Ce n’est pas encore l’heure du déballage des cadeaux sous le sapin mais j’avais tout de même envie de partager quelque chose qui me tenait à cœur après avoir participé au secret Santa.
J’ai vraiment aimé cette expérience, sortir de ma zone de confort, faire des recherche pour faire un travail artistique non pas pour soi mais pour quelqu’un d’autre…C’était vraiment très chouette.
Mais ce qui m’a le plus plu, c’est que, en faisant mes recherches et regardant plein de post et de blog différents, j’ai eu l’impression de redécouvrir Kaamelott.
Voir que Kaamelott avait des points de vue aussi multiples que ce soit dans les analyses, les préférences de ship, le préférences de personnages. Je pense notamment au personnage de Alzagar, Père Blaise, Guethenoc, Galessin, etc. Des personnages auxquels je ne prêtait pas beaucoup d’attention et pour lesquelles j’ai découvert que certaine personne leur donnait une grande place dans leur amour de la série.
Voir qu’il y a autant de fan différent(certain dessinent, d’autre écrivent, d’autre ont par leur savoir des lecture très fine de certaine scène, et encore plein d’autre que j’oublie ou que je n’ai pas encore découvert). Je ne sais pas, ça m’a fait quelques choses (peut être juste la période de Noël qui me rend plus émotive je ne sais pas…) enfin bref. Maintenant j’ai envie de revoir une énième fois Kaamelott mais de faire plus attention à tout ces personnages, les arcs qui composent cette série et qui m’ont échappé parce que mes propre préférence ont pris tout la place dans la lecture de l’œuvre.
Merci à tout de vos passions et vos partages et de ce nouveau regard sur une œuvre qui me tient tant à cœur.
(Plus que quelque jour avant la révélation du secret Santa je crois que je ne peux plus tenir. Je me réjouis tellement d’offrir mon cadeau 🎁 )
une semaine en carmélide
encore joyeux noël, @capitanogiorgio !
lundi.
Elle l’entendit avant même de le voir. Non pas qu’il était particulièrement bruyant, au contraire même, mais toutes ces années à la tour à tendre l’oreille pour essayer de prédire le prochain mouvement de ses fantômes, à essayer de déchiffrer les messes basses de ses gardes ou à tenter de se distraire de chaque son de la forêt avaient apparemment fini par affiner son ouïe.
Et puis, elle savait qu’il la rejoindrait.
Délicatement, il posa sur ses épaules un manteau qu’elle devinait être le sien, et qui était le bienvenu. Parce qu’il sentait comme lui, déjà. Elle avait beau l’avoir près d’elle tout le temps, maintenant, elle ne s’en lassait pas, de cette odeur. Et puis, même si les beaux jours arrivaient, il faisait toujours plus qu’un peu frais, aussi, surtout à cette heure.
Arthur vint se poster à côté d’elle, si proche que son bras effleurait le sien, et Guenièvre tourna la tête pour lui offrir un sourire qu’il lui rendit.
Dieu qu’il était beau, son roi.
Ils contemplèrent la Carmélide pendant plusieurs minutes. La lune était haute, comme les remparts, alors la vue de ses terres natales était magnifique. C’était devenu son endroit préféré du château. Pour ce panorama bien sûr, mais surtout, pour le calme, la paix qui l’accompagnaient. Elle était soulagée, tellement soulagée et heureuse de retrouver les bruits de la vie en communauté, les cris de ses parents, les murmures des conversations, le son des portes qui claquent et des repas qui se préparent, mais parfois - parfois, elle avait besoin de s’en éloigner un peu, quand même. Parfois, c’était trop d’un coup, surtout les soirs comme celui-ci, où les invités se faisaient plus nombreux, où le vin coulait à flots et où il influait en quelques minutes sur le niveau sonore.
Alors, elle sortait. Et lui la suivait toujours.
(Avant qu’elle n’en arrive là, il avait toujours des petites attentions, aussi. Sa main sur la sienne, sur son genou quand il sentait qu’elle commençait à se sentir oppressée. Dans le bas de son dos, parfois, pour lui rappeler qu’il était là. Qu’il comprenait. Guenièvre rougissait toujours.
C’était nigaud à son âge, d’avoir encore ces réactions de jeune fille, mais bon. La reine de Logres avait depuis bien longtemps fait la paix avec le fait qu’Arthur Pendragon aurait toujours sur elle un effet loin d’être des moindres, quoi qu’il en soit.)
- Vous feriez quoi si tout était possible, là maintenant?, et Guenièvre sentit son regard la trouver. “Enfin je veux dire, si vous étiez libre de faire ce que vous voulez vraiment, sans les dieux au-dessus de votre tête et tout ce qui va avec, vous feriez quoi?”
Arthur n’hésita pas un instant.
- Je vous prendrai sous le bras, et on se barrerait dans un pays chaud. Loin.
Evidemment, que son coeur rata un battement. Pas qu’un, d’ailleurs.
Il se serra, aussi. A sa voix déjà fatiguée, au ressentiment et à l’envie qui la teintaient.
Aux mots qui suivirent. “Je m’enlèverai toute la merde que j’ai dans la tête aussi, quand même, histoire d’arrêter de vous emmerder avec.”
- Vous m’emmerdez pas, et il ricana, un peu.
Dans ces moments-là, Guenièvre avait envie de le serrer dans ses bras jusqu’à ce que toute sa peine le quitte, et de le protéger férocement de toutes celles qui pourraient la remplacer.
Leurs yeux se rencontrèrent encore, les siens doux. Qu’il était beau, mais qu’il était -
- Et vous?
Guenièvre non plus n’hésita pas une seconde.
- Tout comme vous, et ils se sourirent.
Dans son ventre, les papillons sur lesquels seul le fils Pendragon semblait avoir une emprise se précipitèrent dans tous les sens.
“On aurait une jolie maison, aussi. Un peu loin de tout, même si on pourrait aller à la mer et au village facilement. Avec un jardin, un potager. Un poulailler. Bon après, le potager ça serait une catastrophe, vu que je parierais pas sur votre envie de vous en occuper, et que moi, le seigneur Galessin a eu beau vouloir me montrer, j’ai pas du tout, mais du tout la main - “
- Attendez attendez, stop deux secondes.
Il s’était complètement retourné vers elle, une main d’appui sur la pierre, l’autre sur sa hanche, et un froncement de sourcils aussi bien installé sur son front que lui contre le muret.
Comme toujours, Guenièvre dût réprimer l’envie de les lisser de son pouce. Il était si mignon dans son air mi-perplexe, mi-énervé que c’était encore plus ardu que d’habitude.
Oh, et puis zut.
Elle aussi, se retourna pour lui faire face. Maintint son manteau fermé d’une main, et de l’autre, laissa le bout de ses doigts aller commencer leur noble entreprise.
Arthur, lui, ne remarqua potentiellement même pas le contact, visiblement bien trop outré par elle ne savait quoi pour le noter.
“Déjà, d'où vous rêvez d'un poulailler vous, madame j'ai peur des oiseaux parce qu'ils ont pas de bras,” et Guenièvre rit ,”et ensuite et surtout: comment ça le seigneur Galessin vous a montré? D’où il sort, celui-là?”
Amusée, Guenièvre se mordit la lèvre pour réprimer son sourire, ses yeux fixés sur le mouvement de ses doigts.
- Ça m'a jamais fait peur, les poules. C'est peut-être parce qu'on en avait à la ferme quand j'étais petite allez savoir, mais - je sais pas. Elles, ça va. Je les trouve mignonnes, même.
- Et du coup, vous voulez un poulailler.
- En plus, ça permet d’aller faire une balade pour récupérer les oeufs, et tout. C'est chouette quand même!
- Et le seigneur Galessin?
- Le seigneur Galessin non, ça j'en veux pas, si ça peut vous rassurer, et elle baissa les yeux pour que son regard croise celui de son bougon de mari.
Dans un élan de courage, elle permit à ses doigts d’effleurer sa joue, sa barbe. Laissa même son index et son majeur s’attarder sur son menton grisonnant.
- C’est moi ou vous êtes jaloux?
- Peut-être.
Jamais Guenièvre n’avait été aussi reconnaissante de la couverture de la nuit: ses joues brûlaient tellement qu’elle avait même peur qu’il ne sente leur chaleur d’où il était.
Autant pour se donner une contenance que pour le rassurer, son couillon, elle haussa une épaule.
- C’était du temps où j’étais avec Lancelot dans la forêt. J’avais pas vraiment de contact avec qui que ce soit, à part Angharad quand vous l’avez laissée venir: personne voulait me parler, personne ne m’écoutait, même. Lancelot y compris, assez vite. Le seigneur Galessin, c’était le seul.
Lâchant du regard le mouvement de ses doigts - et les lèvres charnues et distrayantes juste au-dessus - elle fixa de nouveau ses yeux dans les siens. “Attention, je sais bien que c’est un sale traître hein, vous me verrez jamais le défendre. Mais bon, lui, il était gentil avec moi. Je crois qu’il avait pitié, alors il venait discuter de temps en temps, il proposait de m’apprendre des trucs. C’est lui qui m’a montré, pour les pièges à oiseaux. Le potager en revanche, ça a jamais pris, ni avec moi, ni tout court d’ailleurs: le mieux que y’ait jamais eu à bouffer sur ce camp, c’est du rat.”
Arthur grimaça.
- Appétissant.
- N’est-ce pas.
- C’est bon à savoir, pour Galessin. J’ai toujours cru que c’était juste un con en toutes circonstances moi, et pour honnête j’ai pas tellement changé d’avis, mais bon. S’ils se repointent et qu’on le chope comme l’autre trou du cul de jurisconsulte, je prendrai ça en considération.
- Qu’il a voulu me donner les meilleures astuces pour réussir mes plants de salade, vous voulez dire?
- Voilà.
Ils se sourirent encore dans la nuit, et cette fois, le cœur de Guenièvre bondit si fort dans sa poitrine qu’elle était persuadée qu’il voulut en sortir pour aller s’offrir à Arthur.
Ce qui serait logique, en soi. Après tout, il était déjà à lui.
“Bon, on va se coucher?” Elle acquiesça.
Attrapant la main qui était toujours sur son visage, Arthur y déposa un baiser qui fit - ô surprise - rater un autre battement au cœur décidément bien mis à mal de la princesse, et l’enroula autour de son propre bras avant de les mener vers leurs quartiers.
En face de lui, Bohort arborait la mouille mi-gênée, mi-‘j’ai à redire mais j’ose pas de peur de froisser mon roi et de prendre une beigne au passage’ si caractéristique de son chevalier, et Arthur dût réprimer un sourire amusé.
- Non, non, Sire! C’est juste que - voyez-vous, entre le rapatriement de la table ronde et tout ce que cela implique, regardant sa nouvelle demeure notamment, et la fête qui n’est plus que dans quelques jours maintenant, je -
- Oui mais on s’en fout, de ça.
- Sire!
Son beau-père avait raison: celui-là et sa capacité à se vexer comme une grosse dinde pour tout et n'importe quoi, décidément.
Roulant des yeux à s’en déboiter la tête, Arthur soupira.
- Très bien, on s’en fout pas. Mais ce que je vous demande là, c’est plus important.
Le représentant de Gaunes lui jeta un regard qu’objectivement, Arthur savait ne pas voler.
Il n’en avait cela dit rien à foutre.
“Prioritaire, Bohort. Et c’est un ordre,” ajouta-t-il avec des yeux aussi noirs qu’il le pouvait avant que l’homme ne puisse libérer la réplique qui naissait déjà sur ses lèvres.
Le roi de Logres haussa une épaule. “J’aurais bien demandé à Vénec mais il est pas dans le coin, et ça urge. Du coup, à vous de vous démerder, désolé. Allez, bonne journée mon petit Bohort.”
Et, avec une tape dans le dos, Arthur tourna les talons, et remonta dans sa chambre.
Un soubresaut. Une inspiration affolée. Chaque nuit, les signes étaient les mêmes.
Ce n’était pas forcément que la nuit, d’ailleurs. En de rares occasions, il parvenait à dormir jusqu’à ce que la lune ne disparaisse avant d’être violemment réveillé par ses songes le soleil revenu. Parfois, les fois où il n’avait vraiment pas de chance, son amour, c’était les deux, aussi: pendant des heures, plusieurs fois d'affilée.
Le même rêve étrange, en boucle.
Arthur lui avait décrit le bleu, l’immensité, la sensation de profondeur. D’angoisse, aussi, le sentiment inexplicable d’une tragédie en approche. Et puis, il y avait ce bateau qui fendait la surface de l’eau, et là -
A côté d’elle, le souverain de Logres tentait de reprendre son souffle, une main sur son visage fatigué. La lune brillait si fort ce soir que lorsqu’il la retira, elle pouvait distinguer chaque ride, chaque cil. Le trouble derrière ces yeux sombres.
Lorsqu’elle amena sa main à son visage, le bruit discret des draps qui glissèrent vint se joindre à celui de la respiration perturbée de son roi.
Ils ne se touchaient toujours que très peu. Après la tour, elle avait cru que, peut-être…mais il y avait eu la chute de Kaamelott, les mots assassins de Lancelot, et Arthur s’était allongé sous les pierres, fatigué, encore, et en fait, non. Il avait pris le temps de lui expliquer, ses yeux fuyants, chacun de ses pores respirant la culpabilité et la haine de lui-même. Ce n’était pas elle, mais il ne pouvait pas. Il avait envie d’avoir envie, mais sa tête, son corps ne voulaient rien savoir, trop en prise avec ses démons intérieurs.
Elle le lui avait dit, le répèterai tant que ce serait nécessaire: il n’avait pas à s’en faire. Elle ne lui en voulait pas, pas du tout même: Guenièvre voulait juste qu’il aille bien, alors son souhait, au vu de sa situation, c’était surtout qu’il n’y ajoute pas en plus des remords qui n’avaient pas lieu d’être. Et puis, elle l’avait avec elle, quand même. Surtout. Elle qui pensait ne plus jamais le revoir, avait dût refouler ses larmes et la douleur qui lui tordait les entrailles chaque fois qu’elle y pensait, presque quotidiennement, dans sa prison de pierres, elle l’avait, là, tout près d’elle. Sain et sauf, au moins physiquement. Elle l’avait, et, en plus, ce qu’elle avait toujours espéré était par miracle enfin réalité: il la voulait aussi. Lui souriait, la regardait avec une chose dans les yeux qu’elle devinait presque être celle qu’elle avait dans ses yeux et son coeur à elle, quand elle le voyait. Guenièvre n’y connaissait pas grand-chose, mais elle la distinguait, la sentait, la différence. A vrai dire, elle avait eu l’impression que les choses avaient commencé à changer il y a un moment déjà, quand ils étaient partis à la recherche de sa descendance, avant même, peut-être, quand il était venu la chercher dans la forêt, mais jamais elle n’aurait pensé…jamais elle n’aurait espéré autant. Alors si en échange de tout ça, elle devait rester étrangère à toutes les choses de l’amour qu’elle devinait être délicieuses, tant pis.
Elle l’avait, lui.
Alors non, ils ne se touchaient pas, pas comme ça, et même dans l’absolu, pas beaucoup. Mais un peu, tout de même. Quand l’un voulait rassurer, calmer l’autre, donc. Parfois, juste comme ça, aussi. Elle avait toujours du mal à les initier, ces contacts-là, effrayée de dépasser des limites qu’elle ne pensait pourtant pas inamovibles. Lorsque lui le faisait, lorsque ses doigts venaient presque timidement trouver les siens, dans leur lit ou au détour d’un couloir, ou qu’il se rapprochait plus que d’ordinaire dans leur couche, si près qu’elle sentait son souffle sur son visage, le coeur de Guenièvre s’emballait, à chaque fois.
Son pouce continuait à effleurer doucement sa pommette, la joue d’Arthur chaude dans la paume de sa main. Ses yeux s’étaient refermés à son contact, et, doucement mais sûrement, il semblait se calmer.
Lorsqu’après quelques minutes, il tourna la tête vers elle, Guenièvre lui sourit.
Pria pour qu'il ne lise pas son inquiétude.
Elle le voyait, plier peu à peu sous le poids bien trop familier des responsabilités, lui qui était déjà affaibli. Elles les voyaient se creuser, ces cernes qui ne le quittaient pas.
Elle voyait tout, de nouveau. Et elle était terrifiée.
Ils restèrent comme ça un moment. Guenièvre espérait que c’était aussi apaisant pour lui que pour elle.
- Dites, j’ai oublié de vous demander tout à l’heure: c’est moi ou vous vous preniez le chou avec mon père, cet après-midi?
Arthur roula des yeux si fort qu’elle fut surprise de ne pas en entendre le bruit, tout signe de détresse restant étant immédiatement effacé par son expression saoulée qui prenait toujours tellement de place sur ce visage ronchon qu’elle avait toujours envie de couvrir de baisers.
Bingo.
- C’est pas vous, non: il m’a encore bien fait chier, aujourd’hui.
Sous les couvertures, Arthur saisit la main droite toujours libre de Guenièvre avant d’entrelacer leurs doigts, et elle remercia le ciel de l’avoir aidé à réprimer le frisson qui avait menacé tout son corps.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé?
- Comme d’habitude: je lui demande de faire quelque chose, et lui il me prend la tête pendant trois plombes avec des conneries au lieu de le faire. Y’a vraiment rien pour les calmer vos parents, même pas l’âge, et Guenièvre rit.
- C’est pas faux. Qu’est-ce que vous lui avez demandé?
C’était peut-être la fatigue, mais Guenièvre aurait juré voir quelque chose proche de la gêne traverser le visage de son mari.
- Un truc par rapport à la nouvelle table ronde, lâcha-t-il finalement. Vaguement. “Il va le faire en plus hein: mais fallait qu’il fasse bien en sorte de me faire doubler les veines du cou de volume avant, visiblement.”
Elle pouffa, parfaitement capable de visualiser la scène, et les yeux pétillants de satisfaction et de défi de son père.
- Vous étiez dans mon rêve tous les deux, d'ailleurs.
- Ah?
- En train de vous engueuler ça va sans dire.
- Je suis désolé de vous avoir réveillée, lui dit-il sincèrement dans une expression peinée.
Guenièvre secoua la tête, serra ses doigts plus forts entre les siens pour lui faire comprendre qu’il n’avait pas à l’être.
Puis -
- Je pense pas, non, et, comme prévu, elle regarda ses épais sourcils noirs se froncer.
Réprima son sourire amusé autant qu’elle le put.
- Quoi?
- Vu le rêve que je faisais, je pense pas que vous soyez désolée de m’avoir réveillée, non.
- Ah parce que ça vous amuse de nous voir nous engueuler pour de faux pendant la nuit, en plus de pour de vrai toute la journée?
- C’était pas tellement vous les protagonistes principaux, je vous ferai dire. Vous étiez là, mais c’est pas vraiment de vous, dont je rêvais.
- De qui, alors?
Cette fois, Guenièvre ne put le retenir, son rire.
- Du seigneur Galessin.
Son mari, évidemment, fut outré.
- Non mais vous vous foutez de moi!
- Mais c’est à cause de vous là aussi, à en faire des caisses la dernière fois!
- Bah tiens. Et vous faisiez quoi dans cette petite sauterie imaginaire, si c’est pas indiscret? Vous partiez découvrir le monde à la recherche du meilleur potager main dans la main?
- A peu de choses près, oui.
Sa tête de cornichon jaloux décolla de l’oreiller.
- De quoi?!
Elle devinait que ses rires ne devaient pas aider du tout, mais elle n’arrivait pas à s’arrêter.
Qu’est-ce qu’il était bête, alors. Bête, et adorable.
- Criez pas comme ça, vous allez réveiller tout le château.
- Ah bah y’a pas de quoi, non, c'est sûr.
- Je sais pas si on partait chercher quelque chose, en fait, se demanda-t-elle à haute voix, pensive. “Mais on partait, en tout cas. On était dans un grand champs, y’avait tout le monde, et il me prenait dans ses bras, un peu comme vous l’avez fait le jour de notre mariage -”
- A l’aise. Et il m’avait piqué ma couronne de fleurs aussi, ou juste ma femme?
Guenièvre fit glisser ses doigts le long de sa mâchoire, sur son cou avant de les laisser remonter de nouveau à sa joue pour se faire pardonner.
- Il vous avait pas piqué votre couronne de fleurs, non. Votre femme non plus, d’ailleurs: vous vous battiez avec mon père parce que justement vous vouliez me récupérer, mais lui voulait pas -
- Ça m'aurait étonné.
- …du coup il essayait de vous taper dessus avec un bâton, mais Vénec lui est tombé dessus avec une casserole, alors il a pas pu -
- Pour une fois qu’il me sert, celui-là.
- …et à la fin, je sais plus trop comment, mais je finissais par vous rejoindre. En collant un coup de pied dans les parties du seigneur Galessin il me semble, si ça peut vous faire plaisir. Ma mère était furax.
- Bah ils font la paire, vos parents.
- Non pas par rapport à vous, par rapport à l'autre. Elle a toujours eu un petit faible pour, alors que je commence à lui taper dessus, forcément…
Un ange passa.
Arthur la regardait avec des yeux de merlan frit.
- Vous pouvez me la refaire, celle-là?
- Toujours, je vous dis. Alors elle le trouve con, hein, elle a pas plus de respect pour lui que pour un autre, mais bon. Elle le trouvait séduisant. Ya pas qu'elle, d'ailleurs: on est toutes -
- Ah non mais vous allez pas recommencer, si?
- Mais quoi! rit-elle. “J'ai jamais dit que j'étais attirée par lui, moi, c'est vous qui faites votre gros ours mal léché. Tout ce que j'ai dit, c'est qu'il était gentil avec moi, et que oui bon, effectivement, objectivement il était vraiment très -”
- Très beau au point d'en rêver la nuit, on aura compris oui. Arthur souffla, dramatique. “On peut parler d'autre chose que de ce trou du cul maintenant là ou bien?”
Profitant du fait que les yeux de son mari soient restés cloués au plafond après avoir roulé dans leurs orbites une énième fois, Guenièvre laissa un baiser timide sur sa joue.
“Vous savez très bien que y’en a qu'un de brun qui m'intéresse, moi. Et il est petit avec une épée qui fait chier.”
Dans une manœuvre exceptionnelle, son roi réussit à la fusiller du regard tout en lui accordant un sourire amusé.
Il n’avait vraiment pas à s’en faire: n'était décidément pas Arthur Pendragon qui voulait.
Arthur n’était pas sûr de qui était le plus surpris.
Lui, qui se tenait là comme un con, la gueule enfarinée et le cerveau toujours pas réveillé après leur nuit perturbée. Sa femme, qui était venue s’écraser dans son dos, ne s’attendant pas à sa halte soudaine.
Ou Perceval, qui se tenait devant eux, les yeux comme deux soucoupes et le poing levé pour, visiblement, frapper à la porte de leur chambre.
- Mais qu’est-ce que vous foutez là, vous?
Le visage du chevalier s’illumina.
- Bonjour, Sire! Ma reine, ajouta-t-il en inclinant la tête.
- Bonjour, seigneur Perceval. Qu’est-ce qui vous amène à cette heure?
Bien sûr, son ton à elle était on ne peut plus avenant, alors qu’elle serrait parallèlement silencieusement le bras d’Arthur pour l’intimer à plus de politesse malgré l’heure.
- J’suis désolé de vous déranger si tôt, mais c’est que je voulais vous inviter à nous rejoindre, en fait.
- Vous rejoindre pour?
- Pour mon anniversaire. On va faire une partie cet après-midi, alors je me suis dit ‘Tiens, j’inviterais bien le roi, ça me ferait plaisir qu’il vienne.’ Et vous aussi ma Reine, évidemment! Surtout vu comment vous avez été balèze au robobrole. Alors voilà, je vous demande.
Sa tirade fut accueillie par un silence complet.
Circonspect.
Arthur se retourna vers sa femme afin de s’assurer que ça ne soit pas lui qui soit en train de déconner. Vu sa tête, non.
- De quoi?
- Bah vous savez, la partie de robobrole de la dernière fois. Juste avant que vous retiriez -
- Non mais ça je l’ai, merci -
- Je pense que ce que voulait dire mon mari, coupa gentiment sa princesse, une main tout aussi demandante qu’apaisante dans son dos, “c’est qu’on ne savait pas que c’était votre anniversaire.”
- C’est parce qu’avant, j’le disais jamais. Parce que quand j’le disais, les gens oubliaient, ça me faisait pleurer, du coup ça m’a saoulé j’ai arrêté. Mais bon, là c’est le premier depuis que vous êtes revenu, et depuis qu’on est sortis des souterrains, alors je me suis dit qu’il fallait marquer le point!
- Le coup.
- Et donc pour ça, vous voulez faire une partie de…
Le chevalier adressa à Guenièvre un regard où joie et excitation venaient rencontrer confusion.
- Bah en fait, je sais pas comment ça s’appelle.
- Ah bah parfait, ça commence bien, et cela valut à Arthur un pincement dans les côtes pour lequel elle récolta un regard noir.
- Non mais je me souviens comment on joue, vous inquiètez pas. C’est juste que j’ai oublié le nom.
- Ça à la limite, c’est pas très grave, concéda la reine en faisant les gros yeux à son roi.
Perceval, lui, eut évidemment droit à son plus beau sourire.
Veinard.
“Comment on y joue, alors, à ce jeu?”
- C’est simple: normalement, y’a deux équipes de onze joueurs chacune. Mais si y’en a moins c’est pas grave, il faut juste changer la règle du corner, et puis l’entrée se fait pas par la même entrée du terrain, c’est perpendiculaire à gauche par rapport à l’arbre le plus proche s’il est plus de midi -
Le mal de crâne allait donc bien être au rendez-vous, aujourd’hui.
Au top.
- Et donc, le but du jeu?
- Mettre la balle dans le but!
Son chevalier avait un sourire à s’en décoller les zygomatiques. “Ça tombe bien en plus, vous qui vouliez une balle la dernière fois, au robobrole,” et Arthur grogna. “Y’a deux buts, et faut mettre la balle dans celui de votre équipe. Et devant chaque but, y’a un gardien ou une gardienne pour rattraper la balle, et celui qui a le plus de buts a gagné. La règle la plus importante, c’est -”
- Non mais on verra tout à l’heure les règles.
- Oui, ce sera plus simple d’apprendre en faisant, ajouta Guenièvre avec diplomatie.
Arthur ricana.
- ‘Plus simple’...
Cette fois, elle lui écrasa le pied.
Perceval, lui, souriait toujours comme un con.
- Trop la classe! Je viendrai vous chercher cet après-midi, alors.
- Faites-donc ça, oui, et, rayonnant, le gallois repartit dans le couloir.
Avant qu’il n’atteigne les escaliers, cependant, Arthur l’interpella une dernière fois. “Hey, Perceval?”
Elle qui avait grandi dans une ferme, avec pour mère une Picte par-dessus le marché, n’y avait jamais vraiment eu accès, mais en avait pourtant toujours rêvé, nourrie par le souvenir chéri et enchanté des quelques élégantes dames qu’elle avait croisées. Alors forcément, quand elle avait été couronnée reine, son bonheur avait été complet. Les couleurs! Les bijoux, tous plus beaux les uns que les autres! Les coiffures élaborées, ses boucles plus belles que jamais! Elle adorait cela, qu’on la prépare le matin.
Et puis…et puis, peu à peu, ça lui était passé. Elle ne savait plus quand exactement, mais elle se souvenait que ça avait été assez rapide. Même une fois Kaamelott terminée, elle ne sortait pas tellement, en fait, et n’avait donc pas vraiment de raison de s’apprêter. Elle ne s’était pas fait d’amies à qui elle pourrait parler de jolis tissus et de tant d'autres choses comme elle le pensait. Son mari ne la regardait pas. L’excitation et les joies de cette nouvelle vie qu’elle avait tant attendue n’était finalement jamais arrivées, et la morosité de sa réalité, elle, se fit de nouveau sentir. Bientôt, elle ne soucia plus de son apparence que pour les visites officielles, et seulement pour éviter les remarques bien senties de sa mère.
Quand Lancelot l’avait capturée, Guenièvre avait haï chacune des robes et parures luxueuses qu’il lui avait imposées. Oh, elles étaient belles, pourtant, magnifiques: la jeune adolescente qu’elle avait été aurait eu des étoiles dans les yeux à leur simple vue. Mais l’adulte qu’elle était devenue les détestait, ni plus ni moins. De tout son être. Elle détestait ces tons riches et pleins de couleurs qui contrastaient avec les murs ternes qui la tenaient prisonnière; elle détestait ces corsets qui la privaient du peu d’air auquel elle avait accès, et qui la faisaient souffrir quand elle s’asseyait alors qu’elle ne pouvait faire que ça, s’asseoir. Elle méprisait les matières soyeuses sur lesquelles son bourreau se permettait de faire courir ses doigts, elle méprisait ses compliments. Elle le méprisait, lui.
Elle avait voulu retrouver sa tenue de marche blanche et simple que son père avait comparé à celle d’une marchande de chevaux lorsqu’elle était partie avec Arthur. Elle avait désiré plus que tout pouvoir sortir et marcher, d’ailleurs. Des kilomètres entiers, sans s’arrêter. Elle avait rêvé d’entendre de nouveau la voix de son père qui se foutait d’elle. Elle avait prié revoir Arthur.
D’un mouvement de tête, Guenièvre chassa les larmes qui lui montaient, et se força à se reprendre, se souriant dans le miroir pour accélérer le processus.
Elle le voyait tous les jours maintenant, son amour. Elle les entendait se chamailler toutes les deux heures, ses parents. Elle était libre.
Et ce soir, avec ses amis, sa famille et son peuple, elle célèbrerait le retour du printemps, et les trois mois de leur liberté retrouvée.
Ce soir, elle s’était pomponnée, s’était laissée aller à la futilité de soigner sa tenue et de peaufiner sa coiffe de cette façon que Démétra lui avait montré un jour, parce que ce soir, pour la première fois depuis très longtemps, elle en avait eu envie. Pour elle.
Ça allait être une nuit formidable, elle le savait. Elle l’avait décidé, même.
C’était la moindre des choses, d’ailleurs: après tout, ils fêtaient aussi l’anniversaire du seigneur Perceval.
Laissant un gloussement excité lui échapper, Guenièvre bondit de son assise, et se hâta d’aller trouver son mari.
Ce n’était pas histoire de faire des phrases: lorsqu’il s’était retourné et qu’il l’avait vue arriver, Arthur s’était étouffé comme un con avec le morceau de jambon qu’il avait dans le bec, et n’avait pu reprendre une respiration normale qu’au bout de quelques humiliantes minutes.
Le soleil couchant colorait le ciel de Carmélide d’un orange et d’un rouge profonds sur lesquels venaient se dessiner les fumées des porcs qui cuisaient à la broche, menée d’une main de maître par Karadoc. Le tavernier zigzaguait entre les tables installées sur le domaine qui retrouvait sa verdure, des pichets en équilibre sur les plateaux. Bohort s’était bien évidemment démerdé pour trouver des fleurs (“On fête tout de même le retour du printemps, Sire!”), et en avait foutu partout. Un feu de joie avait été dressé et s’enflammait déjà un peu plus loin, n’attendant plus que ses festoyants qui arrivaient par groupes entiers, leurs visages tous fendus du même sourire heureux.
Le printemps revenait, oui. Et cette fois, ils étaient tous libres d’en profiter.
Et puis, il s’était retourné, et paf! Sa femme, absolument magnifique dans une robe lilas aux brodures discrètes sur laquelle ses boucles brunes descendaient en cascade.
Il avait failli y rester. Littéralement, donc.
Lorsque leurs regards s’étaient croisés, ça avait été comme une flèche dans le cœur. Pas de nature romantique, la saloperie - enfin, pas que. Ça lui avait surtout fait mal, fort, d’un coup, de se dire qu’il ne pouvait toujours pas, ne pourrait jamais lui offrir ce qu’elle méritait, à cette femme qu’il avait toujours l’honneur de pouvoir appeler la sienne, cette femme si belle, pleine de vie et d’espoir malgré toutes les conneries que le destin lui avait servi. Il ne lui avait pas menti, l’autre soir: s’il pouvait, il se dégagerait toute la merde qu’il avait dans la tête et il l’aimerait, l’honorerait comme elle en avait envie. Comme il en avait envie, lui aussi, si seulement -
- Oh, comme vous êtes beau!
Courant à moitié, Guenièvre s’était précipitée vers lui, se viandant presque sur la fin et l’obligeant à la rattraper, ses deux mains sur ses hanches fines.
Non pas qu’il s’en plaignait.
- Moi je sais pas, mais alors vous. Vous êtes sublime.
On aurait dit qu’elle avait été touchée par la foudre, sa princesse.
Dans un coin de sa tête, Arthur se nota de lui offrir plus de ces compliments qu’elle appelait pourtant tant, histoire qu’elle s’y habitue enfin.
Et puis, ses joues s’empourprèrent et doucement, tout doucement, un sourire naquit sur son visage, apportant au passage avec lui une bouffée de chaleur à Arthur qui lui fit croire pendant quelques secondes que le soleil avait changé d’avis, et revenait se joindre à eux.
Depuis, elle n’avait fait que ça, sourire. Danser, rire aux éclats, papillonner d’une conversation à une autre. Elle avait toujours été douée pour ça, parler aux gens.
Contrairement aux trois quarts (et plus) des participants, elle n’avait rien bu, comme lui, et pourtant, malgré les premiers rayons du soleil qu’on apercevait à l’est, elle ne montrait pas le moindre signe de fatigue.
Heureuse. Il osait à peine le penser, l’espérer, mais c’était pourtant vrai: elle avait l’air heureuse.
Et putain que ça lui allait bien.
Calé contre son arbre, Arthur sourit alors que sa reine s’esclaffait de joie en faisant tourner cette andouille de Gauvain.
Elle avait l’air heureuse, oui. Et lui, même s’il savait que ça ne durerait pas, se sentait, au moins en cet instant, heureux rien que de la regarder.
A l’extérieur, l’air était vivifiant, et empli uniquement du chant des oiseaux.
Non pas qu’il était particulièrement tôt. En revanche, la deuxième soirée de fête, elle, avait été particulièrement réussie, et avait même vu le soleil se lever, soleil qui, malgré la hauteur qu’il avait maintenant atteint dans le ciel, trouvait donc le peuple de Carmélie toujours profondément endormi.
Profondément endormi ou, dans le cas de certains (le seigneur Calogrenant), en souffrance, la tête dans un seau.
Toujours était-il que Guenièvre avait aujourd’hui tout le luxe de se balader tranquillement avec son mari d’humeur étrangement aventurière, avec pour seuls compagnons quelques oiseaux qui ne la dérangeaient pas le moins du monde, puisque constituant l’excuse parfaite pour aller se coller un peu plus contre son roi. Aujourd’hui, pour quelques heures au moins, ils étaient seuls au monde.
Ou du moins, c’est ce qu’elle pensait.
Elle écoutait, hilare, Arthur lui décrire les mouvements de danse endiablés de son père la veille lorsqu’elle le nota.
De l’autre côté du mur, là, vers les plants de fraise, si elle ne se trompait pas. On aurait presque dit -
Le bruit reprit, cette fois reconnaissable entre mille. Guenièvre s'arrêta net, tournant vers Arthur des yeux surpris qui furent encore plus surpris de le trouver lui, impassible. Amusé, même.
- Vous avez entendu?
- Ouais, c’est bizarre, dit-il, n’ayant pas l’air de trouver ça bizarre du tout.
Au contraire. “On ferait mieux d’aller jeter un coup d'œil, non?” et, sans attendre son approbation, Arthur leur fit parcourir les quelques pas restants le long du rempart sud, puis tourner l’angle en évitant le passage boueux du sentier.
Et c’est là qu’elle les vit, un peu plus loin.
Elle - n’en croyait pas ses yeux.
Ce n’est que quand la voix d’Arthur s’éleva derrière elle que Guenièvre réalisa que, sans vraiment s’en apercevoir, elle avait traversé seule les derniers mètres pour venir s’agripper, hébétée, à ce grillage qu’elle découvrait.
- C’est Bohort, commença-t-il alors que devant elle, les petites poules se pavanaient dans leur enclos. Ici, l’une dormait - là-bas, l’autre se battait avec un bout d’herbe qu’elle n’arrivait pas à arracher du sol.
“Enfin, c’est votre père aussi, techniquement, pour tout ce qui est structure,” précisa-t-il. Elle pouvait entendre ses yeux rouler rien qu’à sa voix. “C’était ça, la dispute de l’autre jour, d’ailleurs: il m’aura filé un mal de crâne du diable, mais bon, il se sera pas foutu de vous.”
Il était à son niveau, maintenant, et Guenièvre tourna la tête pour trouver un petit sourire sur son visage. “Mais les poules, c’est Bohort. Y’en a d’autres qui arrivent, hein. J’ai demandé au duc d’Aquitaine aussi, je sais qu’il en a des plus - enfin avec des plumes de compétition, jolies et tout, mais elles ont pas pu arriver à temps, elles devraient -”
- Vous m’avez fait un poulailler?
Il rit.
- Je sais pas si c’est aussi romantique que vous avez l’air de le laisser entendre. Et puis techniquement, je l’ai fait faire, mais…bon. Je sais bien que ça vous rapproche pas beaucoup plus de votre vie de rêves, mais on pourra venir chercher les œufs, comme ça.
Guenièvre avait très conscience de le dévisager, la bouche probablement ouverte en prime. Avait également conscience que c’était loin d’être poli, encore moins distingué.
“Enfin, si ça vous tente hein. On est pas obligés, c’était juste -”
Elle lui sauta au cou, et le serra, fort. Très fort.
- Vous m’avez fait un poulailler.
Arthur aussi, resserra ses bras autour d’elle.
Elle aurait pu en pleurer, tellement elle était bien. Heureuse.
Son petit breton attentionné tout contre elle.
- Ça vaut plus de points qu’un potager, non?, et elle rit. Quelques larmes s’étaient bien échappées, et elle avait certainement l’air un peu idiote, à s’émouvoir comme ça pour des volailles, mais Guenièvre s’en fichait.
Et puis, de toute façon, il n’y avait qu’eux.
Eux, et les poules.
Lorsqu’elle s’éloigna, juste un peu, juste assez pour se retrouver (littéralement) nez à nez avec ce mari qu’elle aimait tant, si proches qu’elle pouvait différencier les dégradés de brun dans ses yeux, elle eut envie de l’embrasser.
Ce n’était pas la première fois, bien sûr. Loin de là. Pourtant, aujourd’hui, c’était un pincement un peu plus fort de savoir qu’elle n’aurait jamais le courage de le faire.
Alors qu’elle était sur le point de le relâcher complètement, Guenièvre eut tout juste le temps de se dire que cette chose qu’elle lisait dans ses yeux avait décidément l’air très similaire à celle qu’elle ressentait pour lui depuis maintenant plus de vingt-cinq ans qu’Arthur posait déjà ses lèvres sur les siennes.
Son cœur, cette fois, s’arrêta.
Avec lui, semblait-il, le temps aussi.
Lorsque Guenièvre reprit conscience de la réalité autour d’eux, son front reposait contre le sien. Quelques secondes, encore. Et puis, ils se regardèrent. Il lui sourit, un peu, et son cœur s’arrêta une seconde fois.
"Bon allez, venez: on va aller les voir de plus près, vos poules."
An Archive of Our Own, a project of the Organization for Transformative Works
J'étais le secret santa de @we-fucked-up-evolution et j'ai pris plaisir à me replonger dans l'écriture de fanfic pour l'occasion.
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Quand Arthur apprend que Karadoc, la Dame du Lac et leur équipe ont des ennuis à Trois-Fontaines, il ne perd pas une minute pour se préparer à partir. Mais Guenièvre est bien décidée à ne pas le laisser partir seul.
OU
Comment Guenièvre a convaincue Arthur de la laisser l'accompagner sur le bateau dans KV2.1
J'étais le secret santa de @jellyfitzjelly ! Voici mon cadeau ❤️
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Il faisait froid. Atrocement froid. Les couloirs du château du roi Loth, en plus d'être mal éclairés, laissaient s'immiscer le froid pour glacer les rares voyageurs qui s'y aventuraient.
Gauvain était maintenu par deux gardes, qui bien sûr ne parlaient pas la langue. Les mains retenues par une chaîne, les pieds qui traînaient au sol pour ralentir leur progression. Il connaissait l'arrivée : les geôles.
Gauvain savait parfaitement pourquoi il y était renvoyé. Il avait osé défier son père et rester aux côtés d'Arthur. Avec Yvain, avec les autres chevaliers. Combattre l'ennemi, et suivre le serment qu'ils avaient juré à leur roi.
Aujourd'hui encore, Gauvain ne regrettait pas son choix. Ce qu'il regrettait, c'était que son père ne prenne pas sa défense. Pas plus que sa mère, qui l'avait regardé avec dégoût.
"Quelques mois au cachot vous rendront peut-être la mémoire sur où sont vos compagnons", avait dit son père.
Après deux mois de pain sec- quand il en avait -, ils pensaient l'avoir affaibli. Mais Gauvain ne trahissait pas. Pas pour son père, qui mangeait son morceau de viande en le questionnant, sans jamais relever les yeux vers lui. Pas pour éviter les coups des gardes saxons lorsqu'il se battait pour récupérer de l'eau.
Son père avait essayé de faire assassiner Yvain la dernière fois qu'ils avaient été ensemble. Ils avaient fui, mais Gauvain s'était jeté sur un garde, provoquant assez de chaos pour laisser le temps à son ami de déguerpir, sans pour autant lui faire savoir qu'il était en danger.
Aujourd'hui encore, les gardes le lâchèrent sans ménagement pour le laisser tomber sur le sol dur de la prison.
Cette fois pourtant, une main attrapa ce qui lui servait de manteau pour le retenir.
"Eh oh mollo quand même c'est le fils du Roi Loth !"
La voix se voulait nonchalante, mais Gauvain y perçu plus que cela. De la colère? De l'inquiétude ?
Il connaissait cette voix. Galessin.
Celui-ci jeta un oeil vers les deux gardes et leur tendit un papier.
"Ordres du roi. Je l'emmène avec moi dans une autre geôle. Il doit être mis a l'écart. Je me charge du transport et de la récupération d'informations."
Ils avaient lâché Gauvain avec peu de réticence, et Galessin ne s'était pas fait prier pour l'emmener sans ménagement.
Une fois sortis, il l'avait installé dans une carriole, sous une couverture sale. Gauvain avait commencé à protester, jusqu'à entendre sa voix.
"Je vous expliquerai plus tard. En attendant, fermez la."
La route avait été longue, chaotique. Ils roulaient trop vite, Gauvain sentait tous les heurts de la route le secouer. C'était aussi trop lent, chaque à-coup lui donnait envie de rouler sur un autre de ses côtés.
Une fois arrivés, Galessin le fait descendre. Gauvain s'attend à des menaces, a un regard qui lui annonce des coups et des brimades. Au contraire, il lui retire ses chaînes, et ose à peine le regarder.
"Vous barrez pas, ok ? Je vais vous donner à boire. "
Il avait hésité, bien sûr, et puis son corps avait réclamé une trêve. Il avait suivi Galessin à l'intérieur. Celui-ci lui dépose sur une petite table un gobelet fumant.
"Tenez. Ça va vous réchauffer."
Gauvain attrape le gobelet. Ça réchauffe ses mains, même son nez qu'il pensait gelé. Une odeur douce. Il prend une gorgée, grimace, puis penche la tête.
"C'est pas mauvais. C'est quoi ?"
Galessin s'assied face à lui.
"Une connaissance m'a fait découvrir ça il y a plusieurs années. Ça s'appelle du thé. Il faut infuser des feuilles dans de l'eau chaude"
"Mais pourquoi vous m'avez pas appris ça a ?! Ça aurait été tellement bien d'avoir quelque chose d'aussi agréable quand on était seuls avec Yvain quand on.."
Il s'arrête. Galessin s'adoucit.
"Parce que vous seriez morts empoisonnés. Aucun de vous deux ne sait reconnaître une feuille de menthe d'une feuille de datura."
Le silence n'eut pas le temps de s'installer.
"Vous en faites pas pour Yvain, son père aurait tué quiconque posait la main sur lui."
"Vous dites ça, mais sa sœur, la reine Guenièvre, elle est enfermée dans des ruines, mon père se vante encore d'avoir participé à sa capture. "
"Pour elle on pouvait pas faire grand chose, Lancelot a une sorte de fanatisme malsain pour elle. "
Gauvain hoche la tête, puis regarde la porte.
"Du coup mon père vous fait faire mon exil ici ?"
"Il n'est pas encore au courant."
Gauvain se retourne vers lui, surpris.
Je ne voulais pas qu'ils vous fassent de mal. Ni les gardes, ni les autres prisonniers."
Il soupire.
"Je me ferai comprendre de votre père. Il cèdera. Vous n'aurez rien à craindre ici."
Sa main se tend pour effleurer la joue de Gauvain.
"Seigneur Galessin, je..."
"Oh ne vous en faites pas, je sais, vous préférez la compagnie d'Yvain, je voulais juste..."
Bien sûr que non! C'est juste... Je manque d'expérience dans ces domaines, seigneur Galessin ! Aucune femme ne m'attirait et je pensais que votre femme..."
"Je n'ai pas de femme. Il n'y a que vous, et même ça je n'y ai pas droit "
"Ne dites pas n'importe quoi !"
Gauvain se redresse d'un bond et commence à se battre avec ses habits.
"Moi aussi je vous ai toujours apprécié seigneur Galessin ! Je demandais des conseils à Yvain, il a un ami comme moi qui... Qui ne sait pas comment s'y prendre ! Et puis il ne me jugeait pas, je sais comment on traite les gens qui..."
La bouche de Galessin s'écrase sur les siennes. Lui coupant le souffle. Le premier contact est d'une violence pure pour l'esprit de Gauvain. Il se fige, tétanisé.
"Pardon, je .. je me suis emporté. Gardez vos habits, je n'ai pas encore allumé le feu, on n'est pas pressé. ...on réessaie ?"
Gauvain inspire, regarde autour de lui, puis hoche doucement la tête.
Cette fois Galessin s'approche et lui saisit les joues, puis approche ses lèvres, l'embrasse, puis encore et encore, jusqu'à ce qu'il sente Gauvain entrouvrir les lèvres.
"Seigneur Galessin. .."
Gauvain avait passé plusieurs mois, deux ans, dans cette cabane. D'abord avec Galessin, puis seul. Galessin lui racontait ce qui se passait, l'avancée de Lancelot dans sa folie.
Jusqu'au soir de trop. Celui où Galessin s'était saoulé et avait laissé sa langue se délier.
Les enfants tués, la chasse aux chevaliers, des rumeurs de résistants invisibles.
“Vous voudriez me suivre, Galessin ? Ensemble contre l'oppression !”
“Arrêtez de rêver Gauvain. Vous les reverrez jamais. Si Lancelot tombe sur eux, ils seront exécutés. Tout ce que vous avez à faire, c'est de faire le lâche. Comme votre père. Comme moi. C'est la meilleure façon d'être sauf en ces temps sombres.”
Gauvain n'avait pas répondu. Il s'était allongé près de Galessin, entre ses bras. Il voulait une dernière fois faire semblant, profiter d'un peu de chaleur avant de partir.
Il était parti en pleine nuit, lorsque la lune était haute, pour ne pas partir en pleine nuit.
Il avait voyagé longtemps, suivant les rumeurs qu'il entendait.
Jusqu'à retrouver un visage familier.
“Seigneur Bohort ?!”
Le premier visage familier depuis longtemps. Lorsque Bohort perdit connaissance, au lieu de se précipiter, Gauvain éclata d'un rire sonore et libérateur.
Faire semblant, c'était pour les lâches. Il n'en était pas un. Il se battrait pour la justice.
Et peut-être que Galessin le rejoindrait un jour. Il espérait de tout cœur.
coucou le fandom kaamelott, j'espère que tout le monde passe ou a passé de bonnes fêtes et a reçu plein de super cadeaux, notamment ceux du secret santa!
voici le mien, pour @hardcorebardcore: la traversée, fic sur la voyage d'Arthur, Guenièvre et Venec en direction de Trois Fontaines, à lire sur ao3 ici!
Coucou et joyeux Noël ! Ici ton Secret Santa Kaamelott~
Désolée de ne pas avoir été présente ces derniers jours, le travail juste avant les fêtes est chargé.
Pour répondre à ta question : j'aime bien Noël, même si mes parents ce n'est pas forcément meur truc. Je l'avoue mon plaisir coupable ce sont les téléfilms de Noël même si je connais les procédés par coeur. Il arrive que je tombe sur certains qui sont vraiment bien, qui sortent des sentiers battus. Notamment un avec Andy Garcia qui m'avait ému.
A quelques heures de recevoir ton cadeau et de dévoiler mon identité, sache que j'ai passé un très bon mois à papoter avec toi, apprendre à te connaître. J'espère que ton cadeau te plaira et que tu passes de bonnes fêtes ❤️
Coucou mon secret santa, j'espère que tu as passé un joyeux Noël!
Mille mercis pour ton cadeau, j'ai adoré la fic et ton écriture qui rentre dans la tête de mon duo de doudous préférés, c'était un vrai bonbon! J'ai pas encore eu le temps d'écouter la playlist mais je le ferai aujourd'hui, je suis de retour dans mes pénates depuis hier soir.
C'est marrant, la fic que j'ai écrite pour le ssk part de la même scène que tu as écrite, et suit un bout du voyage en bateau de Guenièvre, Arthur et Venec. Si jamais tu veux la lire elle est ici!
Il me tarde de découvrir ton identité pour te remercier encore une fois!
Le secret santa que j'ai eu est tout simplement fou, c'est un des AU les meilleurs construits je ne le finis pas encore mais ça inclue tellement de thematiques et de peties modifications et l'histoire et incroyable c'est vraiment un livre arthurien qui raconte l'espoie et la perte fu roysume de Logres. Mille fois merci 🥰❤️⚔️