MULAN (1998)
Succédant à HERCULES (1997), MULAN est le 54ème (!) film d’animation de Disney, basé sur la légende chinoise Hua Mulan, lui-même inspiré d’un ancien poème, La Ballade De Mulan: ce célèbre conte de la femme-guerrière qui se déguisa en homme pour aller combattre les Ruanruan qui envahissaient son pays -et aussi sauver son père, trop vieux pour rejoindre la mobilisation militaire impériale-. Qui dit Disney dit “adaptation aseptisée”, et MULAN réduit l’action de la dite légende -qui dure à l’origine plusieurs années- à 1h25, forçant le film à se plier aux gimmicks -le clébard inutile qui a sans aucun doute été recyclé pour donner naissance à Stitch de... LILO AND STITCH (2002), les mascottes rigolotes, les caricatures presque racistes des personnages, etc;- de la firme: on attribue quand même un certain respect à Tonton Mickey de donner le vrai nom d’Attila Le Hun, Shan Yu, à l’antagoniste principal. N’échappant pas au formatage obligatoire de l’époque, MULAN nous assène deux chansons en moins d’un quart d’heure, fidèle à son irritante tradition depuis l’imbuvable POCAHONTAS (1995) dans lequel on frôlait l’overdose: pourtant, cet aspect se dissipe assez rapidement, pour se focaliser sur le récit. Stéréotypé mais globalement bon, MULAN souffre d’un chara-design subjectivement laid, bien que la qualité d’animation made in Disney demeure impeccable, en termes d’images par seconde, de fluidité, et bien sûr d’équilibre parfait des couleurs: on note également des décors minimalistes, qui contrastent avec le peu de séquences spectaculaires -incluant la 3D avec grâce- telles que l’attaque dans la montagne, et le sauvetage final. Pas inégal, mais un peu trop rapide, MULAN est tout de même appréciable de par sa thématique féministe amenée par l’individu lui-même, qui prouve à son entourage et au monde entier -du moins, son pays- que les lois et les traditions sont déplacées quant au jugement d’une personne par rapport à son sexe: Mulan ne se bat pas prioritairement sur sa condition, mais plus pour sauver son vieux guerrier de père d’une mort certaine. Faisant fi de son avenir tout tracé de femme au foyer bien maquillée et cuisinière, on se remémore avec plaisir cette séquence expéditive -sublimée par une étonnante piste musicale en mode 80′s- où la jeune fille s’empare de l’armure de Papa, se coupe les cheveux et part à la guerre à la place de ce dernier: adoucissant le propos, Disney ne peut s’empêcher d’inclure les “buddies” de la miss comme de gros nounours au grand cœur, jurant avec Shan Yu, méchant à plein temps au physique rappelant les monstrueux guerriers sombres et impitoyables des écrits de Robert E.Howard... Mais si MULAN fait quelque chose de bien, c’est encore cette évocation claire des capacités morales, de ces preuves irréfutables que le sexisme et le machisme sont l’oeuvre du temps, que seules certaines personnes peuvent déceler, et contourner: la plus grande leçon du film est certainement cette phrase que l’Empereur dira à l’attention de Li Shang, jeune capitaine militaire -qui n’obtiendra pas la récompense ni la reconnaissance que l’on nous sert habituellement dans ce type d’histoire-: “des filles comme elle, on n’en voit qu’une par dynastie”. Et c’est vrai, il n’y a pas que Jeanne D’Arc. Dommage pour autant que l’ensemble de Mulan, si adouci, n’ose pas aller plus loin que cette courte séquence où les troupes chinoises découvrent les restes d’un champ de bataille où gisent cadavres et ruines calcinées: Disney oblige, on n’en verra pas plus. Certainement un des Disney à faire visionner aux têtes blondes de par son propos intelligent quant à l’égalité des sexes, MULAN redéfinit l’archétype de la “Princesse Disney”, en introduisant dans le catalogue de la firme une héroïne non pas badass, mais téméraire et agile plutôt que pleureuse et chiante. Du coup, ça RESTE un Disney formaté, mais objectivement MEILLEUR que l’image de la femme renvoyée par d’autres long-métrages d’animation qui l’ont précédé. Affiche badass mais contenu édulcoré. Loin des icônes telles que Mother Sarah/Sarah Connor/Motoko Kusanagi, certes, mais c’est un bon début: restent les livres pour vous raconter la légende, plus violente, plus sanglante, plus...vraie. Et sans easter eggs. En attendant la version live-action prévue pour 2020, vu que PERSONNE n’a jeté un œil au correct MULAN - RISE OF A WARRIOR de 2009. Mais qui s’en souvient?
MULE-ÂNE /20