Terrain instable
L’archive n’est pas, comme il possible de le croire, fixe et objective. Le processus créatif de Jon Rafman est basé sur cet environnement instable du Web. Des communautés marginales jusqu’à Google, tout comme moi-même, nous participons tous à son projet artistique. Chaque utilisateur, par ses actions, modifie la matière première de l’artiste.
L’instabilité a aussi à voir avec le caractère éphémère de ce paysage 82. L’abondance de données et la simultanéité des actions des utilisateurs en réseau entraînent une fluctuation incessante et rapide des contenus sans consensus, faisant s’entrechoquer des tentatives de classements divergentes et résultant en l’atlas hétérogène évoqué. Effondrement d’un système référentiel. Et s’il y a modification, il y a aussi disparition. Il semblerait, paradoxalement, qu’éphémérité aille de pair avec accumulation : générer compulsivement pour ne pas voir disparaître. L’horreur de la perte de données n’est-elle pas commune à tout être humain ? Ne désire-t-il pas toujours plus ? Si Google, à travers ses différentes applications, cherche à couvrir un terrain d’indexation toujours plus large, c’est aussi car l’utilisateur est en demande 83.
J’accumule au risque de me perdre dans un excès que je ne peux fixer. À cet instant, je pense à tous les signets que je conserve dans mon navigateur – organisation anarchique – par peur de perdre la trace d’un contenu intéressant sur lequel je ne reviendrai sans doute jamais. Si la fluidité des contenus numériques marque en amont le travail de Jon Rafman, ce dernier en devient à son tour le reflet. Un terrain instable donc, recélant d’images, de codes et de références qui circulent à l’intérieur et au-delà des frontières du Web et nourrissent en permanence l’utilisateur – alimentation réciproque – à l’image de Jon Rafman qui les amoncelle, ne m’offrant alors qu’une expérience confuse des contenus 84. Qui joue finalement le rôle d’Érysichthon et finit par se dévorer lui-même ?








