la femme ne se base pas sur le produit de surplus ; au contraire, elle prend sa source dans la fertilité et la productivité et renforce l’existence sociale. Fortement influencée par l’intelligence émotionnelle, elle est liée de près à l’existence communale. Le fait que la femme n’ait pas de position visible dans les guerres de pouvoir basées sur le produit de surplus est dû à sa position dans l’existence sociale.
Il nous faut signaler une caractéristique institutionnalisée au sein des sociétés civilisationnelles, c’est-à-dire la tendance de la société à se prêter aux rapports de forces. Tout comme la réduction à l’état de femme au foyer était nécessaire à la recréation de la femme, la société devait être préparée afin que le pouvoir puisse garantir sa propre existence. La réduction à l’état de femme au foyer est la plus ancienne forme d’esclavage. L’homme fort et son entourage vainquirent la femme-mère et tous les aspects de son culte par des luttes longues et globales. L’institutionnalisation de la réduction au statut de femme au foyer intervint lorsque la société sexiste devint dominante. La discrimination de genre n’est pas une notion limitée aux rapports de forces entre homme et femme ; elle définit les rapports de forces présents à tous les échelons de la société. Elle est indicatrice du pouvoir étatique ayant atteint sa capacité maximum avec la modernité.
Les caractéristiques de la société sexiste et hiérarchique
La discrimination de genre a eu sur la société un effet doublement destructeur. Premièrement, elle a ouvert la société à l’esclavage ; deuxièmement, toutes les autres formes d’esclavage ont été modelées d’après la réduction à l’état de femme au foyer. Celle-ci ne vise pas seulement à recréer l’individu en tant qu’objet sexuel ; elle ne résulte pas d’une caractéristique biologique. Il s’agit d’un processus intrinsèquement social, qui vise l’ensemble de la société. L’esclavage, la soumission, l’assujettissement à des insultes, les sanglots, le mensonge habituel, le manque d’affirmation de soi et l’affichage ostentatoire de sa personne sont tous des aspects reconnus de la réduction à l’état de femme au foyer et doivent être rejetés par la morale de la liberté. Il s’agit, en effet, de la fondation d’une société dégradée, la véritable fondation de l’esclavage. C’est la fondation institutionnelle sur laquelle furent établis tous les types d’esclavage et d’immoralité, des plus anciens aux plus récents. La société civilisationnelle reflète cette fondation dans toutes ses catégories sociales. Pour que le système fonctionne, l’ensemble de la société doit être soumis au statut de femme au foyer. Le pouvoir est synonyme de masculinité. Ainsi, la soumission de la société au statut de femme au foyer est inévitable, car le pouvoir ne reconnaît pas les principes de liberté et d’égalité. S’il les reconnaissait, il ne pourrait exister. Le pouvoir et le sexisme partagent la même essence au sein de la société.
D'autres points importants qu’il nous faut évoquer sont la dépendance et l’oppression de la jeunesse établies par les anciens expérimentés au sein de la société hiérarchique. Alors que l’expérience renforce les anciens, l’âge les rend faibles et impuissants. Ceci pousse les anciens à enrôler les jeunes, ce qu’ils font en gagnant leurs esprits. Cette façon de faire renforce considérablement le patriarcat. Grâce à la force physique de la jeunesse, ils peuvent en effet réaliser tous leurs desseins. Cette dépendance de la jeunesse a été continuellement perpétuée et approfondie. La supériorité de l’expérience et de l’idéologie ne peut être facilement défaite. La jeunesse (et même les enfants) sont soumis aux mêmes stratégies et tactiques, à la même propagande idéologique et politique et aux mêmes systèmes d’oppression que la femme – l’adolescence, comme la féminité, n’est pas une réalité physique, mais une réalité sociale.
La contre-révolution la plus vile
Ceci doit être bien compris. Ce n’est pas par hasard que la première autorité puissante établie fut l’autorité sur la femme. La femme représente le pouvoir de la société organique, naturelle et égalitaire qui n’a pas encore fait l’expérience des relations d’oppression et d’exploitation. Le patriarcat n’aurait pu être victorieux si celle-ci n’avait pas été défaite ; qui plus est, le passage à l’institution étatique n’aurait pu avoir lieu. Briser le pouvoir de la femme-mère revêtait donc une importance stratégique, ce qui explique que le processus se soit révélé si ardu et compliqué.
Sans analyse du processus par lequel la femme fut vaincue socialement, il est impossible de comprendre les caractéristiques fondamentales de la culture sociale à dominante masculine qui s’ensuivit. Il sera même impossible de parvenir à une simple conscience de l’établissement sociétal de la masculinité. Sans comprendre comment la masculinité s’est formée socialement, on ne peut analyser l’institution étatique et, donc, on ne peut définir de manière juste la culture du pouvoir et la guerre liée à l’État. Je mets l’accent sur ce point car il est essentiel que nous mettions à jour les macabres personnalités quasi-divines qui se développèrent en résultat de toutes les divisions de classe survenues par la suite, ainsi que tous les différents types de meurtre et d’exploitation commis par ceux-ci. La soumission sociale de la femme représente la contre-révolution la plus vile qui ait été menée.
L’État-nation représente le pouvoir porté à sa capacité maximum. Il tire principalement sa force du sexisme, qu’il répand et renforce en intégrant les femmes dans la force de travail, ainsi que par le nationalisme et le militarisme. Tout comme le nationalisme, le sexisme est une idéologie génératrice de pouvoir et constructrice de l’État-nation. Le sexisme n’est pas fonction de différences biologiques. Pour le mâle dominant, la femelle est un objet destiné à être utilisé dans la réalisation de ses ambitions. Dans la même lignée, suite à la réduction de la femme au statut de femme au foyer, les hommes devinrent eux aussi des esclaves ; par la suite, les deux formes d’esclavage s’entremêlèrent.
En résumé, les campagnes visant à exclure les femmes et à produire une révérence pour la structure de l’autorité du mâle guerrier et conquérant étaient étroitement liées. L’État en tant qu’institution fut inventé par les hommes et les guerres de pillage représentaient quasiment son seul mode de production. L’influence sociétale de la femme, fondée sur la production, fut remplacée par l’influence sociétale de l’homme, fondée sur la guerre et le pillage. Le lien entre la captivité de la femme et la culture sociétale guerrière est étroit. La guerre ne produit pas, elle capture et pille. Bien que la force puisse être décisive pour le progrès social, sous certaines conditions exceptionnelles (ainsi, la résistance à l’occupation, à l’invasion et au colonialisme permet d’ouvrir la voie vers la libération), elle est, plus souvent qu’à son tour, destructrice et négative.
La culture de la violence intériorisée par la société est nourrie par la guerre. L’épée de la guerre brandie dans la guerre interétatique et la main de l’homme sur la famille sont deux mêmes symboles d’hégémonie. La société de classes toute entière, des couches supérieures aux couches inférieures, est coincée entre l’épée et la main.
La question que je me suis toujours posée est la suivante : comment le pouvoir détenu par la femme a-t-il pu tomber aux mains de l’homme, qui n’est ni très productif, ni très créatif ? La réponse se trouve bien sûr dans le rôle joué par la force. Lorsque l’économie fut, elle aussi, dérobée à la femme, une captivité atroce s’ensuivit de manière inévitable.
-Eylül 2019 Rêber APO
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