Mélange est le nom commun de ce que nous appelons, avec un nom propre, monde. Pour comprendre cela, il suffit de penser à la naissance, c’est-à-dire au procès qui permet à toute chose d’exister et, donc, d’être au monde, d’être une portion de ce monde. Tout ce qui est au monde est venu au monde. Pour comprendre la structure du monde, il est nécessaire comprendre la physiologie de la naissance. La naissance n’est pas l’accouchement : elle est tout d’abord ce qui précède l’accouchement (dans le cas des animaux, la grossesse). De ce point de vue, la naissance est la forme primordiale du mélange : naître signifie faire l’expérience du mélange ; pour tout embryon, vivre signifie toujours se développer à partir du et dans le corps de l’autre. L’accouchement ne modifie pas cette condition : il change et amplifie le corps de cet « autre » qui continue à nous nourrir, à nous soutenir, à être en nous et hors de nous. Une fois venu au monde, chacun de nous n’a pas cessé de se développer à partir du corps de l’autre. Au corps et au ventre de la mère, nous avons substitué le corps et le ventre du monde. L’accouchement est cette décision de ne plus limiter le mélange à un seul corps, de se mélanger avec la totalité des êtres et des corps, d’être un embryon couvé par le monde dans sa totalité. C’est la même relation qu’entretiennent une semence et la plante qui l’a engendrée. Le mélange ce n’est que le logos spermatikos : toute chose existe dans le monde comme semence et se construit à partir du corps à la fois étranger et maternel du monde.