𝗧͟𝗔͟𝗡͟𝗛͟𝗜͟𝗘͟𝗟͟ 𝗕͟𝗥͟𝗜͟𝗫 ;
Tanhiel est tout l'opposé de son jumeau - Nathaniel, que tout le monde appelle Nath dû à leurs prénoms qui se ressemblent. Adoptés ensemble très tôt, placés dès leur première année par des parents biologiques qui n'avaient pas la stabilité nécessaire pour s'occuper de deux enfants, ils grandissent dans une famille aimante qui ne cesse de leur répéter qu'ils comptent dans ce monde, et qu'ils seront soutenus et aimés quoi qu'il arrive. Là où Nath brille par son exubérance, son côté extraverti, sa joie de vivre et son aisance sociale, Tanhiel, lui, préfère le calme, les livres, le dessin, tout pour pouvoir préserver son intimité et le calme autour de sa personne. Malgré ces grosses différences, les deux frères sont fusionnels et inséparables, quoi qu'il arrive, ça sera toujours eux contre le reste du monde. De par sa phobie sociale et scolaire, le jeune homme a choisi l'enseignement à domicile, trop sensible au monde extérieur, il a toujours préféré battre en retrait, existant dans l'ombre d'un jumeau qui racontait toujours des histoires trépidantes lors des repas, qui racontait ce qui s'était passé à l'école, en classe. Mais Tanhiel, l'écoutait toujours d'une oreille attentive, souriant même à chacune des anecdotes qu'il pouvait raconter - parce que même si ils ne partageaient pas ça au quotidien, il était heureux pour son frère, de voir qu'au moins un des deux arrivait à prendre son indépendance et à s'épanouir.
Mais ça le pèse.
De pas partager la vie de son jumeau.
C'est en grandissant, après avoir validé sa licence que le garçon décide de se laisser bercer par les histoires fascinantes de Nath, qui lui raconte chaque week-end ce qu'il a pu faire à l'université, avec des étoiles dans les yeux. C'est peut-être ça qui motive Tanhiel, qui lui aussi, aimerait avoir des étoiles dans les yeux. Inspiré par l'énergie contagieuse de son frère, il prend donc une décision importante ; celle de faire sa rentrée en première année de master, mais en présentiel, à l'université, pour enfin vivre comme un jeune homme de son âge, et voir autre chose que les quatre murs de sa chambre. Mais surtout, il voulait partager cette expérience avec Nath, vivre la vie étudiante, il était envieux de la vie de son frère - qui lui manquait énormément à ce stade. Il voulait continuer de tisser et entretenir cette complicité unique qui les unissait.
Mais il n'aura jamais cette occasion.
Tanhiel se souviendra toujours de ce jour là. Ils étaient en route pour rejoindre l'université, le trajet étant bercé par leurs rires, par l'enthousiasme de Nath qui ne cessait de lui répéter à quel point il allait aimer les cours, la vie étudiante, les soirées, ce qui faisait tout de même grimacer le garçon qui ne se voyait pas pour autant mettre les pieds dans une fête bondée. Mais il essayait d'y croire, de suivre les délires de son frère, hochant la tête à la moindre de ses idées, alors qu'un sourire à la fois sincère et stressé étirait ses lèvres. Tout bascule. Parce que les deux frères sont tellement absorbés dans leur discussion, qu'ils ne se rendent pas compte que leur attention est dérivée de la route, et qu'ils ne voient pas tout de suite - du moins trop tard - la voiture qui roule à contre sens et qui leur fonce droit dessus. Tanhiel n'a même pas le temps de crier pour avertir Nath, que la voiture d'en face les percute, causant un accident tragique, brutal, qui arrachera Nath à ce monde, laissant Tanhiel grièvement blessé. Il survit, difficilement, mais portera à jamais les cicatrices de cet accident.
Un traumatisme crânien, qui causera un trouble rare, tellement rare que les médecins ne savent même pas expliquer comment cela est possible, ni même si un jour, il s'en remettra. Ce trouble impactera sa mémoire à court terme, qui sera altérée, et chaque matin, Tanhiel se réveillera sans souvenir de la veille. Tout ce dont il se souvient, ce sont les années avant l'accident, y compris son frère, leurs années de complicité, les moments partagés en famille, les rires, mais surtout l'accident. Cette scène qui passe en boucle et en boucle, et le garçon, en proie à cette journée qui se répète toutes les nuits, est presque condamné à revivre ce moment. Encore et encore. Malgré tout, suivi par le corps médical, il s'est fait une raison le garçon, en croisant le regard de sa psychologue qui ne sait plus quoi faire pour l'aider, pour le sortir de son anxiété générale qui le bouffe. Tout comme il comprend bien que les explications données par les médecins, à chaque rendez-vous, sont surtout vides et que leurs regards transmettent surtout leur inaptitude à l'aider, à trouver un remède à tout ça.
Le temps.
Encore le temps.
Pour s'aider à maintenir un maigre lien avec le présent, pour ne pas perdre la tête une bonne fois pour toutes, Tanhiel tient un carnet qu'il garde toujours avec lui, là où il note la moindre anecdote, là où il écrit chaque détail de sa journée. Peut-être qu'il ne s'en rappelle pas le lendemain, peut-être qu'il a l'impression d'ouvrir le carnet d'un inconnu, mais il sait que ce garçon là, entre les fines pages de son carnet, a été heureux au moins le temps d'une journée. Il se raccroche à ça, en se disant qu'un jour il arrivera à combattre ce trouble, qu'un jour il ne se réveillera pas en oubliant qui il est ou ce qu'il a fait la veille.
Il veut juste vivre, et pas se contenter de survivre.











