ce qui est fascinant dans la loi d’hydronymie des cours d’eau c’est la capacité humaine à penser qu’il puisse y avoir à la confluence disparition de la rivière ; et cela est tout aussi poétique comme phénomène que de croire en la survie de cette même rivière au delà de cette confluence ; comme si une eau pouvait être nommée par le nom d’une autre, comme si une eau pouvait disparaître dans une autre alors qu’en réalité elles se glissent, elles s’ajoutent, elles s’unissent, elles se superposent, elles s’associent ; notre géographie ignore l’universalité des eaux, la nature égalitaire qu’elles possèdent toutes intrinsèquement, en les différenciant par des noms ; une loi qui s’est érigée en science alors qu’elle relevait depuis le départ de la pure poésie, voilà l’erreur en la matière, erreur de nature ; croire que l’Allier coule à Tours n’est ainsi pas plus étrange que de croire qu’après son bec son existence s’effondre ; tout n’est que représentation issue de l’esprit humain et de ses humeurs ; le territoire n’est appréhendé que selon ces humeurs que l’on a érigé en lois, en règles définitives et qu’aujourd’hui on n’ose plus remettre en cause, alors que la poésie n’existe que par métamorphoses ; elles sont devenues des évidences pourtant inexactes ; et c’est ainsi que l’on se prive d’une relecture possible de notre géographie et de nos terres qui pourraient être redécouvertes alors comme un nouveau monde à conquérir