Depuis la remise du rapport Spinetta en février dernier et la confirmation du gouvernement de reprendre à son compte l’essentiel de ses préconisations, la colère gronde à la SNCF (voir AL n°282 avril 2018). Une majorité de cheminotes et cheminots ont participé aux grèves et actions de ces dernières semaines mais le rapport de force engagé n’est pas suffisant pour faire plier le gouvernement.
Une grève « innovante » ?
Alors qu’une large majorité de salarié-e-s se sont mobilisés à plusieurs reprises, notamment le 22 mars dernier, puis les 3 et 4 avril, la grève qui se poursuit à la SNCF s’installe dans des modalités nettement insuffisantes pour envisager de gagner !
Pourtant malgré le matraquage médiatique subit, les signes de soutien des usagers du ferroviaire sont nombreux, les salarié-e-s de nombreux secteurs professionnels misent sur la confiance que pourrait redonner aux travailleurs le conflit des cheminot-e-s !
Depuis le 3 avril la plupart des assemblées générales de grévistes ont fait le choix de suivre les modalités décidées par les fédérations CGT, UNSA et CFDT de faire grève deux jours sur cinq.
Cela s’explique notamment par tout un travail de préparation de ce mouvement très frileux sur le thème de la « grève qui ne doit pas couter cher aux grévistes » mais aussi par un discours inaudible des fédérations SUD-Rail et FO qui auraient pu être davantage offensives pour défendre d’autres modalités !
Par ailleurs, les grévistes soumis à déclaration préalable (une des nombreuses restriction au droit de grève que la SNCF impose désormais à plus d’un-e cheminot-e- sur trois de se déclarer gréviste 48h à l’avance) doivent faire leur choix à l’avance sur le préavis de grève qu’ils comptent suivre, ce qui dépossède un peu plus les AG de leur capacité à décider de leur mouvement !
Quelle stratégie pour gagner ?
Toutes les fédérations syndicales ont appelé à « durcir le mouvement » alors que Macron et Pepy font quotidiennement dans la surenchère : suppression pure et simple du régime spécial de retraite en 2019, filialisation de l’activité Fret et de la gestion des gares, dénonciation de tous les accords locaux favorables aux salariés, dérogation à l’accord sur le temps de travail partout où c’est possible d’ici cet été, casse des déroulements de carrière qui devaient prendre en compte l’ancienneté…
Mais plutôt que de « durcir la grève » en annonçant une grève reconductible, la CGT cheminots a menacé de poursuivre la grève deux jours sur cinq au-delà du mois de juin !
Pourtant de nombreuses équipes syndicales, y compris à la CGT, sont conscientes que cette stratégie ne permettra pas de gagner.
Car elle ne permet pas un rapport de force suffisant et a un impact limité sur l’économie, car c’est une grève épuisante pour toutes les équipes syndicales qui doivent remobiliser les grévistes chaque semaine sans bénéficier de la dynamique ni des AG quotidiennes d’une grève reconductible.
Surtout, cette modalité de grève dépossède totalement les grévistes de leur mouvement. Qui mieux que les grévistes eux-mêmes peuvent décider des revendications à porter et de la reconduction de la grève ?
Confier les clés de la mobilisation aux seules fédérations syndicales alors que la plupart d’entre elles ne cherchent qu’une petite avancée de la part du gouvernement pour avoir une sortie honorable du conflit serait inacceptable.
Un recul important dans l’auto-organisation
Dès lors la seule solution est de renforcer la présence dans des assemblées générales dynamiques où chaque gréviste peut s’exprimer et faire des propositions. Des AG où peuvent également intervenir des délégués d’autres secteurs mobilisés pour créer des convergences réelles sur des territoires.
Ce renforcement de la participation des grévistes est essentiel car c’est ce qui permettra à la grève de tenir et de déborder car pour l’instant dans de nombreuses assemblées générales trop peu d’initiatives sont prises et les grévistes se contentent de suivre les modalités définies par les fédérations CGT, UNSA et CFDT.
Encore une fois, les grévistes qui ont fait le choix de s’inscrire dans le préavis de deux jours sur cinq, ne voient que peu d’intérêt à participer à des AG où tout est déjà décidé à leur place…
C’est donc une situation inédite à laquelle nous sommes confrontés, où les assemblées générales de grévistes ne cherchent pas à s’émanciper des mots d’ordre ni des modes d’actions des fédérations syndicales et nous ne pouvons nous résigner à un tel recul de l’auto-organisation des salarié-e-s.
Relancer la mobilisation pour gagner
« Durcir le mouvement » et « faire converger les luttes », si ce sont des mots d’ordre justes, doivent correspondre à des réalités.
La grève interprofessionnelle du 19 avril a permis de mobiliser des salarié-e-s de nombreux secteurs mais quelles perspectives de luttes au-delà de cette journée d’action dans l’énergie, à la RATP, dans la fonction publique hospitalière ou la finance publique ?
Quelles actions communes à développer avec les étudiant-e-s mobilisés et les équipes syndicales de nombreux secteurs qui cherchent l’étincelle pour faire exploser la colère sociale qui couve ?
Multiplions les initiatives pour déborder des cadres qui nous sont imposés et redonner la confiance aux travailleurs de reprendre leurs affaires en main !
Préparons un mouvement national dans les EIC le 25 mai
Dans plusieurs EIC des grèves ont été organisées comme dans le Languedoc-Roussillon, en Lorraine, à Paris-Est etc. Les agents revendiquent de meilleures conditions de travail, s’opposent à des réorganisations, et veulent des embauches conséquentes ainsi qu’une meilleure rémunération. Les salaires n’ont pas augmenté depuis 8 ans à la SNCF tandis que ces derniers mois les prix augmentent fortement. Les conditions de travail se dégradent ces dernières années en raison du sous-effectif. Les directions d’établissement aggravent la situation en ne respectant pas la réglementation pour maintenir la même charge de travail avec des effectifs insuffisants. Ce sont les agents qui en payent le prix. Voilà pourquoi les nouveaux et nouvelles embauché.es sont si peu à rester.
Ces mouvements de grève locaux mettent en avant des problèmes qui sont communs, et donnent du crédit à l’action collective dans les postes d’aiguillage. Par exemple à Bordeaux en début d’année la grève a perturbé le plan de transport en supprimant la majorité des TGV Bordeaux-Paris. Des collectifs de travail qui n’avaient pas l’habitude de faire de fortes mobilisations locales ont réussi des journées de grève majoritaires. C’est une étape pour regagner confiance dans l’action collective, et pour réussir plus tard des mouvements dépassant le niveau local ou catégoriel, alors que dans le rail les dernières grèves nationales inter-services ou interprofessionnels ont été très faibles.
La direction souhaite la fin des luttes nationales dans le secteur ferroviaire afin de gérer et d’isoler chaque conflit localement. Le rapport de force ne s’obtiendra pas seulement en coordonnant les luttes déjà ancrées dans certains établissements. Nous avons besoin d’élargir le mouvement au niveau national. L’unité syndicale et du temps pour le préparer sont nécessaires pour qu’avec nos équipes syndicales nous construisions ce mouvement national là aussi où les agents ne se sont pas encore organisé.es pour faire grève.
Une victoire dans le secteur de l'infra circulation sera une étape pour un mouvement général dans le ferroviaire entraînant tou.te.s les travailleurs et travailleuses du rail pour une convention collective de haut niveau. Le renforcement de nos luttes et de nos organisations est indispensable pour la révolution sociale et libertaire que nous voulons.
Les Fédérations syndicales de lutte ont raté le train
Fin 2021, un accord sur les Rémunérations des cheminot·es dans la branche ferroviaire a été signé par les Fédérations syndicales CFDT, SUD et UNSA. Dans le groupe SNCF, un accord d'entreprise sur la rémunération des agents contractuel·les a été signé par CFDT et UNSA début 2022.
Ces accords vont définir les salaires minimums pour tous les cheminot·es
Les ancien·nes cheminot·es de carrière au statut gardent pour l'instant leur déroulement avec les notations. Seul le nom des qualifications changent : les lettres sont remplacées par des chiffres.
Dans les premiers mois, certain.es cheminot·es contractuel·les gagneront mais la fin du statut avec son déroulement de carrière et un contrôle des cheminot·es sur les notations font qu'à l'avenir, les futur·es cheminot·es risquent de voir leurs salaires augmenter moins.
Il y a 2 ans, les syndicats de lutte CGT et SUD dénonçaient l'accord Classification/Rémunération de la branche ferroviaire. La majorité syndicale (aux élections) a ainsi empêché cet accord. Le gouvernement l'avait imposé par décret en août dernier 2021.Puis le patronat (l'UTP, composé à 90% de la SNCF) accepte de ré-ouvrir des négociations.
En novembre 2021, les cheminot.es et leurs syndicats se sont mobilisé.es sur les négociations salariales dans le groupe SNCF mais ne sont pas emparé.es de la négociation sur la grille de branche. Ca aurait été pourtant l'occasion de se battre pour obtenir les mêmes droits pour tous et toutes : cheminot·es à Statut, contractuel·les, cheminot·es des autres entreprises ferroviaires et des filiales actuelles ou futures avec les transferts de TER.
Ni la CGT, ni SUD n'ont proposé de mettre cette négociation sous le contrôle des cheminot.es de la branche ferroviaire. Il n'y aura même pas eu une seule journée de grève pour les salaires de tou·te·s les futur·es cheminot·es !
Cette nouvelle grille salariale n'a pas été obtenue par la lutte et donc l'accord signé n'est pas vraiment meilleur que celui dénoncé il y a 2 ans. Si on veut éviter le dumping social dans la branche, les travailleurs et travailleuses du rail doivent se battre pour des revendications communes et unifiantes et leurs fédérations doivent proposer la mobilisation dans l'unité syndicale.
2021-12-03 17:54:50 Source
SUD-Rail avec les cheminots était là ce vendredi 3 décembre pour interpeller le PDG de la SNCF Mr FARANDOU venu à Rennes.
Mr FARANDOU dans l’émission de BOURDIN sur RMC avaient déclaré que les cheminots gagnaient 3200 € en moyenne, or dans un séminaire de directeurs en septembre dernier il a reconnu le contraire et que « cela pose problème ».
Les salaires à la SNCF…
Les fédérations CGT et SUD appellent à la grève le mercredi 17 novembre à l'occasion d'une réunion convoquée par la direction pour les Négociations annuelles obligatoires (NAO). Un rassemblement national devant le siège, à Saint-Denis, est aussi prévu. Mais c'est bien par la grève, si les trains ne roulent pas et que les ateliers, brigades, bureaux et gares sont vides que la direction et le gouvernement cèderont à nos revendications.
Tout augmente, sauf les salaires ! Difficile de trouver un·e collègue en désaccord avec ça. Farandou peut toujours affirmer que le salaire moyen d'un cheminot est de 3200 €, ca n'y change rien. Tout comme les 100 balles de prime de Macron. Il est temps que le patronat passe à la caisse et répartisse mieux la richesse que nous produisons. La direction n'hésite d'ailleurs pas à lâcher des primes ces dernières semaines pour calmer certains conflits, comme sur l'axe Atlantique par exemple. Preuve que de l'argent, ils peuvent en trouver et en lâcher face à la grève. Alors à l'heure où s'ouvrent les NAO, c'est le moment de s'organiser pour construire un mouvement de grève capable de faire plier la direction.
L’intérêt des cheminot·es, c'est l'unité de terrain !
Une nouvelle fois les fédérations syndicales sont divisées : Toutes appellent à des rassemblements, mais la CGT n'a pas voulu le faire avec l'UNSA, SUD-Rail et la CFDT. Seules les fédérations CGT et SUD-Rail appellent à la grève mais sans appel commun. Des divisions que les collègues ne comprennent pas car on sait tou·tes que l'unité d'action est un préalable indispensable face à une direction de combat. Et cette unité d'action, elle doit se faire autour de la grève et avec des revendications communes en s'appuyant sur le travail des équipes à la base, pas sur des calculs entre fédérations. Des DCI et des préavis unitaires sont déjà mis en place dans certains établissements, c'est en partant de là qu'on pourra reconstruire l'unité.
Construire la grève pour gagner
Ces derniers mois, les fédérations syndicales SUD comme CGT ont multiplié les rassemblements nationaux. Si ces initiatives permettent d'assurer une certaine visibilité médiatique tout en maintenant les liens entre les équipes militantes, elles ne permettent pas de s'organiser plus largement, en dehors des militant·es. La journée du 17 peut-être l'occasion d'échanger entre nous, à l'heure où les conflits locaux se multiplient mais que leur coordination s'avère difficile. Ce dont nous avons besoin, plus que d'une montée à Paris, c'est de nous retrouver localement pour échanger et construire la grève, au-delà des services et des statuts.
La journée du 17 novembre aura bénéficié d'un délai de préparation trop court, d'une unité syndicale imparfaite et de modalités d'actions qui ne permettent pas la construction d'une journée de grève vraiment réussie c’est-à-dire construisant une perspective de lutte nationale prolongée. Mais cette journée doit néanmoins nous servir d'appui dans la construction du rapport de force face à la direction, car l'augmentation des salaires est une revendication vitale et légitime et que la colère est bien présente. Toutes et tous en grève le 17 novembre !
Ce mardi 2 novembre, grève majoritaire dans les postes d’aiguillages de Pantin, Noisy-le-sec et Ourcq : les trois quart des agents, exécution et maîtrise, ont fait grève, pour exiger de meilleures rémunération et conditions de travail. Le mouvement a été construit avec le soutien du syndicat SUD-Rail.
Les Déclarations individuelles d’intention de faire grève ont été déposées au dernier moment, dans le cadre d’un préavis couvrant l’ensemble de l'établissement ; ce qui a permis aux agents des postes de la Gare de l'Est de faire grève, eux et elles aussi. La grève a été préparée à travers le travail de terrain, les discussions, les tournées, des échanges Whatsapp… Les grévistes ont pris leurs affaires en main ! L’Assemblée générale a décidé d’une autre journée de grève.
Une intersyndicale réunissant FO, CGT, FSU, Solidaires, appelle à une journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles le 5 octobre, avec en tête des revendications : la hausse des salaires, l’abandon de la réforme des retraites et de l’assurance chômage. Si une journée isolée peut paraître bien en deçà des enjeux de la situation, il n'empêche que la réussir pourrait nous servir d'appui pour la suite. Et les dernières attaques contre les cheminot.es doivent nous pousser à nous en saisir !
Entre la remise en cause des facilités de circulation, l'accélération du démantèlement avec l'arrivée de la concurrence comme en Paca, ou le retour de la réforme des retraites à travers la suppression des régimes spéciaux souhaitée par Macron avant la fin de son quinquennat... Ce ne sont pas les raisons qui manque aux cheminot.e.s de serrer les poings.
Alors bien évidemment, personne n'est dupe sur le fait qu'une journée de grève interpro isolée ne nous fera pas gagner. Sauf qu'en l'absence de secteurs à l'offensive dès cette rentrée (comme ce fut le cas en 2019 à la RATP...) réussir cette date de rentrée est un préalable un peu inévitable avant de passer la seconde et de mettre éventuellement en discussion la grève reconductible. Alors donnons-nous les moyens de faire du 5 octobre une journée qui redonne confiance et serve d'appui pour la suite. Affichage, tournée, heures d'infos syndicales, c'est dès maintenant qu'il faut mobiliser nos outils syndicaux pour préparer cette mobilisation. L'occasion aussi de discuter de nos revendications avec les collègues, de réunir les équipes... et de faire avancer l'unité nécessaire à la construction d'un vrai rapport de force !
Les travailleurs et travailleuses, du rail comme des autres secteurs, ont tout intérêt à reprendre la rue, au risque de se laisser enfermer dans le cirque électoral de 2022. Le 5 octobre, toutes et tous en grève et en assemblées !
Lundi 21 juin, la quasi-totalité des agents du PRS de Nantes (poste d'aiguillage) était en grève. Pris au dépourvu, les cadres ont dû tenir les postes pendant 24h et ont supprimé une centaine de train de crainte d'être en difficulté ! Une belle action qui mérite de servir d'exemple.
A l'origine de la grève, un collègue sanctionné pour une erreur au boulot lors d'un incident de circulation. Comme si on n’avait pas assez la pression dans ces situations de stress ! Ça été la goutte qui fait déborder le vase, car comme un peu partout il y a bien des raisons d'être en colère. Des conditions de travail qui se dégradent, des rémunérations qui n'augmentent pas, des RH qui font n'importe quoi et une absence de perspectives dans l'entreprise... La sanction tombée, il a donc été décidée d'exprimer la solidarité avec le collègue et le ras le bol général par une grève "surprise" de 24h. Le mot est passé discrètement de collègues à collègues et les DII (Déclarations Individuelles d'Intention de grève) envoyée au dernier moment, 48h tout juste à l'avance c'est à dire dans la nuit du vendredi. Une manière de surprendre la direction pour ne pas lui laisser le temps de rendre la grève moins impactantee. Résultat une journée réussie, avec la quasi-totalité des agent.es en grève. Les cadres qui ont remplacé les agents ont tout de même bénéficier d'un plan de transport allégé pour ne pas les mettre en difficulté, la preuve que le boulot n'est pas si simple !
Cette mobilisation aura eu l'intérêt de démontrer notre capacité à faire blocs et à pousser la direction à recevoir une délégation du poste pour discuter des revendications locales. En somme, une belle grève coup de poing, auto-organisée par les agent.e.s, qui donne confiance aux grévistes.
Face à l'ampleur des attaques, locales comme nationales, c'est la convergence de toutes ces colères que nous devons rechercher pour construire le rapport de force !