Petit précis de vocabulaire à l’usage des «critiques du Genre»
Loin de moi l’idée de m’envoyer des fleurs par brassées pour avoir convaincu les féministes francophones de Tumblr d’utiliser génériste pour traduire genderist, mais je savais, je m’auto-congratulerais bruyamment. Parce que je suis si modeste, cependant, je vais tenter d’établir une liste de traductions, ou de translations, d’autres termes liés au Genre, à l’usage de celles et ceux qui voudraient donner dans le tout-francophone.
Aujourd’hui, je soumets à l’étude le verbe anglais to transition et son affreux pendant franglais transitionner. Il se trouve qu’il y a déjà un verbe français correct correspondant au nom transition, et c’est transir. Je vous jure. J’en discutais déjà ailleurs, il serait très intéressant de s’en servir parce que si transir c’est « traverser », son participe passé transi(e), c’est « arrivé »... : autrement dit, une personne est soit transie, soit en transition.
Aimable rappel : les généristes utilisent l’apocope (homme trans, femme trans, les trans) toute seule parce que ça permet d’englober un maximum de monde tout en évitant soigneusement de préciser si ces personnes sont transsexual ou transgender, c’est-à-dire qu’on peut grossir les statistiques sans remettre en question l’idée même de transgénérisme. À ce compte-là, tout le monde est trans-quelque-chose ou personne ne l’est.
Évidemment, transgender est imité de transsexual, lequel ne désignait pas exclusivement les personnes opérées à l’origine mais a fini par se spécialiser quand le terme de gender a commencé à faire partie du registre courant. Je signale que ça n’est pas encore le cas en France, où genre s’emploie depuis longtemps couramment dans nombre d’autres usages : type de littérature, allure d’une personne, synonyme de « sorte »... C’est pour cette raison que gender a eu un peu de mal à prendre et demeure source de confusion pour beaucoup.
Au passage, non, « genré » n’est pas français ! En même temps, peut-on vraiment dire qu’il nous manque ? Si l’on veut parler du jouets genrés, par exemple, pour dénoncer le fait que les catalogues destinés aux enfants réservent les poupées rose bonbon aux petites filles et laissent les camions de pompier aux petits garçons, je me demande si l’on ne gagnerait pas à employer des mots plus sincères comme « stéréotypes » ou « sexisme ». À voir.
P.S. : l’adjectif lié à la reproduction est génésique (quand on évoque des droits à la procréation, c’est-à-dire la génération, par exemple), à ne pas confondre bien sûr avec génétique, qui se rapporte aux gènes.
Arrêtez de coller des .e à la fin de noms se terminant par -(t)eur au masculin, ça devient gênant ! Existent danseuse, menteuse, actrice... Mettez-vous donc à chercheuse, metteuse (en scène) et autrice... ! Vive le politiquement correct grammaticalement correct ! (Redécouvrez mairesse et doctoresse ! À essayer aussi : ministresse.)
Empowerment se traduit en français par émancipation. S’il ne s’agit pas d’une traduction littérale, ce nom français a une étymologie magnifique que portèrent haut les féministes : émanciper, c’est mettre fin à une tutelle ; du latin manceps, « possesseur », par extension « maître ». Une personne émancipée est libre parce qu’affranchie d'une domination. (En passant, affranchir c’est littéralement « rendre franc », rendre libre, du verbe ancien-français franchier « libérer » [franchir au sens de « passer un obstacle » a d’ailleurs fini par remplacer transir qui en ancien français avait ce sens !])
Intersex: En français on parle d’intersexuation (les mots en -sexualité se réfèrent à ce qu’on appelle couramment des orientations sexuelles, alors qu’il s’agit ici d’une pure description physiologique) et de personnes intersexuées (une personne asexuelle est dépourvue de libido, une personne asexuée n’aurait pas de sexe du tout ! On parlera donc bien des intersexués et pas des intersexuels, même si le terme est accepté.)