"En mettant en relation des graines de semence extraites du livre «les ombres errantes» de Pascal Quignard et des oeuvres multimédias de la plasticienne tunisienne Souad Mani, l’exposition qui porte le même titre que l’ouvrage représente un terreau fertile dans lequel fleurit le dialogue expérimental entre littérature et arts visuels.
Comme dans un jardin, les textes littéraires et les formes visuelles parsemés entre le sol et les murs de la salle d'exposition offrent au spectateur un entrelacement de signes et de mouvements du regard. Les bourgeons imagés et textuels de deux intensités s’y répondent comme des branches, des feuilles et des fruits qui dévoilent une diversité de langages et d'écritures. L'exposition se veut une errance entre la fiction, la science et l’abstraction. Elle donne à voir une pluralité de formes et une variété de thématiques : poétiques, philosophiques et scientifiques qui esquissent une cartographie sans frontières autour des récits sur le temps et l'individu.
Les thèmes du passé, du langage, du désir sexuel ou de la mort qui traversent l'œuvre littéraire de Pascal Quignard se connectent et font « capture » avec les multiplicités de la pensée nomade et en réseau de Souad Mani et son processus de création relationnel. Dans cette exposition, elle propose de voir une sélection de ses projets dont la majorité sont des fragments d'œuvres-lignes engagées dans le temps, réalisée seule ou avec d’autres artistes avec qui elle dialogue. Sa sélection va de la vidéo de la photographie, de la trace de ses expériences dans la nature jusqu’à la datavisualisation. La quête poétique de Souad Mani dans la vidéo « Souvenirs du présent» trouve son ombre dans la série d’images «Immanences», une collaboration en cours avec le photographe algérien Hakim Rezaoui et aussi dans ses actions land art «points d'ancrage». Elle continue avec cette dernière forme par un acte de semence physique, abstrait et métaphorique qui renvoie au rapport à la géographie de son être, à celle de l'univers et aux relations multiples qu’elle a créées à travers le temps via son processus pollinisateur et relationnel.
Du poétique elle oriente son regard vers les transformations écologiques en explorant les propriétés de l’air de Paris lors de son intervention land art «Point d’ancrage » réalisée en Forêt d’Armainvilliers près de Paris en Août 2019, qu’elle traduit par des datavisualisations sous forme de points parsemés selon un ordre soumis à des valeurs purement scientifiques et des mesures des taux de carbone, d’humidité et de température pendant un instant sur un point géographique bien précis. « Impressions embarquées», est une des représentations des «motifs» d’informations qu’elle extrait de la nature en collaboration avec le collectif Apo33.
Ou encore, il s'agit d'une plaine illimitée. Arpenter l'exposition « les ombres errantes » et sa scénographie c’est être dans un milieu où poussent des signes et des mouvements irrigués par les régimes de pensées de l’écrivain et de l’artiste multimédia.
Décentrés, la littérature et les arts visuels franchissent la limite de la discipline, se croisent, renaissent, miroitent et s'augmentent. Visiteurs et lecteurs s’emparent de l'exposition et augmentent ses orientations diverses par présences ou traces. Leurs traces laissées, continueront en dehors du champ de White cube.
Cette exposition nous invite à entrer dans un monde polyphonique, un monde de dialogue également repartit entre des voix multiples. La multiplicité, le dialogue, l’ouverture et l’inachevé de cette « pensée polyphonique », représentent aussi la multitude et la fragmentation du monde réel. "