Chronique des marais télécoms
Dans les couloirs capitonnés d’Orange France Siège, on n’entendait plus que le clapotis feutré des ambitions bien nourries. Jusqu’au 3 février, date à laquelle le marais a frissonné : putsch au CSE stratégique. Un de ces coups de théâtre qui font tomber les plumes des plus beaux coqs.
Au centre de la mare : Sébastien Crozier, président tout-puissant de la CFE-CGC d’Orange, longtemps convaincu que le pluralisme est une maladie infantile qu’on soigne par la purge. Las ! Huit élus maison ont soudain trouvé la liberté… chez le voisin, offrant à la CFDT une majorité renversante. Bureau, secrétaire, présidences de commissions : tout y est passé. Le bastion historique a cédé. Et avec lui, le mythe de l’invincibilité.
Dans les seconds rôles, Xavier Podevin, secrétaire haut en couleur, dont l’humour « à l’ancienne » ferait rougir un calendrier des années 50. À force de confondre répartie et dérapage, le comique finit parfois en tragédie.
Puis Michel Carlier, silhouette controversée, dont le passé militant charrie encore quelques questions sur l’usage des moyens collectifs — questions restées sans réponses mais jamais sans rumeurs, dans un univers où le bruit court plus vite que la fibre.
Au sommet de la pyramide, Thierry Chatelier, Secrétaire général et fidèle exécuteur, champion olympique de la neutralité… alignée. Une impartialité
si parfaite qu’elle épouse toujours la ligne du chef, au point que certains confondent loyauté et complicité.
Ajoutons Patrice Seurin, DSC à la prose redoutable — surtout pour la grammaire — et aux missives parfois menaçantes. Le tout, dit-on dans les couloirs, confortablement rémunéré à des niveaux qui feraient passer un cadre sup’ pour un stagiaire (selon les canards, évidemment).
Morale de l’histoire ? Quand les purges ne suffisent plus, ce sont les urnes internes qui parlent. Et dans le marais, même les canards finissent par voter.