traité provisoire pour une hydrographie poétique, III, les ruisseaux
le ruisseau est discret ; il se cache et sait se confondre parmi la verte nature ; ainsi on l’oublie le plus souvent et pourtant il est partout présent ; difficile de remonter son cours parmi les haies, les arbres, les sous-bois ; en terre de bocage, il indique toutes les nuances de relief ; il est savant sur la question mais on ne le questionne plus depuis longtemps ; le ruisseau est mystère, il porte parfois des noms de fleurs ; ainsi dans un pays secret coule la rose selon les déclinaisons de pentes et les ouvrages des arbres ; le ruisseau absorbe les surplus des sols gorgés d’eau, cette eau claire qu’il guide à travers champs et collines pour la ramener vers plus grand et plus fort que lui, la rivière, elle toujours superbe, admirée de tous, large et grandiose en ses gorges, en sa plaine ; le ruisseau épargne des excès de l’été, le dessèchement aigu des sols mais en saison sèche, il finit par céder et ouvrir de nombreux passages à guet aux promeneurs curieux ; alors il ne ferme plus les territoires et un temps court de la découverte se déclare ; mais en hiver ce temps se ferme, l’hiver qui pour lui est un printemps, sa renaissance, sa floraison, où à nouveau frémit et ondule ses eaux de surface ; il joue musique parmi les ombres et les éclats formant abris et repères aux oiseaux de passage et de mélodie ; il sait si bien les guider et les convier au chant en leur distribuant à volonté vie et reposoir ; il tisse ainsi un monde de sons, de reflets, et de lumières où s’épanouissent des créatures qui lui sont propres ; formant méandres infimes et multiples, jamais ruisseau ne se presse ; il flâne, il traîne, il contourne, il sommeille parmi les racines, les roches et l’argile distribuant avec régularité les bienfaits de son trésor constant à la la terre ; il sait se confondre avec elle, il est fait d’une même unité, d’un même ordre, ainsi le regard souvent ne les distingue plus ; il ne domine pas, au contraire, il ouvre délicatement les sols à la lumière et prodigue ses soins à la nature dans un secret bien gardé, ils sont fait pour s’entendre ; épousant harmonieusement la prairie en ses courbes gracieuses, épousant ses couleurs de printemps, d’été et d’automne, il épuise toutes ses forces à dessiner un collier aux nuances infinies qu’il finit par offrir au silence ; sachant moduler, harmoniser, chaque jour ses miroitements dont il est expert avec les tons des espaces traversés, ceux de leurs arbres, ceux de leurs fleurs, ceux de leurs roches, il leur offre à chacun, sans en oublier, un reflet qui dédouble les effets, ciselant de ses outils invisibles les arrivées plus ou moins aiguës, plus ou moins fines, de clarté
merveilleux monde des ruisseaux que l’on oublie, dont on ne parle plus, monde mystérieux de l’amont des rivières et des fleuves, invisible, dormant
© Pierre Cressant
(dimanche 3 février 2013)










