Interview de Nicki dans le magazine "Rolling Stone"
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« Cette chambre est plus jolie que la mienne » Dit Nicki Minaj.
Dans un hôtel de luxe au sud-ouest de Long Island, elle débarque dans la suite 402 avec des bottines incrustées de cristal Miu-Miu aux pieds, escortée par son garde du corps Billy, un mec costaud en costard-cravate et un badge de la police Newark. Minaj scanne le salon, jette un coup d’oeil à la chambre dont la vue sur le bord de mer est très appréciable. Ses cheveux tombent en cascade sur ses épaules en jolies ondulations noires, et un trait noir d’eye-liner lèche ses yeux, tel une flamme et s’étend jusqu’à ses tempes. Elle porte un T-shirt avec le dessin d’un hibou où il est écrit « Owl you need is love » (Hibou, tu as besoin d’amour). « Je préfère qu’on s’installe là-bas » Déclare-t-elle. « Je veux cette chambre à la place. »
Le gestionnaire de Minaj dévoué au jour le jour, Ryan, qui avait réservé une chambre différente et prévu la 402 comme un espace temporaire, dit que c’est comme si c’était fait.
Il est là depuis une heure environ, et dresse une liste mentale de toutes les préférences de sa patronne : les roses roses fraîchement coupées qui éclairent ses esprits, le plateau de fruits, au cas où elle a un petit creux; les bougies senteur « The Glade » qu’elle adore. « L’odeur préférée de Nicki c’est Hawaii quelque chose…Brise Hawaïenne ? » dit Ryan. « Nous avons un coursier qu’on envoie dans les hôtels, et qui aménage tous les trucs qu’elle veut quand elle arrive ». Pour Minaj - l’un des talents les plus doués que le hip-hop aie connu, qui a réussi a devenir une grande popstar pour démarrer - apparemment même les tâches quotidiennes les plus simples exigent beaucoup plus de prévoyance logistique et de démarches que ceux d’entre nous avec des vies calmes ne pourraient s’y attendre : « Même juste elle monter dans une voiture ? » Dit Ryan. « C’est tout un cinéma. »
Minaj retire un MacBook d’une pochette noire Gucci et s’installe sur un fauteuil près de la fenêtre. Elle est toute petite - un mètre soixante - et elle plie ses jambes sous elle, ce qui la fait apparaître encore plus petite. Ryan s’en va, parlant au téléphone.
Minaj couvre ses mains autour d’un gobelet. « C’est du chocolat chaud » Dit-elle. « Je fais le jeun, donc je ne mange rien ». C’est le Lundi après Thanksgiving, et Minaj, qui vit à Los Angeles, a choisi cet hôtel de banlieue pour sa proximité à l’océan et, probablement, à sa mère, Carol, et ses frères, Jelani et Micaiah. Minaj a soumis la version finale de son troisième album The Pinkprint, hier, mais il reste beaucoup à faire avant qu’il soit lancé. « On a fait ce court-métrage de 15 minutes qui va aller sur iTunes aussi » Dit-elle tout en tapant sur son clavier. Le montage final doit être rendu à Apple ce soir. « Je fais tout moi-même. J’ai regardé toutes les prises. Maintenant, quand on doit faire des retouches et de la correction de couleurs, ce sont des petites choses qui peuvent en devenir de grosses si ce n’est pas fait proprement, donc je supervise ça aussi. Je gagnerai tellement de temps si je n’accordai pas cette importance à des choses comme ça. Mais j’en accorde. »
Une enfant de la classe ouvrière du Queens qui gagnait son argent de poche en dressant des tables et en travaillant comme secrétaire de bureau, Minaj décrit que la célébrité est un super job avec des horaires extrêmement dures et un patron impitoyable : elle-même.
« Je me suis réveillé au studio le matin de Thanksgiving parce que j’avais dormi là la veille » Dit-elle. Elle était à Los Angeles, officiellement chargée « d’approuver les mixages, mais il y avait 4 ou 5 chansons avec une phrase, un mot ou même un ton que je voulais changer. Si le ton utilisé ne fonctionne pas avec le beat, ça me dérange - Non, ça devrait sonner comme un murmure ». Occupée avec tous ces changements, elle a loupé trois avions pour la côte Est, et a du tirer un trait sur le dîner d’anniversaire de son frère Jelani auquel elle avait juré d’assister. « J’en ai pleuré, quand je suis retourné au travail » Dit-elle. « J’ai des demande de réponses de mon label dans mes mails et mon manager m’appelle 25 000 fois, demandant où en est l’album. Qu’est-ce que je dois faire ? »
Minaj s’est racheté en passant « quelques heures » avec sa famille lorsqu’elle est finalement arrivée à New York : la chose la plus ressemblante à son repas de Thanksgiving, dit-elle « c’était des macaronis au fromage dans mon jet privé, volant vers Atlanta le Samedi pour les 16 ans de la fille de Lil Wayne ». Dans 6 jours, elle chantera au Saturday Night Live, pour la deuxième fois, et elle doit encore arranger son medley et répéter quelques sketches. « Je devais présenter et chanter, mais je voulais que cela se passe à une date plus proche de la sortie de mon album, donc on a tranché en deux et maintenant l’hôte est James… » Elle s’interrompt un moment et fronce les sourcils, visiblement incertaine du nom du type « …Frahnco? »
Minaj a été multi-tâches depuis qu’elle a démarré sur les scènes de rap des bas-fonds New-yorkais. Elle était capable de raper sans aucune retenue, prouvant qu’elle pouvait tenir tête à tous ces garçons, mais sur plusieurs chansons elle a étalé un style hors du commun, qui mélange les rimes et créer des changements brusques de cadences, d’émotions et de personnalités - qui équivaudrait au travail de Cindy Sherman, mais pour les mixtapes. Dans une de ses premières chansons, elle a assumé la voix d’une dame de bordel; sur une autre, elle a chanté les vertues de son vagin sur la mélodie du thème de Batman. Aujourd’hui, Minaj a réussi à préserver cet esprit de plasticité délirante dans sa musique - même dans des singles pop comme sa production RedOne « Starships » qui l’a aidé à dépasser Madonna pour le 3e hit dans le Hot 100 jamais atteint par une femme. Ses épiques collaborations - plus notoirement son couplet dans la chanson de Kanye West en 2010 « Monster » - a fait d’elle le meilleur rappeur de la planète pour 16-bars éclatant au même moment.
Mais elle doit encore faire un album plus classique. La grande question à propos de The Pinkprint - le titre fait allusion à l’album de Jay Z de 2001 The Blueprint - est de savoir si elle peut. « Je voulais qu’il soit mieux au niveau de l’écriture par rapport à tout ce que j’ai fait avant » Dit Minaj. « Plein de fois, je pourrais faire des collaborations et me concentrer plus sur l’écriture, et sur mes albums ça serait « Vous savez de quoi je suis capable, je n’ai pas besoin de le prouver ici » Mais ce n’est pas vrai. » Faire l’album n’a pas été chose facile, en grande partie car ça s’est déroulé pendant la dissolution de la relation de 11 ans que vivait Minaj avec un homme qu’elle aimait avant d’être célèbre. Il s’agirait de l’artiste Safaree Samuels, qui était dans le premier groupe de Minaj, qu’elle a engagé plus tard en tant que son hype man et dont elle n’a jamais reconnu publiquement de sortir avec lui. Cette force qui l’a aidé dans l’écriture de ses chansons, dit-elle, était son désire de tourner cette sorte d’angoisse personnelle en une chose matérielle : s’exposer elle-même, et ranger ses différentes voix et ses costumes qu’elle utilisait comme boucliers. « L’un de mes objectifs était de donner aux gens un aperçu de ma vie personnelle, car c’est quelque chose que j’ai gardé très secret. » Dit-elle.
Confrontée au célibat pour la première fois depuis plus d’une décennie, Minaj est devenue désorientée. « J’ai du apprendre à faire quelque chose de simple comme dormir toute seule » Dit-elle. « Après tout ce que j’ai accompli, je ne savais même pas comment endurer ça. » La désorientation donne lieu, dans les moments les plus sombres, à la dépression, une trace que laisse Minaj sur The Pinkprint en faisant allusion à la prise de pilules. Plus tôt, dans l’année, dit-elle « J’ai ingurgité quelque chose que je n’aurais vraiment pas du ingurgiter. » Elle a voulu appeler une ambulance, mais s’inquiétait que cet incident ne finisse sur TMZ. Je fais une blague à propos d’elle qui prendrait trop d’acide. « C’était… C’était quelque chose de dingue comme ça » répond-t-elle. Un bad trip ? « Je ne peux pas dire ça » dit-elle, son visage se durcissant. « Je n’ai pas fait de bad trip. Je suis une businesswoman, et j’ai assez de partenaires pour rigoler de ces merdes-là. »
Quoique c’était, elle a fini par appeler l’ambulance sans créer d’évènement. Mais une plus grande question - comment voulez-vous naviguer dans la tourmente personnelle en vivant au centre de l’attention? - lui est resté collé en tête alors qu’elle travaillait sur The Pinkprint. « J’étais tiraillée par ‘Est-ce que je ressens vraiment ces émotions?’ » dit-elle. « Et j’ai décidé qu’il n’y avait aucune raison pour moi de me cacher. Je suis une femme vulnérable, et je suis fière de ça ». Elle décrit la pression de « se débarrasser de tout ce que tu es pour s’adapter au business. Mais pourquoi faire tout ça, si tu ne peux pas parler et t’exprimer ? »
Minaj gémit devant son ordinateur puis prends son téléphone. « Peux-tu venir dans la chambre » demande-t-elle. Une femme appelée Sherika, l’assistante de Minaj et son amie depuis une douzaine d’années, arrive. Sherika est plus effacée, elle porte une paire de lunettes à l’intérieur et une paire de Uggs à paillettes. Minaj lui passe le Mac : « Tu peux activer Internet sur mon ordinateur ? ». Alors que Sherika se charge de trouver le Wi-Fi de l’hôtel, elle demande à Minaj ce qu’elle aimerait pour déjeuner. Le chocolat chaud s’envole vite. « J’ai bien envie d’un steak , » dit Minaj « Mais, genre, une entrecôte. » Sherika lui redonne l’ordinateur « Il y a un Outback à côté » propose-t-elle. « …Ok » dit Minaj, mais elle semble déjà ailleurs : Une maison de post-production lui a envoyé par e-mail des extraits du court-métrage et il y a des problèmes.
Minaj n’a que peu de patience pour ceux qui considèrent ce travail moins sérieusement qu’elle. « Je déteste quand les artistes se vantent de ne pas écrire de rimes, ou de faire des choses vraiment vite fait mal fait. » Dit Minaj. « Et ça me rend malade quand Jay Z ou Wayne le disent, car les résultats sont géniaux.Mais quand ça ne l’est pas ? Pose ton cul et trouve quelque chose de nouveau à dire ! » Pour elle, l’écriture des paroles est très un travail très intensif, et elle changera sa méthode si c’est nécessaire. Parfois, dit-elle « J’écris juste des métaphores. Je m’assois là et je pense ‘Aujourd’hui, c’est un jour à métaphores,’ » Alors elle commence un brainstorming, elle créer de courtes phrases et les garde en réserve pour une usage futur. Sa tactique pour écrire des chansons pop est totalement différente : Minaj n’écrit aucun mot, elle fait jaillir un charabia mélodique puis elle le convertit en langage sur toute la ligne. « Je ne me concentre pas sur les paroles sur ce genre de chansons. C’est destiné à être genre ’Si tu ne parles pas anglais, tu sais quand même qu’il s’agit d’une chanson fun, juste par rapport au ton et à la cadence.’ » Lorsqu’elle a écrit son couplet dans « Monster », Minaj se souvient, Kanye l’a encouragé à bâtir sa performance sur des sentiments et des pensées vivantes. « Il m’a dit ‘Qu’est-ce que tu veux vraiment dire ?’ Alors, au lieu d’écrire du rap, j’ai écrit des pages entières de trucs du genre ‘J’en ai marre de ces gens qui parlent de ci, marre de ces gens qui disent ça’ - tout ce délire écrit dans un cahier, essentiellement. Puis je l’ai relu, j’ai surligné les choses les plus importantes, et je l’ai mis sous forme de rap. »
Alors que Minaj regarde la vidéo, son visage se transforme en grimace. La couleur est complètement fausse sur toute une scène. « Yo » dit-elle, assénant la syllabe d’une tonne de dédain. Les vidéos sont un point particulièrement sensible en ce moment. Il a quelques semaines, elle a sorti une vidéo animations de paroles pour le single de The Pinkprint « Only », et a involontairement provoqué un scandale. La vidéo présentait un fourre-tout d’images militaires qui incluait des drones américains Reaper, des tanks T-90 russes, des masques à gaz et, controversées, des colonnes aux allures de troupes SS portant des brassards rouges et affichant des étendards rouge styles Nazis, avec les initiales du label de Minaj, Young Money, à l’intérieur comme des croix gammées. Dans un communiqué de presse, la Ligue Anti-Diffamation soutient que la vidéo « constitue un nouveau prétexte pour la pop culture d’exploiter le symbole nazi. » Minaj, qui s’est excusé rapidement sur Twitter, dit que le gros problème est que déléguer ses tâches à d’autres est dangereux. « Quand cette vidéo a été diffusée, c’était un moment farfelu et je ne pouvais pas y prêter attention, » dit-elle, « et j’ai laissé les choses dans les mains d’autres personnes. Et je le regrette. »
Elle appelle son manager, Gee Roberson,un ancien dirigeant du label Roc-A-Fella A&R dont la compagnie a aussi travaillé avec Kanye West, Drake et Lil Wayne, pour se plaindre du nouveau film. « Je ne sais pas quel filtre ils ont mit sur mon visage, mais on dirait du papier de verre ! » lui dit-elle. « Ça fait bizarre. Ils doivent l’adoucir, car on ne dirait pas moi - on dirait Avatar. Et j’ai une facture flippante qui dit qu’ils me facturent 60.000 dollars pour cette connerie ? »
Roberson me dit plus tard que « tous les artistes ne sont pas faits comme Nicki - son niveau d’attention au détail est vraiment unique. »
Elle reçoit un autre appel avec un autre membre de son équipe : « Ils m’ont éclairée avec toute cette lumière bleue. ce n’est pas censé être comme ça ! »
Elle raccroche. « Oh, mon dieu », grogne-t-elle, plissant les yeux par frustration. Elle a étudié le théâtre au lycée, et on peut voir cette enfant ascendante du théâtre à la manière dont elle montre ses émotions - elle balance sa tête en arrière et rit aux éclats quand quelqu’un dit quelque chose de drôle; elle mitraille la pièce avec son regard quand quelqu’un dit quelque chose de stupide.
Ce côté théâtral s’est manifesté très tôt. Née Onika Maraj à Trinité-et-Tobago, elle a déménagé lorsqu’elle avait 5 ans à New York, où elle jouait dans des pièces de théâtre pour l’église, elle se créa un alter-égo appelé Cookie et récita son premier rap - « Cookie c’est le nom, pépites de chocolat c’est la saveur/Aspire mes rimes comme un gilet de sauvetage à la cerise » - sans cesse pour les autres enfants. « Pour mes amis j’étais la comique de service, » dit-elle, « Ils me faisaient jouer, chanter et faire différentes voix. » Lucien « Bowlegged Lou » George Jr., un artiste vétéran de Brooklyn qui aida le premier groupe de Minaj à s’assembler, The Hoodstars, se rappelle que, tôt, « elle imitait déjà tous ces dialectes qu’elle fait aujourd’hui dans ses chansons, comme la reine d’Angleterre. La première fois que je l’ai rencontré, elle était debout dans mon salon et chantait une chanson de Gospel, pour montrer qu’elle pouvait faire plus que du rap. On pouvait déjà se dire qu’elle deviendrait une star. »
Les performances de Minaj constituaient une échappatoire, l’aidant à surmonter les circonstances difficiles de la vraie vie. Carol, qui travaillait dans la finance, avait acheté une maison à Jamaica, dans le Queens « sur Rockaway Boulevard - une zone très dangereuse, » dit Minaj. « Les cités, les dealers de drogues et les drogués c’était les trois gros problèmes. » L’une de ses pires expériences pourtant, est arrivé chez elle : Par le passé, Minaj a décrit le stress dont Carol souffrait à cause de son père, Robert Maraj. Nicki a dit que Robert se droguait et volait les biens de sa famille pour financer ses vices. (Carol, quand elle fut jointe par téléphone, n’avait aucun commentaire à faire; Maraj dit en 2012 qu’il était clean et sobre depuis des années.)
La phrase « Dieu Est Toujours Avec Moi » descends le long du bras gauche de Minaj tatoué en caractère chinois.Elle s’est longtemps tourné vers sa croyance pour se réconforter, and sa foi permet de comprendre pourquoi, en parlant de son père aujourd’hui, elle lui pardonne. « Il m’envoie des SMS tous les jours et me dit qu’il m’aime, » dit-elle. « C’est bizarre - Je suis passé du mépris total pour cet homme à le considérer comme un être humain. Quand on est jeune, on ne voit pas nos parents comme des êtres humains, car ils sont supposés être parfaits. »
Au lycée, Minaj fut accepté en dramaturgie à LaGuardia, la prestigieuse école d’art dramatique de Manhattan. « La première fois que j’y ai été, j’ai pensé ‘Je ne serai jamais amie avec ces gens’ » se souvient Minaj, « J’avais tellement peur. Il n’y avait qu’une seule autre fille noire dans ma classe, tous les autres étaient des blancs, et c’était difficile pour moi de les comprendre. Mais je suis tombée amoureuse d’eux. L’une de mes meilleures amies était blanches et on jouait des pièces de théâtre ensemble. On se parlait de nos petits amis respectifs, on parlait de la même chose! » Elle se souvient de LaGuardia comme presque utopique dans la manière dont ils ont favorisé les côtés bizarres de certains élèves. « Cette école a changé ma vie, » dit-elle, « Il n’y avait pas de dress code, et tout le monde pouvait s’exprimer. Juste à côté, au lycée MLK, c’était tout à fait différent. Ces jeunes étaient plutôt comme ceux avec lesquels j’avais grandi dans le Queens. C’était dingue : je jetais un coup d’oeil sur mon passé chaque jour, et je marchais droit vers mon futur.
Elle n’a pour autant pas rompu tous ses liens avec son vieux quartier. Le copain de Minaj pendant presque toute la durée du lycée était un garçon plus âgé du Queens; Minaj devint peu à peu plus intéressée par passer du temps avec lui plutôt que d’aller en classe. « C’était mon premier amour, mon premier partenaire, » dit-elle, « J’étais tout le temps avec lui, genre ‘J’en ai rien à foutre d’avoir un diplôme, je vais être célèbre’ - ce qui était stupide. »
Elle dû se résoudre à prendre des cours de soutien pour obtenir son diplôme, mais vers la fin du lycée, Minaj tomba enceinte. « C’était une terrible erreur. Et je lui en ai voulu pour ça, » dit-elle, «Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, et il ne m’avait pas dit s’il y avait eu un problème. » En découvrant sa grossesse, se rappelle-t-elle, « J’ai cru que j’allais mourir. J’étais adolescente. C’était la chose la plus difficile qu’il m’ait jamais été donné de traverser. » Elle envisagea de garder l’enfant. « Ma religion, mon âge et ma mère étaient trois facteurs. Ma mère ne le sait même pas encore - Je ne lui en ai jamais parlé. » Finalement, Minaj avorta et dit que ce choix « m’a hanté toute ma vie », c’était la chose à faire. « Ce serait contradictoire si je disais que je n’étais pas pour la légalisation de l’avortement. Je n’étais pas prête. Je n’avais rien à offrir à un enfant. Je comprends les gens qui sont fortement contre ça - même les femmes qui sont passées par là, ce n’est pas quelque chose dont on est fières, donc c’est difficile d’en parler comme si tu n’avais qu’une seule solution. Mais en même temps, si tu n’es pas prête, tu n’es pas prête. »
Minaj fait allusion à son avortement dans The Pinkprint, où elle dit que c’était difficile. Elle a d’abord rappé à propos de cette expérience plus tôt, dans un morceau appelé « Autobiography » dont elle dit qu’elle « ne s’attendait pas à ce que quiconque l’écoute, » et dont l’existence lui est devenue embarrassante. « C’est quelque chose que je voulais mettre en veilleuse et prétendre que ça n’était jamais arrivé. Mais j’ai décidé que c’était quelque chose dont j’avais envie de parler à nouveau. » Pourtant, dit-elle, « Je suis un peu nerveuse. Des millions de personnes vont l’entendre. Et tu dois surveiller tout ce que tu dis - les gens chercherons toujours la petite bête sur la moindre chose. »
Contrairement à sa collaboratrice Beyoncé, qui apparaît sur The Pinkprint, Minaj ne s’identifie pas à une féministe - « Je n’aime pas me mettre une étiquette, parce que dès lors les gens en tireront profit. » - mais, ajoute-t-elle « Je crois en ces femmes qui prennent le contrôle de leurs carrières. » Elle a conclu des partenariats avec de grandes marques comme Pepsi et le Home Shopping Network (HSN), et elle décrit ces projets comme des opportunités pour générer « une fortune qui enverra mes petits-enfants à l’université, » et comme un coup d’état symbolique: « C’est une bonne chose pour les gens de voir qu’une jeune fille noire du Queens peut manoeuvrer dans l’Amérique des entreprises, et c’est important pour ces grandes entreprises de voir qu’une jeune fille noire peut vendre un très gros produit. »
Lil Wayne a signé Minaj suite à la force de sa mixtape en 2009, et elle devint rapidement la première rappeuse commercialement viable au cours des années, aidant à décoincer le vocabulaire créatif de son genre tout en construisant et en s’inspirant de ses ancêtres comme Missy Elliott et Lil Kim. Son nom de scène mit en avant sa sexualité; elle a dit qu’elle a « toujours détesté » ce nom (un manager du début l’avait choisi pour elle), mais l’une de ses idées fut que les obscénités en dessous de la ceinture pourraient lui servir de tremplin pour avoir un public - même un émasculé, dans lequel le désire du mâle est à la fois taquiné et contrarié. Vers la fin de sa vidéo pour « Anaconda » - une gallerie de fesses à peine couvertes, celles de Minaj inclues - elle fixe la caméra en mordant, avec une joie castratrice, dans une banane; la chanson « Looking Ass Niggas » ne parle que de ces regards qui les fixent. « Avec une video comme ‘Anaconda’, je suis une putain de femme! » dit-elle. « Je supporte ces filles qui veulent être sexy et danser, mais ont aussi une grande acceptation d’elles-mêmes. Si tu as de grosses fesses, secoue-les ! On s’en fout ! Ça ne veut pas dire que tu ne devrais pas être diplômée. Quand je twerke et que je m’amuse, je veux toujours insuffler l’estime de soi dans les jeunes filles. » Elle dit que les femmes souffrent de toutes sortes de normes à double sens, particulièrement dans l’industrie musicale, où les mecs influents sont valorisés alors que les femmes influentes sont des « divas », ou pire. Sur The Pinkprint, elle en parle crûment. « Je ne suis pas difficile, je fais juste mon travail. »
Ce qui signifie, maintenant, qu’elle doit mettre la pression sur certaines personnes concernant cette histoire de correction de couleur. « Je ne vais pas continuer à payer ces gens 20.000$, car ce n’est pas de ma faute, » déclare Minaj, à nouveau au téléphone. « Retire juste les prises. C’est ridicule. Je dois l’envoyer ce soir. » Elle écoute un membre de son équipe, lors d’une conférence téléphonique, qui essaie de la calmer. « Oui ? » demande-t-elle, insensible. « Pourquoi vous n’avez pas suggéré ça avant, alors ? »
On frappe à la porte, mais elle ignore. Je suis assis, je regarde l’océan. Finalement, Billy ouvre la suite et Ryan entre. D’une voix calme, il dit qu’il est probablement mieux que je parte. Minaj s’éloigne dans un coin de la chambre, en plaçant une main sur sa hanche. Les voix à l’autre bout du fil ne semblent pas faire beaucoup de progrès. « Bon alors, vous pouvez raccrocher » leur dit Minaj. « Vous n’avez pas besoin d’être au téléphone si il n’y a rien que vous ne puissiez faire. »
DEUX JOURS PLUS TARD, À L’EXTÉRIEUR D’UN AUTRE HOTEL, à l’Ouest de Central Park, Ryan sort d’une Rolls-Royce Ghost avec chauffeur, sous une bruine froide, portant un sac à emporter: Minaj l’a envoyé au Burger King lui chercher un sandwich au poulet. La Ghost se met en warning, et Ryan ayant envoyé le repas là-haut, grimpe dans une Mercres-Benz Sprinter qui ralenti la circulation. Minaj est en train d’être coiffée et maquillée; elle doit aller au studios photos de Greenwich Village pour tourner un documentaire pour MTV, et elle a déjà deux heures de retard. Dans la Sprinter, le vidéaste de Minaj Grizz regarde Jackass : Number Two sur deux écrans plats. « C’est trop cool qu’ils aient Netflix ici, » dit-il. On dit à Ryan que Minaj arrive dans deux minutes. Dix minutes passent. « Combien tu voudrais que je te paies pour que tu bouffes de la merde de cheval ? » demande Grizz, pour passer le temps.
Finalement, Minaj descend et s’installe à l’arrière de la Ghost, c’est là que je dois m’installer et lui poser quelques questions pendant que nous roulons vers le Village. Je m’apprête à grimper à côté d’elle quand Minaj me chasse d’un signe : « Non, assieds toi là, » dit-elle, montrant le siège passager avant. Je me soumets, et me contorsionne désagréablement de 180 degrés pour pouvoir lui faire face. Il s’avère que je suis l’objet d’un mouvement de négociation de dernière minute: Il y a quelque chose que j’ai entraîné la fois passée et que Minaj souhaiterait effacer de l’enregistrement avant que notre entretien ne se poursuive. (Nous mettons ça au point.)
La voiture roule sous la pluie. Les crises sur la correction de couleur, dit Minaj, ont fini par une déception : Elle a raté la date limite pour envoyer la vidéo à iTunes, et maintenant elle n’est même pas sûre qu’elle sera publiée. Hier soir, le camp de Minaj s’est installé ailleurs que Long Island pour être plus proche de Rockefeller Center, où SNL a ses studios, et où les manifestants sont en ce moment en train de s’amasser pour dénoncer le manque d’inculpation contre l’officier de la NYPD qui a fatalement tiré sur Eric Garner, un homme noir non armé, en Juillet dernier. En parlant de l’assassinat impuni de Garner, Minaj dit, « C’est écoeurant, et j’ai lu tellement de gens disant ‘Pourquoi ça ne nous étonne pas ?’ C’est ça qui est vraiment triste: que nous devrions être en quelque sorte habitués à être traités comme des animaux. C’en est arrivé au point où les gens pensent qu’il n’y a aucune responsabilité : Si tu es un représentant de la loi et que tu fais quelque chose à une personne noire, tu peux t’en sortir sans rien. »
Nous roulons sur The West Side Highway. Le sujet dévie sur le role des artistes noirs qui s’adressent à une société raciste. « J’ai l’impression que lorsque Public Ennemy faisaient ‘Fight For The Power’ nous en tant que culture avions plus de pouvoir - maintenant ça me semble sans espoir, » dit Minaj. « Les gens disent ‘Pourquoi est-ce que les noirs ne s’expriment-ils pas plus ?’ Mais regardez ce qui est arrivé à Kanye quand il l’a fait. Les gens lui ont demandé de s’excuser auprès de Bush ! C’était le porte-parole non-officiel pour le hip-hop, et il s’est fait mettre en pièces. Et vous ne l’avez pas entendu parler de ces deux dernières choses, et c’est triste. Parce que combien de fois peut-on te faire sentir horrible pour te soucier de ton peuple avant que tu ne te dises ‘Merde, ça ne vaut pas le coup, laissez moi vivre ma vie car je suis riche, après tout pourquoi je devrais m’en soucier ? »
Sur The Pinkprint, la concentration de Minaj est personnelle, plus que politique - ce qui est compréhensible étant donné son bouleversement émotionnel de cette année. Dans une chanson à propos d’une rupture, Minaj parle de « envisager une overdose » « Je me sentais brisée au point où je me suis dit ’Peut être que si je prends une poignée entière de pilules, je me sentirai mieux, » dit-elle. « Puis, j’ai du me reprendre, car je suis plus intelligente que ça, et il y a beaucoup de gens pour lesquels je vis. Je ne pense pas que j’ai déjà sérieusement envisagé de m’ôter la vie, mais parfois quand tu te sens anéantie il semble préférable de ne pas y faire face que d’y faire face. Je suis hyperactive, et parfois je me dis « Pourquoi je ne disparaîtrai pas ? Pas me suicider, mais juste disparaître ? »
La pluie s’est arrêtée quand nous arrivons au studio. la Rolls-Royce bloque la rue, et les voitures derrière commencent à klaxonner.
« C’est tout ? » demande-t-elle. Billy sort de la Sprinter, devant nous, et tape gentiment contre la fenêtre de Minaj. Une équipe de caméra l’attend à l’intérieur du studio, et Grizz se tient à quelques pas de sa porte, il enregistre déjà. Elle lance ses cheveux en arrière, bats rapidement des paupières, presque comme si elle redémarrait. La disparition devra attendre.
Interview par Jonah Weiner. Photo par Terry Richardson.