Il est arrivé quelque Chose
Chronique de La Chose du MéHéHéHé de Sigrid Baffert, illustrations de Jeanne Macaigne, 2019
Dans ce roman jeunesse à l'intrigue très simple, on suit trois attachantes petites pieuvres, Mo, Saï et Vish, qui découvrent flottant à la surface de l'océan une étrange Chose. Pour découvrir l'identité précise de cet objet non identifié, qui semble contenir un être vivant, les trois protagonistes vont successivement s'en remettre à l'assemblée de l'Antre sous-marine et au Grand Bras-Ma (un calmar géant), tout en prenant soin d'éviter les crocs de l'orque Krakenko. Assez rapidement la Chose est tirée au clair, mais une question demeure : comment communiquer avec elle et la faire partir ?
Cette jolie histoire prend, sans trop en dévoiler, des allures de fable écologique (on pouvait s'en douter). Ce que j'ai trouvé de très bon goût de la part de l'autrice, c'est qu'elle ne prend à aucun moment ses jeunes lecteurs pour des idiots en assénant un message moralisateur et sur-explicité. Si les dangers liés à la pollution des océans ne sont pas passés sous silence, cette dernière n'écrase pas de sa fatalité et de sa saleté tout le récit. En effet, le regard porté sur les déchets est nuancé et diversifié, et donne lieu à une déclinaison de situations suivant le modèle du joyeux foutraque, du bric-à-brac : si, dans la soupe de débris dans laquelle ils nagent, certains personnages en gobent, d'autres en font des oeuvres d'art.
Il en va de même pour l'écriture, qui est d'une remarquable richesse compte tenu du public visé (à partir de 9 ans, précise l'éditeur). Registres courant, familier et soutenu se côtoient dans une cohabitation joyeuse et vivante, renforcée par des néologismes et des mots-valises espiègles et inventifs. Un soin particulier a été également apporté au rythme des phrases, souvent incongru et cadencé, qui rappelle sans cesse la bigarrure de l'environnement marin dans lequel évoluent les personnages, non sans un certain humour d'ailleurs, que l'on retrouve jusque dans l'usage malicieux des épithètes homériques.
Un mot enfin sur les superbes illustrations de Jeanne Macaigne, qui sont à l'image du texte qu'elles accompagnent : chatoyantes, pleines de contrastes et empreintes d'une certaine naïveté dans la manière de croquer les personnages.
Ce court roman, parfait pour une lecture du soir avec son enfant, est donc un récit agréable, y compris pour les adultes, et constitue un bon support de rêverie et de réflexion à la fois !









