J'étais le secret santa de @jellyfitzjelly ! Voici mon cadeau ❤️
Il faisait froid. Atrocement froid. Les couloirs du château du roi Loth, en plus d'être mal éclairés, laissaient s'immiscer le froid pour glacer les rares voyageurs qui s'y aventuraient.
Gauvain était maintenu par deux gardes, qui bien sûr ne parlaient pas la langue. Les mains retenues par une chaîne, les pieds qui traînaient au sol pour ralentir leur progression. Il connaissait l'arrivée : les geôles.
Gauvain savait parfaitement pourquoi il y était renvoyé. Il avait osé défier son père et rester aux côtés d'Arthur. Avec Yvain, avec les autres chevaliers. Combattre l'ennemi, et suivre le serment qu'ils avaient juré à leur roi.
Aujourd'hui encore, Gauvain ne regrettait pas son choix. Ce qu'il regrettait, c'était que son père ne prenne pas sa défense. Pas plus que sa mère, qui l'avait regardé avec dégoût.
"Quelques mois au cachot vous rendront peut-être la mémoire sur où sont vos compagnons", avait dit son père.
Après deux mois de pain sec- quand il en avait -, ils pensaient l'avoir affaibli. Mais Gauvain ne trahissait pas. Pas pour son père, qui mangeait son morceau de viande en le questionnant, sans jamais relever les yeux vers lui. Pas pour éviter les coups des gardes saxons lorsqu'il se battait pour récupérer de l'eau.
Son père avait essayé de faire assassiner Yvain la dernière fois qu'ils avaient été ensemble. Ils avaient fui, mais Gauvain s'était jeté sur un garde, provoquant assez de chaos pour laisser le temps à son ami de déguerpir, sans pour autant lui faire savoir qu'il était en danger.
Aujourd'hui encore, les gardes le lâchèrent sans ménagement pour le laisser tomber sur le sol dur de la prison.
Cette fois pourtant, une main attrapa ce qui lui servait de manteau pour le retenir.
"Eh oh mollo quand même c'est le fils du Roi Loth !"
La voix se voulait nonchalante, mais Gauvain y perçu plus que cela. De la colère? De l'inquiétude ?
Il connaissait cette voix. Galessin.
Celui-ci jeta un oeil vers les deux gardes et leur tendit un papier.
"Ordres du roi. Je l'emmène avec moi dans une autre geôle. Il doit être mis a l'écart. Je me charge du transport et de la récupération d'informations."
Ils avaient lâché Gauvain avec peu de réticence, et Galessin ne s'était pas fait prier pour l'emmener sans ménagement.
Une fois sortis, il l'avait installé dans une carriole, sous une couverture sale. Gauvain avait commencé à protester, jusqu'à entendre sa voix.
"Je vous expliquerai plus tard. En attendant, fermez la."
La route avait été longue, chaotique. Ils roulaient trop vite, Gauvain sentait tous les heurts de la route le secouer. C'était aussi trop lent, chaque à-coup lui donnait envie de rouler sur un autre de ses côtés.
Une fois arrivés, Galessin le fait descendre. Gauvain s'attend à des menaces, a un regard qui lui annonce des coups et des brimades. Au contraire, il lui retire ses chaînes, et ose à peine le regarder.
"Vous barrez pas, ok ? Je vais vous donner à boire. "
Il avait hésité, bien sûr, et puis son corps avait réclamé une trêve. Il avait suivi Galessin à l'intérieur. Celui-ci lui dépose sur une petite table un gobelet fumant.
"Tenez. Ça va vous réchauffer."
Gauvain attrape le gobelet. Ça réchauffe ses mains, même son nez qu'il pensait gelé. Une odeur douce. Il prend une gorgée, grimace, puis penche la tête.
"C'est pas mauvais. C'est quoi ?"
Galessin s'assied face à lui.
"Une connaissance m'a fait découvrir ça il y a plusieurs années. Ça s'appelle du thé. Il faut infuser des feuilles dans de l'eau chaude"
"Mais pourquoi vous m'avez pas appris ça a ?! Ça aurait été tellement bien d'avoir quelque chose d'aussi agréable quand on était seuls avec Yvain quand on.."
Il s'arrête. Galessin s'adoucit.
"Parce que vous seriez morts empoisonnés. Aucun de vous deux ne sait reconnaître une feuille de menthe d'une feuille de datura."
Le silence n'eut pas le temps de s'installer.
"Vous en faites pas pour Yvain, son père aurait tué quiconque posait la main sur lui."
"Vous dites ça, mais sa sœur, la reine Guenièvre, elle est enfermée dans des ruines, mon père se vante encore d'avoir participé à sa capture. "
"Pour elle on pouvait pas faire grand chose, Lancelot a une sorte de fanatisme malsain pour elle. "
Gauvain hoche la tête, puis regarde la porte.
"Du coup mon père vous fait faire mon exil ici ?"
"Il n'est pas encore au courant."
Gauvain se retourne vers lui, surpris.
Je ne voulais pas qu'ils vous fassent de mal. Ni les gardes, ni les autres prisonniers."
"Je me ferai comprendre de votre père. Il cèdera. Vous n'aurez rien à craindre ici."
Sa main se tend pour effleurer la joue de Gauvain.
"Seigneur Galessin, je..."
"Oh ne vous en faites pas, je sais, vous préférez la compagnie d'Yvain, je voulais juste..."
Bien sûr que non! C'est juste... Je manque d'expérience dans ces domaines, seigneur Galessin ! Aucune femme ne m'attirait et je pensais que votre femme..."
"Je n'ai pas de femme. Il n'y a que vous, et même ça je n'y ai pas droit "
"Ne dites pas n'importe quoi !"
Gauvain se redresse d'un bond et commence à se battre avec ses habits.
"Moi aussi je vous ai toujours apprécié seigneur Galessin ! Je demandais des conseils à Yvain, il a un ami comme moi qui... Qui ne sait pas comment s'y prendre ! Et puis il ne me jugeait pas, je sais comment on traite les gens qui..."
La bouche de Galessin s'écrase sur les siennes. Lui coupant le souffle. Le premier contact est d'une violence pure pour l'esprit de Gauvain. Il se fige, tétanisé.
"Pardon, je .. je me suis emporté. Gardez vos habits, je n'ai pas encore allumé le feu, on n'est pas pressé. ...on réessaie ?"
Gauvain inspire, regarde autour de lui, puis hoche doucement la tête.
Cette fois Galessin s'approche et lui saisit les joues, puis approche ses lèvres, l'embrasse, puis encore et encore, jusqu'à ce qu'il sente Gauvain entrouvrir les lèvres.
Gauvain avait passé plusieurs mois, deux ans, dans cette cabane. D'abord avec Galessin, puis seul. Galessin lui racontait ce qui se passait, l'avancée de Lancelot dans sa folie.
Jusqu'au soir de trop. Celui où Galessin s'était saoulé et avait laissé sa langue se délier.
Les enfants tués, la chasse aux chevaliers, des rumeurs de résistants invisibles.
“Vous voudriez me suivre, Galessin ? Ensemble contre l'oppression !”
“Arrêtez de rêver Gauvain. Vous les reverrez jamais. Si Lancelot tombe sur eux, ils seront exécutés. Tout ce que vous avez à faire, c'est de faire le lâche. Comme votre père. Comme moi. C'est la meilleure façon d'être sauf en ces temps sombres.”
Gauvain n'avait pas répondu. Il s'était allongé près de Galessin, entre ses bras. Il voulait une dernière fois faire semblant, profiter d'un peu de chaleur avant de partir.
Il était parti en pleine nuit, lorsque la lune était haute, pour ne pas partir en pleine nuit.
Il avait voyagé longtemps, suivant les rumeurs qu'il entendait.
Jusqu'à retrouver un visage familier.
Le premier visage familier depuis longtemps. Lorsque Bohort perdit connaissance, au lieu de se précipiter, Gauvain éclata d'un rire sonore et libérateur.
Faire semblant, c'était pour les lâches. Il n'en était pas un. Il se battrait pour la justice.
Et peut-être que Galessin le rejoindrait un jour. Il espérait de tout cœur.