"La démocratie demande aussi une éthique plus stimulante que la tolérance. La tolérance, c’est bien joli, mais ce n’est que le commencement de la démocratie, non sa destination. De nos jours, la démocratie est plus sérieusement menacée par l’indifférence que par l’intolérance ou la superstition. Nous sommes devenus bien trop experts en bonnes raisons pour nous-mêmes – pire encore, en bonnes raisons pour les "défavorisés". Nous sommes si occupés à défendre nos droits (droits pour l’essentiel conférés par décision judiciaire) que nous accordons peu de réflexion à nos responsabilités. Nous disons rarement ce que nous pensons, par crainte de blesser ou de choquer. Nous sommes résolus à respecter tout le monde, mais nous avons oublié que le respect doit se gagner. Le respect n’est pas synonyme de tolérance ou de prise en compte de "modes de vie ou communautés différents". Il s’agit là d’une approche touristique de la morale. Le respect est ce que nous éprouvons en présence de réussites admirables, de caractères admirablement formés, de dons naturels mis à bon usage. Il implique l’exercice d’un jugement discriminant et non d’une acceptation indiscriminée."
Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, 1995.
















