Revalorisation de l’interprétation humaine
Chacun a son rôle à jouer dans l’interprétation des images. Ainsi, les utilisateurs font le premier pas en les mettant en ligne. Les réseaux, qui permettent leur stockage et leur circulation, font le second. L’artiste, en déplaçant les contenus d’un contexte à un autre, fait le troisième. Comme ses œuvres sont disponibles en ligne, les utilisateurs peuvent à leur tour les partager et les mettre à nouveau en circulation. Puis-je à mon tour me réapproprier son œuvre ? En effet, jusqu’où Jon Rafman maîtrise-t-il ce phénomène de circulation ?
Et si l’image passe entre les mains de différents acteurs, ces acteurs peuvent à la fois revêtir plusieurs rôles et avoir à leur tour des compétences fluides. Utilisateur, lurker, curateur, archiviste, artiste… Quelle est ma place en tant que designer graphique ? L’artiste ou le curateur, comme Jon Rafman l’évoque, se présente en interprète des matériaux. La notion d’autorat s’est peut-être déplacée. L’artiste imprime son interprétation sur la création d’autrui et assume le statut composite d’une œuvre qui évolue au gré des lectures successives voire simultanées engendrées par le flux 102. L’interprétation peut-elle être considérée comme acte d’autorat 103 ?
En se posant en interprète intermédiaire, Jon Rafman revalorise l’importance de l’intervention humaine – perception subjective – dans la lecture de l’information au sens large 104. Sélectionner, mettre en relation, interpréter et ne rien prendre pour acquis apparaît comme une échappatoire au vertige des données qu’il est impossible d’épouser dans leur totalité. Par sa sélection, l’artiste apporte un contrepoids au systématisme et au formatage des interfaces. La quantité de matériaux – au sens large – mise à disposition, attend une interprétation humaine qui les arrache au processus algorithmique qui les rend accessibles.







